94 ans après sa dernière apparition, l’alouette rousse est photographiée pour la toute première fois
Auteur: Mathieu Gagnon
Le mystère d’une disparition longue d’un siècle

Comment perd-on la trace d’une espèce animale au fil des décennies ? La réponse varie selon les situations : certains taxons s’éteignent définitivement, tandis que d’autres échappent simplement aux regards humains sous le poids du temps qui passe.
Ces animaux effacés des registres scientifiques peuvent ne jamais réapparaître, mais une poignée d’entre eux refait parfois surface de manière inattendue. C’est le cas de l’alouette rousse, observée au Tchad pour la première fois depuis 94 ans.
Scientifiquement nommé Calendulauda rufa, cet oiseau de petite taille au plumage brun n’était jusqu’alors que très partiellement documenté. Les seules preuves tangibles de son existence reposaient sur quelques rares spécimens collectés en 1931 par le naturaliste George Latimer Bates.
Un historique de recherches jonché de fausses pistes

L’aire de répartition historique de l’alouette rousse couvre un vaste territoire s’étendant à travers le Niger, le Tchad et le Soudan. Depuis la collecte des premiers spécimens, les archives n’ont mentionné que des rapports non confirmés et de vagues rumeurs concernant les apparitions de l’animal.
Une lueur d’espoir avait émergé lorsqu’une photographie a été prise en 2017. Ce cliché a suscité un vif intérêt au sein de la communauté scientifique, poussant les experts à mener une évaluation approfondie pour identifier formellement le sujet photographié.
L’analyse finale a révélé que l’oiseau immortalisé sur l’image n’était pas l’alouette rousse. À l’issue de cet épisode, l’espèce est restée classée dans la catégorie des animaux disparus, prolongeant une attente qui semblait interminable.
Une expédition française au bord du lac Fitri

Le dénouement de cette enquête naturaliste s’est dessiné grâce à l’intervention d’un duo français composé de Pierre Defos du Rau et de Julien Birard. Ces deux chercheurs voyagent régulièrement au Tchad ainsi que dans d’autres nations africaines pour étudier les oiseaux d’eau.
En tant qu’ornithologues expérimentés, ils scrutent en permanence l’environnement à la recherche de toute espèce intéressante au-delà de leur sujet d’étude principal. « Nous avions pratiqué nos alouettes au Tchad au cours des deux dernières années », a expliqué Pierre Defos du Rau dans une déclaration officielle.
L’opportunité de l’observation s’est présentée à la suite d’un voyage de 10 jours consacré au baguage de canards sur les rives du lac Fitri. Ce travail de terrain exigeant posait les bases d’une découverte inattendue dans la région.
L’apparition inattendue du 2 février

Au matin du 2 février, l’équipe a marqué un arrêt dans l’espoir d’observer un moineau roux du Kordofan. Cette halte a eu lieu dans la région du Guéra, située dans la partie centre-sud du Tchad. Alors qu’il observait une alouette de Horsfield, Julien Birard a pensé apercevoir quelque chose de plus captivant encore.
Les moineaux du Kordofan se trouvaient à proximité, mais le temps nécessaire pour installer la caméra et le microphone a permis aux oiseaux de s’envoler. À la place de ces moineaux, une espèce d’alouette à l’apparence nettement différente a fait son apparition. Les deux hommes ont d’abord pris des photographies à cette distance, avant de réaliser de nouvelles prises de vue un peu plus tard, à une distance beaucoup plus courte estimée entre 6 et 8 mètres (19 à 26 pieds).
Ces clichés constituent les toutes premières photographies d’une alouette rousse à exister. Une comparaison approfondie et l’élimination des autres espèces potentielles ont permis de confirmer qu’il s’agissait bien du spécimen recherché. Les chercheurs ont même pu observer l’oiseau une nouvelle fois le 15 février.
Statut de conservation et autres redécouvertes mondiales

Malgré une absence visuelle de 94 ans, ce petit oiseau n’a jamais été classé comme éteint. Il figure avec une population stable sur la Liste rouge de l’UICN, sous la classification de « Préoccupation mineure ». Ce statut s’explique en grande partie par le fait que l’espèce possèderait une très vaste aire de répartition et serait localement commune dans certaines zones.
La difficulté de son observation découle directement des problèmes de sécurité et des troubles politiques qui touchent la région. Ces facteurs extérieurs rendent l’accès à ces parties du monde particulièrement complexe pour les expéditions de recherche.
L’alouette rousse n’est pas le seul taxon à avoir été retrouvé après un long silence. L’araignée à trappe de Fagilde a été découverte à nouveau après une absence de 92 ans à la périphérie d’un village au Portugal. Dans un registre différent, la taupe dorée, une créature souvent décrite pour son apparence adorable, a été surprise en train de nager à travers les dunes de sable d’Afrique du Sud pour la première fois depuis 1936.
Selon la source : iflscience.com