Trump interdit aux hommes de participer aux sports féminins — le CIO adopte la même politique olympique
Auteur: Simon Kabbaj
Une nouvelle doctrine pour Los Angeles 2028

Le Comité international olympique a entériné une décision majeure : les athlètes transgenres sont dorénavant exclues des compétitions féminines aux Jeux olympiques. Cette nouvelle politique d’éligibilité, qui entrera en vigueur pour les Jeux de Los Angeles prévus en juillet 2028, se met en conformité avec le décret exécutif sur le sport promulgué par le président américain Donald Trump.
Pour statuer sur la participation des athlètes, l’instance impose désormais un test génétique obligatoire, réalisé une seule fois au cours de la carrière. Le CIO a déclaré par voie de communiqué : « L’éligibilité pour toute épreuve de la catégorie féminine aux Jeux olympiques ou à tout autre événement du CIO, y compris les sports individuels et d’équipe, est désormais limitée aux femmes biologiques, »
La mesure se veut ciblée sur le très haut niveau. L’organisation rappelle que la Charte olympique considère l’accès au sport comme un droit humain fondamental. L’instance précise ainsi : « Cela n’est pas rétroactif et ne s’applique à aucun programme sportif de base ou récréatif, »
Le rôle décisif de Kirsty Coventry

À la suite d’une réunion de son conseil exécutif, le CIO a publié un document de dix pages détaillant cette nouvelle orientation. Selon l’instance, cette règle « protège l’équité, la sécurité et l’intégrité dans la catégorie féminine, ». Elle restreint également la participation des athlètes féminines présentant des différences du développement sexuel, ou DSD, à l’image de la coureuse Caster Semenya, double championne olympique. Le nombre exact de femmes transgenres concourant à un niveau olympique reste aujourd’hui indéterminé. Aucune femme née de sexe masculin n’a participé aux Jeux d’été de Paris en 2024, bien que l’haltérophile Laurel Hubbard ait concouru aux Jeux de Tokyo en 2021, sans y remporter de médaille.
À la tête de l’organisation olympique, une figure historique porte ce dossier. Kirsty Coventry, double médaillée d’or olympique en natation et première femme à diriger le CIO en 132 ans d’histoire, a tenu une conférence de presse en ligne pour expliciter cette politique claire, qui remplace les recommandations précédemment laissées aux fédérations sportives. « Nous savons que ce sujet est sensible, » a-t-elle souligné. Elle justifie ce choix dans un communiqué : « Aux Jeux olympiques, même les plus petites marges peuvent faire la différence entre la victoire et la défaite, » avant d’ajouter : « Il est donc absolument clair qu’il ne serait pas juste que des hommes biologiques concourent dans la catégorie féminine. »
L’ancienne nageuse avait fait de la mission de « protéger la catégorie féminine » l’une de ses premières grandes décisions lors d’un examen lancé en juin dernier. Ce sujet de l’éligibilité féminine avait dominé les débats lors de l’élection du CIO l’an passé, qui comptait sept candidats dans un climat tendu par la fureur autour de la boxe féminine à Paris. Ses rivaux s’étaient alors engagés à adopter une politique plus ferme. Kirsty Coventry a tenu à clarifier le calendrier de sa décision : « C’était une priorité pour moi bien avant que le président Trump n’entame son second mandat, » a-t-elle affirmé, précisant : « Il n’y a eu aucune pression sur nous pour livrer quoi que ce soit de la part de quiconque en dehors du Mouvement olympique. »
La génétique et les données scientifiques au centre du débat

Avant les Jeux olympiques de Paris 2024, trois sports de premier plan — l’athlétisme, la natation et le cyclisme — avaient déjà exclu les femmes transgenres ayant traversé une puberté masculine. Le cas de Caster Semenya illustre la complexité de ces régulations. Assignée femme à la naissance en Afrique du Sud et présentant des niveaux de testostérone supérieurs à la norme féminine typique, elle a remporté un jugement de la Cour européenne des droits de l’homme lors de sa longue bataille juridique contre les règles de l’athlétisme, sans toutefois parvenir à les faire annuler.
Le document publié jeudi par le CIO s’appuie sur des recherches démontrant que le fait de naître de sexe masculin confère des avantages physiques qui, selon un groupe de travail d’experts, sont conservés par la suite. « Les hommes connaissent trois pics significatifs de testostérone : in utero, lors de la mini-puberté de l’enfance et du début de la puberté adolescente jusqu’à l’âge adulte, » indique le texte. Ces pics procurent « des avantages de performance individuels fondés sur le sexe dans les sports et les événements qui reposent sur la force, la puissance et/ou l’endurance. » Le document chiffre cet avantage de performance par rapport aux femmes biologiques à « 10-12 % dans la plupart des épreuves de course et de natation, », à au moins 20 % dans « la plupart des épreuves de lancer et de saut », et souligne qu’il « peut être supérieur à 100 % » pour les épreuves de puissance explosive, y compris « les sports de frappe. »
Pour élaborer cette politique, le CIO précise que ses recherches ont inclus « des entretiens individuels approfondis avec des athlètes concernés du monde entier. » Le groupe d’experts a convenu que le test génétique actuel représente « la méthode la plus précise et la moins intrusive actuellement disponible. » Concrètement, un échantillon de salive, un frottis buccal ou une prise de sang permet de dépister « le gène SRY, un segment d’ADN généralement trouvé sur le chromosome Y qui initie le développement sexuel masculin in utero et indique la présence de testicules. » Ce dépistage du genre, déjà pratiqué par les instances dirigeantes de l’athlétisme, du ski et de la boxe, s’expose toutefois aux critiques probables des experts en droits de l’homme et des groupes militants.
L’impact direct sur les championnes de boxe

La question de l’éligibilité génétique a pris une dimension mondiale lors des derniers Jeux d’été, touchant particulièrement les sports de combat. Au centre de la controverse sur le genre à Paris, on retrouve les deux médaillées d’or de la boxe féminine, dont les parcours sportifs récents illustrent l’application de ces nouvelles normes scientifiques et médicales.
La première, Lin Yu-ting, originaire de Taïwan, a récemment satisfait aux exigences médicales requises. L’instance dirigeante World Boxing a annoncé la semaine dernière que la championne avait passé son test génétique avec succès, ce qui l’autorise de fait à effectuer son retour officiel à la compétition internationale.
La seconde championne olympique de boxe, Imane Khelif, représentant l’Algérie, a également clarifié sa situation personnelle. Lors d’une interview accordée à la chaîne américaine CNN le mois dernier, elle a déclaré qu’elle se soumettrait à un test génétique afin de garantir son éligibilité pour les Jeux de Los Angeles. Dans l’immédiat, la boxeuse algérienne se préparerait, selon les informations rapportées, pour un combat professionnel prévu le mois prochain dans la capitale française.
Batailles juridiques et fortes pressions politiques

Sur le plan juridique, la politique du CIO peut être contestée, et le sera probablement, devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), situé à Lausanne, la ville suisse où siège l’instance olympique. Une telle démarche pourrait être initiée par une athlète agissant de manière isolée. Historiquement, l’athlète indienne Dutee Chand et la coureuse Caster Semenya avaient déjà attaqué les précédentes versions des règles d’éligibilité de leur sport devant cette même juridiction. Tout appel potentiel exigerait d’examiner les fondements scientifiques des recherches du CIO, lesquelles n’ont pas été rendues publiques ce jeudi. Une telle procédure pourrait facilement s’étirer sur une grande partie des quelques 28 mois nous séparant de l’ouverture des Jeux de Los Angeles. Faisant preuve de réalisme, Kirsty Coventry a déclaré : « Comme nous le savons dans le monde d’aujourd’hui, » avant de poursuivre, « toutes les règles et réglementations, à tout moment, pourraient toujours être contestées. »
L’ombre de la politique américaine plane de manière incontestable sur la prochaine échéance olympique. Aux États-Unis, le président Donald Trump a signé en février de l’année dernière un décret exécutif intitulé « Garder les hommes hors des sports féminins ». À travers ce texte, il s’est engagé à refuser des visas à certaines athlètes qui tenteraient de concourir aux Jeux de Los Angeles. Le décret menaçait également de « retirer tous les fonds » destinés aux organisations autorisant les athlètes transgenres à participer aux sports féminins. Face à cette situation, l’organisme olympique américain a mis à jour ses directives à l’attention des fédérations sportives nationales dans les mois qui ont suivi, en invoquant une obligation de se conformer aux exigences de la Maison Blanche.
L’administration américaine n’a pas tardé à réagir à la décision genevoise. La Maison Blanche a en effet salué la nouvelle position du CIO, qu’elle décrit ouvertement comme le résultat direct de ce décret présidentiel. Le porte-parole de la Maison Blanche, Davis Ingle, a exprimé la satisfaction de l’exécutif américain dans un communiqué sans équivoque : « Le fait que le CIO aligne sa politique sur le décret exécutif du président Trump avant les Jeux de Los Angeles de 2028 relève du bon sens et n’a que trop tardé, » a-t-il affirmé.
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