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Les Européens du Néolithique ont brusquement cessé d’ériger des tombes mégalithiques il y a 5 000 ans : on sait enfin pourquoi
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le silence inexpliqué des dolmens européens

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La construction de tombes mégalithiques complexes représente une caractéristique majeure de la période néolithique à travers l’Europe. Cette pratique monumentale a pourtant cessé de manière assez abrupte à la fin du quatrième millénaire avant notre ère, laissant derrière elle un silence archéologique de grande ampleur.

De nombreuses hypothèses ont été avancées pour expliquer ce changement soudain dans les habitudes funéraires continentales. Une nouvelle étude suggère que cette disparition de la scène historique pourrait être intimement liée à un effondrement démographique massif, un phénomène que les spécialistes désignent sous le nom de déclin néolithique.

Des analyses génétiques antérieures menées en Scandinavie avaient déjà fourni un premier indice décisif. Elles indiquaient que l’arrêt de la construction des tombes mégalithiques coïncidait avec un renouvellement rapide de la population, les agriculteurs néolithiques ayant alors été remplacés par une vague d’immigrants en provenance de la steppe eurasienne.

Les révélations génétiques de la nécropole de Bury

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Afin de vérifier si un phénomène similaire de remplacement de population s’est produit ailleurs en Europe, les auteurs de l’étude ont orienté leurs recherches vers la France. Ils ont minutieusement examiné l’ADN de 132 individus inhumés dans la tombe néolithique de l’allée sépulcrale de Bury, située près de Paris.

Les résultats de ces analyses moléculaires révèlent que la tombe a été utilisée lors de deux phases chronologiques distinctes. La première de ces phases s’est étendue d’environ 3200 à 3100 avant notre ère et se caractérise par la présence exclusive d’individus présentant une ascendance locale.

La seconde phase d’utilisation du site funéraire se compose en revanche de cadavres affichant un héritage ibérique et du sud de la France, suggérant un renouvellement de la population qui a débuté vers 2900 avant Jésus-Christ. Frederik Seersholm, l’un des auteurs de l’étude, l’affirme dans un communiqué : « Nous pouvons voir une rupture génétique claire entre les deux phases d’inhumation. Les personnes qui ont utilisé la tombe avant et après l’effondrement semblent être deux populations complètement différentes. » Il précise sa pensée : « Cela nous indique que quelque chose de significatif s’est produit, comme une perturbation majeure qui a conduit au déclin d’une population et à l’arrivée d’une autre. »

Une transition culturelle à l’échelle du continent

Selon les chercheurs de l’équipe, ces résultats franciliens correspondent parfaitement aux données issues d’autres tombes néolithiques découvertes en Allemagne, au Danemark et en Suède. Ces divers sites montrent tous des preuves de renouvellements de population au début du troisième millénaire avant notre ère.

L’ensemble de ces découvertes indique un déclin néolithique généralisé, suggérant que les sociétés bâtisseuses de tombes mégalithiques se sont éteintes avant d’être remplacées par de nouveaux immigrants venus d’Europe du Sud ou de la steppe eurasienne.

Outre leur profil génétique étranger, ces populations arrivées plus tardivement affichent des différences culturelles flagrantes par rapport aux bâtisseurs d’origine, tout particulièrement en ce qui concerne les pratiques funéraires. Le site de Bury illustre cette rupture des traditions : les inhumations de la première phase y étaient généralement alignées sur l’axe principal de la tombe, avec des corps placés dans une position allongée. Les inhumations de la seconde phase ne montrent aucun alignement de ce type et se caractérisent par des corps placés dans des positions fléchies.

L’ombre de la peste et de la surmortalité infantile

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La grande question scientifique consiste désormais à identifier la cause exacte de ce déclin néolithique à l’échelle du continent. En cherchant des indices dans le sol, les auteurs de l’étude notent que la première phase d’inhumation à Bury contient un nombre exceptionnellement élevé de squelettes de nourrissons et d’enfants.

Cette proportion anormale est, écrivent-ils dans leur rapport, « suggérant une surmortalité, touchant particulièrement les individus juvéniles, indiquant peut-être un événement catastrophique, tel que la guerre, la famine ou une épidémie. » Les scientifiques ont effectivement trouvé des taux élevés d’ADN de pathogènes mortels, comme Yersinia pestis, la bactérie responsable de la peste, dans les squelettes de la première phase à Bury.

Cette découverte relance la possibilité que le déclin néolithique ait été causé par une épidémie dévastatrice. Cette perspective avait déjà été suggérée par le passé, bien qu’elle demeure une hypothèse quelque peu spéculative et controversée à ce stade des recherches. Martin Sikora, co-auteur de l’étude, nuance l’observation : « Bien qu’il n’y ait pas d’arguments solides pour dire que la peste seule a causé l’effondrement de la population, la charge totale de la maladie aurait pu être l’un des nombreux facteurs contributifs. »

Un vide démographique propice aux migrations

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Malgré les incertitudes qui persistent quant aux causes exactes, les résultats de cette nouvelle recherche semblent confirmer la nature généralisée du déclin néolithique. Ces travaux indiquent clairement que l’arrêt de la construction des tombes mégalithiques est bel et bien lié à une mortalité massive à travers l’ensemble de l’Europe.

Après une période de hiatus et de vacance des lieux, les tombes communes construites par ces communautés néolithiques ont fini par être réutilisées par des cultures distinctes. Ces nouveaux arrivants se sont répandus progressivement dans les territoires récemment libérés par cet effondrement démographique sans précédent.

L’étude a été publiée dans la revue spécialisée Nature Ecology and Evolution. Les chercheurs y concluent leur démonstration en ces termes : « Nous pouvons donc considérer la possibilité que la migration ibérique vers le nord et l’expansion depuis la steppe aient été des réponses liées au déclin néolithique, car une contraction démographique généralisée aurait créé un vide dans lequel les groupes voisins auraient pu s’étendre. »

Selon la source : iflscience.com

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