L’Ukraine cible le cœur de l’exportation pétrolière russe
L’Ukraine a porté un coup stratégique au plus grand terminal d’exportation de la Russie occidentale. L’objectif : freiner les revenus exceptionnels que Moscou tire de la hausse des prix mondiaux du pétrole. Une vague de drones a visé le port de Primorsk, sur la mer Baltique, une infrastructure névralgique qui exporte un million de barils de brut chaque jour.
Ce port n’est pas seulement un géant économique. Il sert également de plaque tournante pour la « flotte fantôme » de pétroliers du Kremlin, un réseau utilisé pour contourner les sanctions internationales. Des images satellites ont révélé l’ampleur des dégâts : un immense incendie et d’épaisses colonnes de fumée s’élevant au-dessus du site, situé près de la Finlande, à 920 kilomètres (570 miles) de la frontière ukrainienne, après que plusieurs réservoirs de carburant ont été touchés.
Une attaque d’une nouvelle ampleur
Ce n’est pas la première fois que Primorsk est visé. Des drones ukrainiens avaient déjà frappé le port en septembre dernier. Cependant, les conséquences bien plus explosives de cette nouvelle attaque alimentent les spéculations sur l’utilisation de missiles, et plus spécifiquement d’une nouvelle arme nommée Flamingo, dotée d’une ogive de 1 150 kg.
Parallèlement, une raffinerie de pétrole dans la ville d’Ufa, au centre de la Russie, a également été ciblée et contrainte de suspendre ses opérations. Ces attaques coordonnées sur Primorsk et Ufa représentent un succès notable dans la campagne de frappes à longue portée de Kiev contre les cibles énergétiques russes, visant à saper son économie de guerre.
Depuis des mois, Kiev utilise ses drones produits en masse pour frapper ces infrastructures avec une fréquence et une efficacité croissantes. Mais cet effort a pris une nouvelle urgence dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient qui a éclaté le 28 février.
Le pétrole, nerf de la guerre économique

La Russie a engrangé environ 6,6 milliards de livres sterling grâce à ses exportations de combustibles fossiles au cours des deux premières semaines du conflit. Ce chiffre est le résultat direct de la hausse des prix de l’énergie et de l’assouplissement des sanctions américaines sur le pétrole de Moscou. Selon les données de l’industrie, cela représente une augmentation d’environ 14 % par rapport à février, offrant au Kremlin une bouée de sauvetage économique pour sa machine de guerre mise à rude épreuve.
Toutefois, les analystes estiment que Moscou peine à capitaliser sur cette flambée des prix. En cause ? Les attaques persistantes de drones ukrainiens et les mauvaises conditions météorologiques. Alexandre Drozdenko, le gouverneur de la région de Leningrad, a bien confirmé que plusieurs réservoirs de carburant à Primorsk avaient été incendiés suite à des attaques de drones, mais il n’a pas mentionné la suspension des exportations de pétrole.
Revendications et confirmations officielles

Les forces des systèmes sans pilote de l’Ukraine ont revendiqué la responsabilité de l’opération. Elles ont déclaré que le hub d’exportation, qui sert de point terminal au système d’oléoducs de la Baltique, était « utilisé par l’ennemi pour contourner les sanctions internationales ». Les images satellites du site corroborent la violence de l’attaque, montrant plusieurs réservoirs en feu dégageant une épaisse fumée noire.
L’attaque de septembre avait déjà interrompu les chargements de pétrole, mais cette fois, les dommages semblent plus sévères. Lundi après-midi, des sources industrielles ont confié à l’agence Reuters que le terminal était toujours fermé. Plus tard, l’état-major général ukrainien a confirmé que « le parc de réservoirs et l’infrastructure de chargement de pétrole ont été touchés ».
Une stratégie qui paralyse tout un secteur

La campagne ne s’arrête pas à Primorsk. Un incendie a également été signalé au terminal d’exportation d’Ust-Luga, qui traite 700 000 barils de pétrole par jour. Ces deux installations, les plus grands points de sortie du pétrole russe, avaient déjà suspendu leurs exportations depuis dimanche suite à des attaques de drones. Selon Reuters, qui cite des sources internes, Ust-Luga a exporté 32,9 millions de tonnes de produits pétroliers l’année dernière, et Primorsk 16,8 millions de tonnes.
Ce mois-ci, les exportations de pétrole depuis Novorossiysk, le plus grand port russe de la mer Noire, ont également été affectées par des frappes de drones. En fin de semaine dernière, des sources ont indiqué à Reuters que les flux d’exportation et de transit via Novorossiysk accusaient jusqu’à 10 jours de retard, en raison à la fois de tempêtes persistantes et des attaques de drones.
Un contexte global et militaire sous haute tension

Ces dernières attaques contre l’infrastructure pétrolière russe s’ajoutent aux pénuries mondiales provoquées par la fermeture de facto du détroit d’Hormuz par Téhéran, une artère maritime vitale par laquelle transite un cinquième du pétrole mondial. Pourtant, alors que la guerre en Iran capte l’attention du monde, Kiev s’inquiète de voir son combat contre la Russie passer au second plan de l’agenda international.
Cette offensive économique intervient à un moment critique. Les forces russes ont intensifié leur offensive sur plusieurs fronts en Ukraine, menant 619 assauts en quatre jours, sans pour autant réussir à percer. Entre le 17 et le 20 mars, les troupes russes ont tenté de briser les défenses ukrainiennes dans plusieurs secteurs de la ligne de front, a déclaré Oleksandr Syrskyi, le chef militaire de Kiev. De son côté, le président Volodymyr Zelensky avait prévenu que l’Ukraine repoussait une offensive russe à grande échelle, planifiée depuis fin 2025 et prévue pour début mars.
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