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Un village reposait sur des siècles d’artefacts, que des ouvriers ont déterrés par accident lors de travaux
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un chantier routier bouleverse le village de Yenigüler

Le littoral de la mer Noire, en Turquie, recèle des éléments historiques longtemps restés enfouis sous terre. Dans le village de Yenigüler, situé au sein de la province de Sinop, un projet de travaux routiers a révélé une strate inédite du passé local. En septembre 2024, les équipes de construction ont commencé à retourner le sol, modifiant le paysage de cette petite communauté forestière.

Les pelleteuses ont rapidement mis au jour des vestiges architecturaux datant des époques romaine et byzantine, éparpillés à travers la zone boisée. Jusqu’à cet événement, les registres ne mentionnaient aucune occupation antérieure à l’Empire ottoman dans ce périmètre précis. Les engins de terrassement ont pourtant fait resurgir des indices contraires, modifiant la cartographie archéologique de la région.

Cette apparition inopinée de pièces historiques a transformé les alentours du chantier. Face à ces découvertes, les croyances historiques locales ont été balayées, laissant place à de nouvelles interrogations sur le peuplement structuré de ce territoire avant l’arrivée des populations ottomanes.

Un cadran solaire romain sauvé de justesse

Bien avant que les environs ne soient assaillis par des visiteurs extérieurs, la population clairsemée du village avait identifié une pièce maîtresse. Les habitants ont découvert et farouchement défendu un cadran solaire datant de l’ère romaine, estimé entre le premier et le troisième siècle. Cette intervention initiale de la communauté a permis de sauvegarder cet objet rare d’une potentielle disparition.

Une étude scientifique détaillée, publiée dans la revue TYB Akademi, souligne l’importance majeure de cet artéfact en marbre pour la compréhension du secteur. Les chercheurs qui ont analysé l’objet le qualifient de découverte « la plus remarquable » effectuée à ce jour sur le site. Sa présence offre un nouveau point d’ancrage matériel pour les historiens.

L’émergence de ce dispositif de mesure du temps indique de manière évidente une occupation pré-ottomane notable dans la zone de Sinop. Les experts considèrent désormais cet artéfact comme la preuve irréfutable d’une présence ancienne, effaçant l’idée préalablement acceptée d’un territoire dénué de toute activité humaine à cette époque.

Les caractéristiques techniques de la pièce de marbre

Le cadran solaire présente des caractéristiques anatomiques qui informent sur son origine et sa conception. Les auteurs de l’étude précisent qu’il a été fabriqué dans un style local, bien que le marbre dans lequel il a été taillé ne soit pas originaire de la région. Ce matériau a nécessairement dû être rapporté d’un autre territoire avant d’être sculpté sur place ou transporté déjà achevé.

Mesurant 11 pouces sur 13 pouces, cette pièce de forme sphérique repose sur un piédestal d’une hauteur de six pouces, lui-même doté d’une base circulaire. L’avant de ce socle présente des motifs détaillés représentant un arrangement de feuilles stylisées. L’arrière de cette structure arbore quant à lui une forme de pyramide inversée, démontrant un soin particulier apporté à son esthétique globale.

Malgré sa préservation, l’objet porte les marques physiques du passage des siècles. Ses coins sont brisés et il conserve les traces partielles de deux fragments métalliques qui étaient fixés avec du plomb. Le seul élément n’ayant pas survécu jusqu’à notre époque est le gnomon manquant, cette pièce verticale servant à projeter son ombre sur la face du cadran pour indiquer l’heure de la journée.

L’ampleur des fouilles de l’automne 2024

L’intérêt pour le village de Yenigüler a véritablement pris son essor en septembre 2024, allant bien au-delà de la découverte du seul cadran solaire. Le creusement entrepris par les équipes de construction a révélé un mélange hétéroclite d’éléments architecturaux. Les premières couches de terre ont dévoilé une multitude de matériaux directement liés au passé antique des lieux.

Le sol a rapidement exposé des tuiles de toit en terre cuite, de nombreux fragments de briques, ainsi que des pierres de construction massives. À ces éléments de bâtisse se sont ajoutées des poteries ornementales. Cette profusion de ruines enfouies à faible profondeur attestait d’une infrastructure résidentielle ou communautaire autrefois solide et développée.

Parmi cet amas historique, les spécialistes ont isolé des récipients en céramique et en terre cuite. Ces objets se présentaient généralement sous la forme de fragments amorphes, rendus difficiles à identifier au premier regard. L’analyse ultérieure de ces morceaux a permis de les rattacher formellement à la période byzantine, enrichissant la chronologie de l’occupation du site.

Une course contre la montre face aux pillards

La diffusion publique d’informations concernant la présence d’artéfacts romains et byzantins reposant à la surface du sol a provoqué une réaction en chaîne. Des chasseurs de trésors illégaux ont rapidement afflué vers le village, cherchant à s’approprier ces vestiges. Des fouilles clandestines ont été lancées, déstabilisant le site fraîchement mis au jour par les ouvriers.

L’équipe de recherche observe attentivement les dommages causés par ces incursions quotidiennes. L’étude indique que l’histoire est « étant rapidement détruite par les chasseurs de trésors tous les jours ». Les scientifiques font tout leur possible pour analyser les éléments restants, engagés dans une course de vitesse stricte pour devancer ces pilleurs et préserver ce qui peut encore l’être.

Les investigations poussées démontrent que l’établissement humain à Sinop remonte à l’ère romaine et a été peuplé de façon constante jusqu’à la période byzantine et au-delà. Les auteurs concluent leur analyse de manière formelle : « Les preuves archéologiques récupérées, couplées au contexte historique régional, suggèrent que le peuplement a maintenu une présence significative durant les époques romaine et byzantine. »

Selon la source : popularmechanics.com

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