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Nids-de-poule au Québec : des réclamations record, mais un chiffre surprend les automobilistes
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une hausse spectaculaire des plaintes

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Le phénomène prend de l’ampleur. Un nombre record d’automobilistes québécois se sont tournés vers le ministère des Transports pour réclamer une compensation financière après avoir endommagé leur véhicule sur un nid-de-poule. Depuis le début de l’année 2025, la somme totale réclamée s’élève à 2,2 millions de dollars.

En 2025, le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) a enregistré 1377 réclamations, un sommet depuis 2021. La tendance semble s’accélérer, puisque pour les trois premiers mois de l’année 2026, 699 dossiers ont déjà été ouverts. Ces demandes concernent l’ensemble du réseau routier géré par le gouvernement du Québec, soit 31 000 kilomètres incluant les autoroutes, les routes nationales et régionales.

Cette vague de réclamations est perçue comme une nouvelle indication de la dégradation générale des chaussées. Au cours des dernières semaines, les témoignages d’automobilistes victimes de ces trous se sont multipliés à travers la province.

Crevaison sur la 132 : un témoignage à 400 dollars

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Sylvain Lecours fait partie de ces automobilistes qui ont dû passer à la caisse. Pour ce résident de Sherbrooke, la situation s’est aggravée. « Il me semble qu’il y en a [des nids-de-poule] plus qu’auparavant et qu’ils sont plus susceptibles de faire des dommages. Ils sont plus gros », soutient-il. Son expérience personnelle confirme son impression.

Le 29 mars dernier, alors qu’il rentrait en voiture d’un événement à Montréal, son véhicule a heurté un nid-de-poule sur la route 132, à Brossard. Le pneu n’a pas résisté au choc. « Je l’ai frappé assez solidement et ça n’a pas pris de temps pour que mon pneu soit complètement vidé de son air », raconte-t-il. La facture du garage pour remplacer le pneu endommagé s’est élevée à 397 dollars.

Suite à cet incident, M. Lecours a déposé une réclamation auprès du ministère. Il attend toujours une décision, mais ne se fait guère d’illusions. « Le garagiste m’a averti que j’avais peu de chances d’obtenir quelconque compensation. Je vous avoue que je ne suis pas très optimiste », confie-t-il.

Le parcours du combattant pour être indemnisé

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L’optimisme prudent de Sylvain Lecours est justifié par les statistiques. Si le montant moyen par réclamation s’élève à 1085 dollars, la grande majorité des demandeurs ne voient jamais la couleur de cet argent. Au cours des cinq dernières années, le MTMD n’a accepté que 5 % de l’ensemble des réclamations reçues. Pourquoi un taux si faible ?

Nicolas Ryan, porte-parole de CAA-Québec, explique que le fardeau de la preuve repose entièrement sur les épaules de l’automobiliste. La loi est claire : les gouvernements et les municipalités ne sont pas tenus pour responsables des dommages matériels causés par l’état des routes. Il existe bien une exception, mais elle est difficile à faire valoir.

Pour obtenir gain de cause, un conducteur doit prouver deux choses : que les autorités étaient déjà au courant de la présence du nid-de-poule en question, et qu’elles ont fait preuve de négligence en ne corrigeant pas le problème. Cela implique de se lancer dans un véritable dédale administratif, incluant des demandes d’accès à l’information et la nécessité d’avoir pris une photo du trou, ce que M. Lecours n’a pu faire, jugeant l’manœuvre trop dangereuse sur l’autoroute.

Près de 9 automobilistes sur 10 réclament un changement

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Face à cette situation, l’exaspération monte. Un sondage mené par CAA-Québec fin mars auprès d’un millier de ses membres révèle une volonté de changement massive. Pas moins de 89 % des répondants se sont dits favorables à une modification de la loi pour que le gouvernement et les municipalités soient tenus responsables des dommages matériels causés par le mauvais état des routes.

Cette protection dont bénéficient les administrations publiques n’est pas nouvelle. Elle remonte à la réforme Ryan du début des années 1990. À l’époque, les municipalités se voyaient confier de nouvelles responsabilités en matière de voirie. En contrepartie, elles étaient dégagées de la responsabilité des dommages aux véhicules, l’idée étant que les sommes ainsi économisées seraient investies dans l’entretien du réseau.

Trente ans plus tard, le constat est amer pour beaucoup. « En 2026, les gens ont l’impression qu’ils sont perdants dans les deux sens. Ils paient de leur poche et ils roulent sur des routes qu’ils considèrent comme épouvantables », résume Nicolas Ryan de CAA-Québec.

Le dilemme économique : qui doit payer la facture ?

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Modifier la loi pourrait toutefois avoir des conséquences importantes sur les finances publiques. Le porte-parole de CAA-Québec soulève une variable inconnue : combien d’automobilistes, sachant leurs chances de succès augmentées, décideraient de déposer une réclamation ? La question fondamentale devient alors collective : « Est-ce qu’on veut payer collectivement les dommages causés aux véhicules des particuliers ? » s’interroge Nicolas Ryan.

Pour Jean-Philippe Meloche, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, le problème réside dans la contribution jugée insuffisante des automobilistes aux finances publiques pour couvrir les coûts réels du réseau routier. Selon lui, il s’agit d’un arbitrage inévitable pour le citoyen.

« Il n’y a jamais un moment où le citoyen part avec le beurre et l’argent du beurre. Soit il part avec pas beaucoup d’impôts, mais un véhicule endommagé, ou avec moins de dommages sur un véhicule, mais une bonne route et des impôts élevés », explique-t-il. En clair, le confort d’une route en bon état a un prix, que ce soit à travers les réparations individuelles ou l’impôt collectif.

Les chiffres bruts : une tendance qui s’aggrave

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Les données brutes fournies par le MTMD illustrent une nette augmentation des réclamations au fil des ans, malgré une année 2024 moins chargée. Cette évolution confirme le sentiment d’une dégradation perçue par de nombreux conducteurs.

Voici le décompte annuel des réclamations pour dommages causés par des nids-de-poule :

  • 2021 : 485
  • 2022 : 1234
  • 2023 : 967
  • 2024 : 697
  • 2025 : 1377
  • 2026 : 699 (en date du 31 mars)

Ces chiffres viennent s’ajouter à une étude pancanadienne commandée par CAA-Québec en 2021. Elle concluait qu’un automobiliste québécois payait en moyenne 258 dollars par an en réparations liées directement au mauvais état des routes. Ce montant représentait plus du double de la moyenne canadienne.

Selon la source : journaldequebec.com

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