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Guerre commerciale américaine : les cinq régions du Québec les plus durement frappées
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le choc des tarifs douaniers sur l’économie locale

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Un an après les salves de tarifs imposées par le président américain Donald Trump, l’économie québécoise, reconnue pour son tissu très serré, dresse le bilan d’une guerre commerciale aux conséquences palpables. Une étude menée par l’institution financière Desjardins a permis d’identifier les cinq régions de la province qui accusent le coup de manière particulièrement brutale.

La situation exige une réorganisation majeure pour les petites et moyennes entreprises (PME), lesquelles peinent souvent à dénicher de nouveaux marchés pour écouler leurs marchandises. « Les tarifs sectoriels font mal, résume au Journal Maëlle Boulais‐Préseault, économiste senior chez Desjardins. Le Québec est plus touché qu’ailleurs au pays ». Cette pression engendre une dynamique complexe où les entreprises québécoises doivent lutter contre une concurrence interne accrue, certaines sociétés préférant jouer dans les marchés locaux plutôt que de s’aventurer aux États-Unis.

Les effets collatéraux de ce repli se font sentir dans des secteurs inattendus. Les fabricants d’armoires, par exemple, n’étaient pas visés directement par ces mesures protectionnistes. Ils subissent pourtant de plein fouet l’arrivée de nouveaux concurrents sur leur territoire, attirés comme du miel par ce marché de repli. Cette reconfiguration redessine la carte économique de la province, région par région.

1- Saguenay–Lac-Saint-Jean : le défi de l’aluminium

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Au sommet du classement établi par l’étude de Desjardins, le Saguenay–Lac-Saint-Jean trône au premier rang des zones les plus vulnérables. La dynamique y est très contrastée. Jean Simard, PDG de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC) qui regroupe des géants comme Rio Tinto, Alcoa et Aluminerie Alouette, observe que les grands producteurs parviennent à tirer leur épingle du jeu. Ils conservent la capacité de vendre leur cargaison au meilleur prix, que ce soit en Europe ou sur le marché américain.

La réalité se montre bien plus cruelle pour les acteurs de taille modeste. « Celles qui sont à risque, ce sont les petites entreprises qui font de la transformation en aluminium », précise Jean Simard. Le constat est partagé par Charlotte Laramée, PDG d’AluQuébec. « Ces entreprises gèrent une crise », alerte-t-elle. Les chiffres dressent un portrait sévère : 1730 petites entreprises, représentant un bassin de 30 000 emplois, souffrent actuellement de cette conjoncture. Ces structures voient fréquemment leurs revenus fondre dans des proportions allant de 30 % à 40 %.

La situation de Michel Lavoie illustre parfaitement cette réalité de terrain. Président de PCP Aluminium, une entreprise comptant une cinquantaine d’employés et située à La Baie, au Saguenay, il a vu son volume d’affaires bouleversé. Au cours de la dernière année, il a dû réduire ses exportations vers les États-Unis de 95 % à 70 %. L’entrepreneur lance un message direct au premier ministre Mark Carney : « Vous empochez de l’argent d’un côté [avec les contre-tarifs], distribuez-la aux entreprises impactées ». Il dresse un constat lucide sur la viabilité de leur modèle actuel : « On ne pourra pas constamment emprunter pour accéder au marché américain ».

2- Abitibi-Témiscamingue : cuivre et bois sous haute tension

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En Abitibi-Témiscamingue, les répercussions de cette guerre commerciale ciblent des secteurs historiques. La première transformation de cuivre s’y trouve particulièrement à risque, menaçant une chaîne de valeur essentielle à l’économie locale. Parallèlement, le secteur forestier, qui fournit de bons emplois constituant le gagne-pain de nombreux habitants de la région, est sévèrement mis à mal par les décisions de l’administration américaine.

Les barrières tarifaires s’accumulent sur les produits du bois avec une intensité croissante. « Les droits compensateurs et antidumping sur le bois d’œuvre ont doublé en août 2025 pour atteindre 35 %, et l’administration américaine a ajouté un tarif douanier de 10 % en octobre 2025 », précise Maëlle Boulais-Préseault de chez Desjardins. Cette superposition de taxes douanières crée un environnement d’exportation extrêmement hostile pour les producteurs locaux.

Le résultat de ces politiques se traduit par un mur financier pour les sociétés forestières. Les PME désireuses d’exporter leur bois se heurtent désormais à une barrière totale de 45 %. Face à ce niveau de taxation, les scieries ainsi que l’ensemble des petites entreprises de la région y goûtent, subissant une contraction significative de leurs débouchés transfrontaliers.

3- Côte-Nord : la vulnérabilité de la transformation du fer

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Sur le territoire de la Côte-Nord, les chocs nerveux engendrés par les tarifs de Donald Trump ont contaminé un autre pilier industriel : la transformation du fer et les métaux primaires. L’étude de Desjardins souligne que cette région dispose d’une économie nettement moins diversifiée qu’ailleurs au Québec, un facteur structurel qui amplifie la douleur ressentie par le tissu industriel local lors de perturbations internationales.

Tout comme en Abitibi, les entreprises forestières nord-côtières ont été assaillies par la multiplication des taxes. Elles supportent des droits compensateurs et antidumping s’élevant jusqu’à 35 %, auxquels s’est additionné un autre prélèvement de plus de 10 % mis en place à l’automne dernier. Le fardeau fiscal limite drastiquement leurs marges de manœuvre sur le continent.

Le secteur métallurgique fait face à un défi supplémentaire lié à la nature même de ses matériaux. « Du côté de l’acier, les risques de substitution sont plus importants, ce qui accentue la vulnérabilité des fabricants de produits métalliques », indique l’institution financière. Les clients américains peuvent plus facilement se tourner vers d’autres matériaux ou fournisseurs, laissant les usines québécoises dans une position précaire.

4- Laurentides : le matériel de transport frappé de plein fouet

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Les soubresauts de la politique américaine atteignent désormais des zones qui pensaient être à l’abri. Ce qui surprend particulièrement Maëlle Boulais-Préseault, c’est de constater que les sautes d’humeur du président républicain font aujourd’hui mal à des régions épargnées jusqu’ici. « On ne pensait pas que le matériel de transport allait avoir des tarifs aussi élevés. Les Laurentides et la Montérégie viennent en haut du classement », note l’économiste.

Le secteur manufacturier des Laurentides est lourdement investi dans la mobilité. « Qu’il s’agisse de la fabrication d’autobus, de camions lourds ou de produits connexes, plusieurs entreprises de la région sont affectées par ces mesures », observe l’experte dans sa récente étude. Les chaînes de montage et les sous-traitants doivent revoir leurs calculs face à la flambée des coûts d’exportation de leurs véhicules assemblés.

L’omniprésence de cette industrie dans la région rend la situation d’autant plus délicate. Dans les Laurentides, ce sont 4 entreprises manufacturières sur 10 qui œuvrent dans la fabrication de matériel de transport. La nature des sanctions commerciales implique une complexité supplémentaire : « Les tarifs sur les métaux peuvent aussi s’appliquer à une partie de ces produits », souligne-t-on, rappelant que chaque composant métallique intégré dans un véhicule risque d’être taxé lors du passage à la frontière.

5- Montérégie : de la fabrication aux produits alimentaires

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Partageant le sommet du classement avec les Laurentides concernant la fabrication de matériel de transport, la Montérégie subit elle aussi de plein fouet l’impact des mesures tarifaires sur les véhicules et leurs composantes. Le tissu industriel de cette vaste région montre des signes de fragilité face à l’imprévisibilité de la frontière sud. Cependant, le matériel de transport n’est pas le seul pan de l’économie locale à subir les foudres du bureau ovale.

Le secteur agroalimentaire se retrouve entraîné dans ce tourbillon par un effet de ricochet lié au conditionnement des denrées. « Plusieurs produits alimentaires exportés vers les États‐Unis utilisent des emballages fabriqués à partir de dérivés métalliques : confiseries, jus congelés, produits laitiers condensés, café, sirops, etc. », analyse Desjardins. De nombreux produits de fabrication alimentaire se trouvent ainsi directement impactés par l’application stricte des tarifs douaniers.

L’administration américaine ne fait pas de distinction entre le contenant et le contenu lors de l’application de ses barrières protectionnistes. Dans l’industrie, la portion des produits qui contiennent des métaux est forcément touchée par des tarifs atteignant 50 %. Les producteurs de la Montérégie doivent donc absorber ce choc financier majeur pour maintenir la présence de leurs conserves et emballages sur les étagères américaines.

Perspectives et adaptation du tissu industriel

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La cartographie de cet impact économique révèle à quel point les décisions prises à Washington résonnent profondément dans les usines, les scieries et les ateliers de transformation du Québec. Du Saguenay à la Montérégie, l’interdépendance des filières industrielles complique la tâche des dirigeants d’entreprises, forcés de naviguer à vue face à des réglementations douanières en constante évolution.

L’augmentation des taxes sur des matériaux primaires comme le cuivre, le fer ou l’aluminium engendre une onde de choc qui frappe les produits finis et l’emballage. La nécessité de diversifier les marchés d’exportation et de consolider les chaînes d’approvisionnement devient un impératif de survie pour les structures les plus exposées, en particulier les PME.

Alors que la première année de cette politique tarifaire s’achève, le défi pour les acteurs économiques reste entier. Les entreprises québécoises doivent repenser leurs stratégies de croissance tout en jonglant avec des marges bénéficiaires réduites et une concurrence interne décuplée, redéfinissant ainsi durablement le paysage manufacturier de la province.

Selon la source : journaldemontreal.com

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