Grand National : le jockey explique pourquoi il a continué la course avec un cheval blessé
Auteur: Simon Kabbaj
Une victoire tragique sur l’hippodrome d’Aintree

Le Grand National, l’un des plus grands événements du calendrier sportif, a attiré plus de 140 000 spectateurs sur l’hippodrome de Liverpool pendant trois jours. Mais cette année, le prestigieux festival a été assombri par la mort de deux chevaux, jetant une ombre sur la compétition.
Le drame le plus marquant a eu lieu le vendredi 10 avril, lors de la célèbre « Ladies Day ». Le cheval Gold Dancer, âgé de sept ans et monté par le jockey Paul Townend, a remporté la deuxième course de la journée. Cependant, la victoire a eu un goût amer. Juste après avoir franchi la ligne d’arrivée, l’animal a été arrêté d’urgence. Des écrans ont été dressés pour permettre aux vétérinaires d’intervenir, mais le verdict fut sans appel : Gold Dancer avait le dos brisé et a dû être euthanasié sur place.
Un autre cheval, Get On George, a également subi une blessure mortelle le samedi lors du William Hill Handicap Hurdle, portant à deux le nombre de décès durant le festival.
Paul Townend : de la victoire à la vive polémique

Les images ont fait le tour des médias : Paul Townend menant Gold Dancer jusqu’à la victoire, malgré une réception maladroite après le dernier obstacle où le cheval a semblé traîner ses pattes arrière. Le jockey a continué à monter et même à utiliser sa cravache pour encourager l’animal jusqu’à la ligne d’arrivée, une action qui lui a valu une vague de critiques et d’indignation.
Ironiquement, le lendemain, Paul Townend a remporté la course principale, le Grand National, sur un autre cheval nommé I Am Maximus. Cette victoire prestigieuse a cependant été ternie par la controverse persistante autour de sa gestion de Gold Dancer. Face au tollé, une enquête de routine des commissaires de course a été menée.
La conclusion de cette enquête a été claire : Paul Townend ne ferait l’objet d’aucune sanction pour avoir continué à monter le cheval blessé. Comment expliquer une telle décision ?
L’explication officielle : « Le cheval semblait normal »

C’est James Given, directeur de la régulation, de la sécurité et du bien-être équin à la British Horseracing Authority, qui a fourni les détails de l’enquête au média Metro. Selon lui, le jockey a affirmé aux commissaires que Gold Dancer « semblait normal » après sa chute et qu’il n’y avait « aucune indication » qu’il avait subi une blessure mortelle à ce moment-là.
S’exprimant sur Racing TV, James Given a détaillé l’incident : « Ce qui s’est passé avec le cheval, je suis sûr que tout le monde l’a vu, il a glissé à la réception après le dernier obstacle, son arrière-train et ses pattes sont partis sur le côté droit, mais il s’est relevé très rapidement et a ensuite galopé ». Il a précisé avoir assisté à l’enquête et visionné les ralentis sous plusieurs angles.
« Le cheval est resté droit comme une flèche, donc il n’y a aucune indication à ce moment-là que quelque chose n’allait pas », a-t-il ajouté. Le jockey a insisté sur le fait que ses seules informations provenaient des sensations que lui renvoyait sa monture. Et à ce stade, tout paraissait sous contrôle.
Le moment précis où tout a basculé

L’explication de James Given se poursuit en distinguant les différentes allures du cheval. Il a rapporté les propos de Paul Townend : « Il [Townend] a dit que tout ce qu’un jockey pouvait faire, c’est se fier à ce que le cheval ressent, et le cheval lui semblait normal ». Le point de rupture ne s’est pas produit pendant la course elle-même. « C’est seulement quand il a franchi la ligne d’arrivée, la ligne d’arrivée est quelque peu sans importance ici, c’est en fait quand il tournait à gauche et passait d’un galop à un trot, un galop est une action plus douce et fluide, un trot, une action plus saccadée, et c’est seulement à ce moment-là qu’il a senti un changement dans l’action du cheval qui n’allait pas ».
Le jockey a alors immédiatement réagi : « Il a arrêté le cheval tout de suite, est descendu et a laissé les vétérinaires s’occuper du cheval ». James Given a insisté sur le fait que l’action du cheval était restée « absolument droite » et « symétrique » jusqu’à ce changement d’allure. Willie Mullins, l’entraîneur de Gold Dancer, a corroboré cette version : « Il [Townend] m’a dit que le cheval avait bien galopé après la ligne et avait ralenti au petit galop. Juste au moment où il tournait, il est passé au trot, et c’est la première fois qu’il a senti quelque chose. Il a senti que le cheval allait bien en passant le poteau d’arrivée ».
PETA dénonce une « conséquence prévisible »

Face à ces explications, PETA (People for the Ethical Treatment of Animals), la plus grande organisation mondiale de défense des droits des animaux, a publié une déclaration cinglante. L’organisation qualifie le Grand National d' »un des événements les plus dangereux au monde, forçant les chevaux à galoper à grande vitesse sur une distance pouvant atteindre quatre miles tout en sautant certains des obstacles les plus grands et les plus notoires des courses britanniques ».
Le communiqué de PETA est sans équivoque : « Les courses d’obstacles sont extrêmement dangereuses pour les chevaux. Les chutes entraînent souvent des fractures du cou, des membres brisés, des blessures à la colonne vertébrale ou des traumatismes internes mortels. Si leurs blessures ne les tuent pas sur le coup, les chevaux sont généralement tués sur place ou plus tard dans la journée ». Pour l’organisation, ces morts ne sont pas des accidents isolés mais des « conséquences prévisibles d’une course conçue pour être extrême afin d’attirer les revenus des paris, les sponsors et les téléspectateurs ».
PETA soulève également la question du dopage : « Parfois, les chevaux reçoivent des médicaments améliorant les performances (légaux et illégaux) et des drogues pour masquer la douleur de blessures antérieures. Cela ne fait qu’exacerber les risques d’une panne catastrophique ». L’organisation conclut en affirmant : « Si les mêmes préjudices étaient infligés à des animaux dans un autre contexte, cela serait largement condamné comme de la maltraitance ».
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