Un utilisateur de détecteur de métaux découvre une bague ancienne : son inscription mystérieuse intrigue les experts
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte fortuite dans la campagne anglaise

Il y a près de deux ans, le sol d’un champ situé à Quadring, en Angleterre, a livré un vestige du passé. Rafal Wesolowski, un habitant de la ville de Boston, explorait la zone à l’aide de son détecteur de métaux lorsqu’il a exhumé un objet singulier. Cette trouvaille s’est révélée être un anneau en argent et en or, préservé sous la terre pendant des siècles.
Les analyses approfondies menées par des experts universitaires et des spécialistes des musées viennent de livrer leurs premières conclusions. La bague remonte au début du Moyen Âge, avec une datation estimée entre l’an 700 et l’an 1000 de notre ère. Cet objet de plus de mille ans porte sur son pourtour une série de caractères runiques, dont le sens exact fait toujours l’objet de nombreuses spéculations.
Le découvreur a immédiatement ressenti le poids historique de cet artefact. Interrogé par la BBC, Rafal Wesolowski a partagé son émotion face à cet événement inédit. « Je ne savais pas exactement ce que c’était, mais j’ai su immédiatement que c’était quelque chose de spécial », a-t-il déclaré. Il a poursuivi en décrivant l’instant précis de la découverte : « Je me souviens être debout là dans le champ, le tenant dans ma main, en pensant : comment est-il possible que je sois la première personne à toucher cela à nouveau après plus de mille ans ? »
L’anatomie d’un bijou millénaire

L’artefact présente des caractéristiques physiques remarquables, minutieusement documentées par les chercheurs. Pesant très exactement 4,51 grammes, l’anneau est composé d’une base en argent recouverte d’une dorure à l’or. Son épaisseur atteint 2,33 millimètres, et la structure externe se distingue par une bordure surélevée encadrant l’inscription, tandis que l’intérieur de l’anneau est dépourvu de toute décoration.
Les mesures révèlent un diamètre interne de 18,94 millimètres. Cette dimension correspond approximativement à une taille neuf selon les standards américains (U.S. size nine). Une observation attentive de la dorure a permis aux spécialistes de comprendre une partie du processus de fabrication. L’absence d’or à l’intérieur même des lettres gravées indique que l’inscription a été réalisée dans un second temps, une fois la bague initialement forgée et dorée.
Pour mettre en valeur ces caractères ajoutés ultérieurement, l’artisan a employé une technique spécifique. Les experts ont décelé de faibles traces de nielle au sein de la gravure. Cette substance noire était couramment utilisée par les orfèvres de l’époque médiévale pour créer un contraste visuel fort et faire ressortir les inscriptions sur le métal précieux.
Le mystère d’un nom gravé dans le métal

L’étude de cet anneau a été prise en charge par le Portable Antiquities Scheme du British Museum, une initiative dédiée à l’enregistrement des découvertes archéologiques faites par le public. Un dossier de trésor a ensuite été ouvert, dirigé par une équipe d’experts de l’Université du Nottinghamshire. Leur attention s’est focalisée sur la séquence de caractères inscrite sur l’objet, qui se lit approximativement ainsi : +udnAnH(:)Ri*aHiSDe.
L’analyse technique montre que le graveur a utilisé une méthode précise. Selon les informations tirées du dossier, les caractères sont formés de « lignes fines, principalement droites, qui se terminent par des points, possiblement faites avec un poinçon ». Si les experts s’accordent sur le fait que la séquence commence par un symbole de croix, la traduction du reste du texte s’avère particulièrement nébuleuse.
Martin Findell et Jasmin Higgs, deux experts universitaires travaillant sur le projet, ont émis une hypothèse. Ils estiment qu’une partie de la traduction runique inclut le nom de personne Udnan, tout en précisant que cette lecture est « loin d’être certaine ». Ce nom précéderait le segment « h:ri?g », un terme signifiant « anneau » en vieil anglais ou en vieux norrois. La phrase complète pourrait donc se traduire par « L’anneau d’Udnan » ou « Udnan possède l’anneau ». Les deux spécialistes restent prudents et « hésitent à accepter l’une de ces possibilités avec une quelconque certitude ».
Un marqueur social de l’élite médiévale

L’accumulation d’indices matériels renseigne sur le statut social du propriétaire originel de la bague, qu’il s’agisse de cet hypothétique Udnan ou d’une autre personne. La combinaison de métaux précieux, la finesse du design et la présence de gravures personnalisées suggèrent fortement que l’anneau était une marque de richesse, réservée à un individu jouissant d’un rang social élevé.
La signification culturelle de l’objet dépasse sa simple valeur monétaire. Lisa Brundle, officier de liaison pour les découvertes (finds liaison officer), a expliqué à la BBC que cet anneau représentait une « possession chérie ». L’existence même de cette inscription, dans une région spécifique, « pourrait même suggérer la présence d’une élite alphabétisée vivant le long du paysage en bordure des tourbières ».
Sur le plan légal, la bague tombe sous le coup d’une législation précise. L’objet étant composé à plus de 10 % de métaux précieux et affichant un âge supérieur à 300 ans, il remplit les critères nécessaires pour être qualifié de trésor potentiel en vertu du Treasure Act de 1996, la loi britannique régissant ce type de découvertes historiques.
Un nouvel élément dans un puzzle historique rare

La découverte de Quadring vient enrichir un corpus extrêmement restreint d’objets similaires. Cette pièce rejoint en effet un petit groupe d’anneaux du début du Moyen Âge portant des inscriptions, connus pour exister sur le territoire britannique. La comparaison avec ces autres vestiges permet de mieux comprendre la rareté de la trouvaille de Rafal Wesolowski.
Parmi les exemples répertoriés, un anneau provenant de Cumbria se distingue. Daté entre le huitième et le dixième siècle de notre ère, il comporte une inscription que les spécialistes n’ont jamais pu interpréter. Malgré cette absence de traduction, les experts estiment que ce texte possède une « importance magique ou amulettique » pour la personne qui le portait.
Un autre point de comparaison se trouve à Wheatley Hill. Cet exemplaire, datant spécifiquement du huitième siècle de notre ère, présente une approche beaucoup plus directe dans son message. Son inscription runique a pu être traduite clairement par les chercheurs : « [Un] anneau je suis appelé. » Ces quelques mots gravés résonnent avec les incertitudes entourant l’anneau d’Udnan, rappelant la diversité des usages de l’écriture durant cette période lointaine.
Selon la source : popularmechanics.com