Un probiotique issu du kimchi favorise la fixation et l’élimination des nanoplastiques intestinaux
Auteur: Mathieu Gagnon
Une menace microscopique dans nos assiettes
Les nanoplastiques constituent un défi croissant pour la communauté scientifique. Ces particules ultrafines, dont la taille est strictement inférieure à 1 micromètre, naissent de la dégradation de matériaux plastiques plus volumineux au fil du temps. Elles s’immiscent discrètement dans le corps humain par le biais de notre alimentation quotidienne ou via l’eau potable que nous consommons.
En raison de leur dimension extrêmement réduite, ces fragments sont capables de franchir la barrière intestinale avec une relative facilité. Une fois cette frontière corporelle naturelle traversée, les minuscules particules s’accumulent dans des organes vitaux tels que les reins ou le cerveau. Les stratégies biologiques permettant de limiter une telle accumulation dans le tractus gastro-intestinal demeurent actuellement à un stade très précoce de la recherche.
Une avancée significative vient cependant de voir le jour grâce aux travaux menés par les docteurs Se Hee Lee et Tae Woong Whon au sein de l’Institut mondial du Kimchi (The World Institute of Kimchi). Leur équipe scientifique s’est penchée sur les propriétés d’une bactérie lactique isolée de cette préparation coréenne traditionnelle.
Des essais en laboratoire aux résultats contrastés
Les chercheurs ont publié l’intégralité de leur étude dans la revue spécialisée Bioresource Technology. Leurs expériences visaient à évaluer la capacité d’adsorption d’une souche spécifique dérivée du kimchi, identifiée sous le nom de Leuconostoc mesenteroides CBA3656, contre des nanoplastiques de polystyrène, scientifiquement appelés PS-NPs.
Dans un premier temps, les tests réalisés dans des conditions de laboratoire standards ont révélé une efficacité remarquable. La souche CBA3656 a démontré un taux d’adsorption élevé atteignant 87 %. Cette performance est comparable à celle obtenue par la souche de référence utilisée pour l’expérience, le Latilactobacillus sakei CBA3608, qui a affiché une efficacité de 85 %.
Une différence majeure est apparue lorsque l’équipe a reproduit artificiellement les conditions de l’intestin humain. L’efficacité d’adsorption de la souche de référence CBA3608 a chuté de manière brutale pour s’effondrer à 3 %. À l’inverse, la bactérie issue du kimchi, la CBA3656, a maintenu un niveau d’adsorption substantiellement plus élevé, stabilisé à 57 %. Ces chiffres indiquent que la souche coréenne parvient à se lier de façon solide aux nanoplastiques, même dans un environnement similaire à celui du tractus intestinal humain.
L’observation de l’élimination in vivo

Pour consolider ces observations initiales, l’équipe de recherche a prolongé ses travaux par une série d’expérimentations animales. Les scientifiques ont fait appel à un modèle de souris dépourvues de germes, une méthode permettant de neutraliser l’influence d’autres bactéries et d’isoler l’action de la souche administrée.
L’expérience consistait à comparer des souris mâles et femelles ayant reçu la souche CBA3656 avec un groupe de contrôle auquel aucun probiotique n’avait été administré. L’objectif était d’analyser la proportion de matières plastiques traversant le système digestif des rongeurs.
Les résultats mesurés se sont révélés probants. L’étude a mis en évidence une augmentation de plus du double des nanoplastiques détectés dans les matières fécales des souris traitées avec le probiotique du kimchi. Cette hausse notable suggère que la bactérie participe activement à l’excrétion des nanoplastiques en s’y fixant physiquement lors de leur passage dans l’intestin.
Une nouvelle fonction pour les bactéries lactiques
Historiquement, l’étude des bactéries lactiques isolées du kimchi se concentre sur leur rôle traditionnel dans le processus de fermentation des aliments. Les conclusions de cette recherche apportent des preuves scientifiques démontrant que ces micro-organismes ont la capacité d’interagir avec les micropolluants environnementaux.
Ces découvertes fournissent un éclairage inédit sur les mécanismes biologiques potentiels qui pourraient limiter l’accumulation de particules synthétiques au sein du tractus gastro-intestinal. L’action mécanique de liaison, observée d’abord in vitro puis in vivo, ouvre la porte à des interventions naturelles contre la contamination plastique interne.
La capacité de résilience de la souche CBA3656 face à l’environnement acide de la digestion confirme l’intérêt d’explorer les ressources microbiennes existantes pour répondre aux problématiques d’ingestion de matériaux polluants.
Les enjeux de santé publique soulignés par les chercheurs
La portée de ces expérimentations dépasse le strict cadre du laboratoire d’analyse moléculaire. La docteure Se Hee Lee, chercheuse principale de l’étude, a souhaité inscrire ces observations dans un contexte environnemental et sanitaire global, rappelant l’omniprésence du plastique dans le quotidien.
« La pollution plastique est de plus en plus reconnue non seulement comme un problème environnemental, mais comme une préoccupation de santé publique », a expliqué la scientifique au moment de commenter les résultats de son équipe de recherche.
« Nos découvertes suggèrent que les micro-organismes dérivés des aliments fermentés traditionnels pourraient représenter une nouvelle approche biologique pour relever ce défi émergent. Nous continuerons à étendre la valeur scientifique des ressources microbiennes du kimchi pour contribuer à la santé publique et aux solutions environnementales », a-t-elle déclaré, traçant la feuille de route pour de futures investigations.
Selon la source : phys.org