Les États-Unis critiquent la politique « Achetez canadien » et la jugent commercialement injuste
Auteur: Simon Kabbaj
Le retour de l’alcool américain au cœur des exigences
Les règles provinciales entourant la vente d’alcool ainsi que la politique fédérale encourageant l’achat local ont été identifiées comme des irritants commerciaux majeurs entre le Canada et les États-Unis. Ces points de friction sont détaillés dans un nouveau rapport annuel préparé par le Bureau du représentant américain au commerce.
Selon ce document officiel, les barrières d’accès au marché imposées par les régies des alcools provinciales « entravent grandement » les exportations de vin, de bière et de spiritueux en provenance des États-Unis vers le territoire canadien. Cette situation découle directement des événements de l’année dernière, lorsque plusieurs provinces canadiennes avaient retiré les boissons alcoolisées américaines de leurs tablettes en réponse aux tarifs douaniers imposés par le président Donald Trump.
Face à cette situation, l’administration américaine se montre catégorique quant à ses attentes commerciales. Le rapport indique clairement que les États-Unis souhaitent que leur alcool revienne « immédiatement et de façon permanente » sur tous les marchés canadiens, sans exception.
Les politiques d’approvisionnement et les quotas laitiers pointés du doigt

Outre le secteur des boissons, le rapport soulève de vives inquiétudes concernant la politique d’approvisionnement fédérale intitulée « Acheter canadien ». Cette directive vise à garantir que les produits et les travailleurs du pays soient privilégiés lors de l’attribution de contrats dont la valeur atteint ou dépasse les 25 millions de dollars.
Les entreprises américaines affirment rencontrer des obstacles majeurs pour rivaliser sur ces appels d’offres. Elles se disent notamment contraintes de partager des informations confidentielles sur leurs conseils d’administration ou de devoir prouver l’indépendance de leur filiale canadienne vis-à-vis de leur société mère américaine. À ces griefs s’ajoutent des retards signalés dans la validation des aéronefs au Canada, ainsi que des tarifs douaniers jugés problématiques sur les produits laitiers américains.
Le document précise que les importations américaines dépassant les niveaux de quotas sont soumises à des « droits de douane prohibitifs », atteignant 245 pour cent pour le fromage et 298 pour cent pour le beurre. Malgré ces tensions, le Canada demeurait le deuxième plus grand marché d’exportation de biens américains l’an dernier. Les exportations de marchandises des États-Unis vers le Canada ont totalisé 336,5 milliards de dollars américains en 2025, ce qui représente une baisse de près de quatre pour cent par rapport à 2024.
Une enquête américaine ciblée sur les chaînes d’approvisionnement

L’administration Trump a récemment lancé une série d’enquêtes en vertu de l’article 301 de la loi sur le commerce de 1974 (Trade Act of 1974). Ces investigations visent une longue liste de pays, incluant le Canada, en invoquant la présence de travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement. Cette initiative a été perçue par les observateurs comme une manœuvre visant à rétablir les tarifs douaniers plus élevés voulus par Donald Trump, à la suite d’une décision de la Cour suprême des États-Unis qui avait restreint les pouvoirs présidentiels en matière de tarification.
Le rapport sur les barrières au commerce extérieur reconnaît que le Canada a adopté des mesures destinées à stopper l’importation de produits issus de l’exploitation humaine. Cependant, le document américain émet des réserves sévères : « il ne semble pas que le Canada applique efficacement son interdiction d’importation liée au travail forcé, ce qui signifie que des biens fabriqués avec du travail forcé pourraient être en mesure d’entrer et de concurrencer sur le marché du Canada. »
Cette situation est perçue comme un déséquilibre concurrentiel majeur par les autorités américaines. Le rapport conclut sur ce point en affirmant : « Ce problème pourrait supprimer artificiellement les coûts, y compris les coûts de main-d’œuvre, ce qui pourrait donner à certains biens provenant du Canada et se trouvant au Canada un avantage déloyal, ».
Des négociations bilatérales ralenties par de multiples barrières

Les pourparlers commerciaux avec le Canada accusent un retard par rapport à ceux menés avec le Mexique, en vue de l’examen obligatoire de l’accord commercial continental. C’est ce qu’a déclaré le mois dernier le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, lors d’une intervention sur la chaîne Fox Business. Il a précisé que les discussions progressaient avec ses homologues mexicains, alors que l’administration Trump négocie actuellement des modifications à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique sur le commerce, plus connu sous l’acronyme CUSMA.
Ce pacte, qui avait été négocié durant la première administration Trump pour remplacer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), a jusqu’ici protégé le Canada et le Mexique des pires impacts de la politique tarifaire de la Maison-Blanche. En effet, le droit de douane mondial de 10 pour cent voulu par le président ne s’applique pas aux marchandises conformes à cet accord. Toutefois, le Canada reste durement frappé par des tarifs douaniers distincts imposés par Donald Trump sur des industries spécifiques telles que l’acier, l’aluminium, l’automobile, le bois d’œuvre et les armoires de cuisine.
Les relations bilatérales ont été profondément bouleversées au cours de cette deuxième administration Trump, marquées par ces tarifs et par des menaces d’annexion. Jamieson Greer a d’ailleurs déploré que les Canadiens maintiennent des obstacles rendant les discussions bilatérales difficiles, en citant spécifiquement les interdictions provinciales visant l’alcool américain.
L’avenir incertain de l’accord continental en vue de l’échéance de juillet

L’accord CUSMA doit faire l’objet d’un examen cette année, mais son avenir demeure en suspens à cause des récentes déclarations de Donald Trump. Le président américain a en effet qualifié l’accord de non pertinent, ajoutant qu’il avait potentiellement déjà rempli son rôle. De son côté, Jamieson Greer a évoqué la possibilité d’abandonner purement et simplement ce pacte continental au profit de deux accords bilatéraux distincts avec les plus proches voisins des États-Unis.
Malgré ces incertitudes, les pourparlers commerciaux entre le Canada et les États-Unis ont officiellement repris. L’examen du CUSMA imposera aux trois pays de faire un choix crucial d’ici le mois de juillet. Ils disposeront de trois options : renouveler l’entente pour une période de 16 ans, s’en retirer, ou signaler à la fois un non-renouvellement et un non-retrait. Cette dernière option déclencherait un examen annuel qui pourrait maintenir les négociations actives pendant une décennie entière.
Du côté d’Ottawa comme de Mexico, la priorité affichée reste le maintien d’un accord tripartite unissant les trois nations. Dans cette optique diplomatique, le ministre LeBlanc a dirigé une importante mission commerciale au Mexique le mois dernier, et une délégation commerciale mexicaine est attendue au Canada au mois de mai prochain.
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