La NASA abandonne le Lunar Gateway au profit d’une base lunaire dès les années 2030
Auteur: Mathieu Gagnon
Le nouveau cap spectaculaire de l’agence spatiale
Le programme lunaire américain connaît un bouleversement majeur. Il y a seulement quelques semaines, la NASA annonçait déjà une modification importante de son calendrier Artemis, déplaçant le premier atterrissage habité depuis des décennies de la mission Artemis III vers Artemis IV, avec l’ambition de réaliser non pas un, mais deux atterrissages sur la Lune en 2028. L’agence spatiale vient de franchir une nouvelle étape décisive lors de la conférence de presse baptisée Ignition qui s’est tenue aujourd’hui.
Le nouveau patron de la NASA, le milliardaire et astronaute privé Jared Isaacman, a profité de cet événement pour dévoiler un projet d’une ampleur inédite : la construction d’une base sur la surface de la Lune au début des années 2030, tout en détaillant la feuille de route pour y parvenir. Ce changement de stratégie radical signe toutefois la fin définitive du Lunar Gateway. Cette station spatiale, déjà partiellement construite, devait orbiter autour de la Lune pour servir de point d’arrêt à mi-chemin pour les astronautes en transit.
L’abandon de cette station s’inscrit dans un contexte budgétaire mouvant. L’année dernière, l’administration Trump avait proposé des coupes drastiques dans le budget 2026 de la NASA, ciblant de nombreuses missions, dont le Gateway. L’Agence spatiale européenne avait d’ailleurs confié au média IFLScience, en novembre dernier, son intention de poursuivre le projet de son côté. En janvier, le Congrès a finalement approuvé le budget 2026 avec d’importantes modifications, laissant à la NASA des finances plutôt solides. Malgré cela, Jared Isaacman a choisi de s’éloigner définitivement de ce projet de station orbitale.
Une vision repensée : de l’orbite à la surface

Désormais, tous les regards de l’agence spatiale se tournent exclusivement vers le sol lunaire, avec une ambition assumée. L’objectif n’est plus d’y faire de brèves incursions, mais de bâtir une base que les astronautes pourront occuper pendant des mois entiers, et non plus quelques jours. Fait particulièrement marquant, la NASA souhaite que cette infrastructure soit opérationnelle en l’espace de quelques années seulement.
Pour poser les fondations de ce projet titanesque, le plan prévoit pas moins de 24 lancements répartis entre 2028 et 2030. Ces vols initiaux déploieront une multitude de charges utiles basiques et de petite taille, constituant l’infrastructure primaire nécessaire à la construction de la base. Durant cette période de mise en place, la présence humaine restera limitée, les astronautes ne s’attardant pas sur la surface lunaire dans un premier temps.
Afin de soutenir cette cadence effrénée, la NASA a l’intention d’intensifier le recours aux Services de charges utiles lunaires commerciales (CLPS). Cette stratégie permettra d’augmenter significativement le nombre et la fréquence des missions préparatoires, ouvrant la voie à l’acheminement de matériaux beaucoup plus imposants à partir de 2031.
L’ère des grands déploiements technologiques
La véritable transformation du paysage lunaire débutera en 2031. L’agence table sur un rythme soutenu de sept atterrissages par an entre 2031 et 2036. Cette logistique massive est indispensable pour transporter sur place des rovers, destinés tant à la robotique qu’au transport, ainsi que des centrales électriques, des habitats et divers équipements vitaux. La phase 2 du programme, prévue entre 2031 et 2033, sera d’ailleurs consacrée aux tests des démonstrateurs d’habitats.
Les télécommunications figurent au cœur des priorités pour rendre cette présence durable possible. La NASA commencera par déployer une constellation de satellites autour de la Lune pour assurer les premiers échanges de données. Ce réseau sera ensuite renforcé par l’installation d’antennes relais cellulaires de surface permanentes, avant d’intégrer, à terme, des systèmes de navigation sophistiqués.
La question cruciale de la production d’énergie nécessitera une évolution technologique majeure. Si l’agence s’appuiera d’abord sur l’énergie solaire, elle devra rapidement déployer des générateurs thermoélectriques à radioisotope (RTG) ainsi que des centrales nucléaires. Ces installations complexes sont absolument nécessaires pour permettre aux équipements et aux équipages de survivre à la nuit lunaire, dont l’obscurité glaciale s’étire sur une durée de 14 jours terrestres.
Des défis industriels et des retards en perspective
La NASA fait preuve d’une grande transparence quant aux obstacles immenses qui se dressent sur sa route. De véritables défis menacent la réalisation de ce calendrier serré, liés notamment à la chaîne d’approvisionnement, aux capacités de production et aux infrastructures de fabrication. S’ajoute à cela la nécessité absolue de tester rigoureusement l’ensemble de ces nouvelles technologies en conditions réelles.
L’une des plus grandes sources d’incertitude concerne la maturité des équipements. Une centrale nucléaire lunaire est en cours de conception et de test depuis ces dernières années. Si tout se déroule avec succès, elle pourrait être prête à être acheminée sur la surface de la Lune d’ici la fin de la décennie. L’agence doit cependant se préparer à d’éventuels revers qui pourraient bouleverser ce calendrier très strict.
Une incertitude similaire plane sur les véhicules d’atterrissage destinés aux équipages humains. La fusée Starship et le système d’atterrissage humain (Human Landing System) de l’entreprise SpaceX devraient être à un stade de développement plus avancé ; une note interne ayant fuité suggère même qu’ils ne seront prêts qu’en septembre 2028. De son côté, les atterrisseurs lunaires Blue Moon de Blue Origin ne sont pas censés être opérationnels avant 2030. Ces deux systèmes cruciaux doivent impérativement être testés l’année prochaine s’ils veulent être en mesure de transporter des humains sur la surface lunaire en 2028.
Financements et enjeux politiques

L’autre inconnue majeure de ce programme réside dans son financement. Chaque phase, d’une durée de trois ans, nécessite un budget colossal de 10 milliards de dollars. Lors de la conférence de presse, il a été souligné avec insistance que l’objectif principal était d’ « accomplir la politique spatiale nationale du président Donald J. Trump et faire progresser le leadership américain dans l’espace ». Une déclaration qui fait écho au projet de budget proposé l’an dernier par l’administration Trump, lequel prévoyait une coupe de 25 % qui aurait dévasté l’agence spatiale. La question reste donc ouverte : la NASA recevra-t-elle les fonds adéquats pour atteindre ces objectifs lunaires sans sacrifier le reste de ses travaux scientifiques ?
Face à ces interrogations, le discours officiel se veut rassurant et déterminé. « La NASA s’engage à accomplir le quasi-impossible une fois de plus, à retourner sur la Lune avant la fin du mandat du président Trump, à construire une base lunaire, à établir une présence durable, et à faire les autres choses nécessaires pour assurer le leadership américain dans l’espace », a déclaré très précisément Jared Isaacman devant la presse.
Avant de voir ces infrastructures de pointe s’élever dans le vide spatial, la toute première étape de ce plan audacieux doit se concrétiser la semaine prochaine. Le lancement tant attendu de la mission Artemis II est prévu pour le 1er avril, marquant le grand retour de l’humanité dans l’espace lointain, plus de 50 ans après son dernier voyage.
Selon la source : iflscience.com