Des visiteurs en Corée du Nord terrifiés par ce qu’ils entendent chaque matin à 6h sur les haut-parleurs de la ville
Auteur: Simon Kabbaj
Depuis plus de quinze ans, les rues de Pyongyang, capitale de la Corée du Nord, résonnent chaque matin à exactement 6 heures d’un son aussi étrange que troublant. Si pour les habitants ce rituel sonore est devenu une routine quotidienne, pour les visiteurs étrangers, c’est une expérience inoubliable, teintée de malaise. Dans ce pays souvent qualifié de l’un des plus fermés et surveillés au monde, chaque détail compte — même ce qu’on entend à l’aube. Alors que les images et vidéos circulent sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes partagent leur stupéfaction après avoir appris ce qui est réellement diffusé dans les rues. Voici un plongeon dans un réveil dystopique, orchestré par un régime qui contrôle jusqu’au silence du matin.
1. Une ville qui se réveille sous surveillance

Pyongyang, vaste métropole de béton, de bronze et de marbre, offre un décor rigide et imposant, reflet de la politique du pays. Chaque matin, à 6h précises, des haut-parleurs répartis dans toute la ville se mettent à fonctionner, brisant le silence de l’aube. Impossible d’y échapper, même les visiteurs logeant dans des hôtels réservés aux étrangers sont réveillés par ce signal sonore. La scène est digne d’un film, mais elle est bien réelle. Pour beaucoup, ce moment donne l’impression que la ville entière est synchronisée par un seul et même souffle, un souffle imposé.
2. Une dictature à la mise en scène millimétrée

La Corée du Nord, officiellement appelée République populaire démocratique de Corée, est un régime totalitaire dirigé depuis 1948 par la famille Kim. La dynastie, connue sous le nom de lignée du mont Paektu, a instauré une forme de gouvernance basée sur le culte de la personnalité. Amnesty International, les Nations Unies et Freedom House ont tous dénoncé de graves atteintes aux droits humains dans ce pays. Dans cet environnement ultra-contrôlé, rien n’est laissé au hasard — pas même ce que les citoyens entendent dès leur réveil.
3. Un signal qui a commencé bien avant la mort de Kim Jong-Il

En 2008, trois ans avant le décès de Kim Jong-Il, un nouveau phénomène sonore commence à envahir les rues de la capitale. Tous les matins depuis cette année-là, le même morceau est diffusé à travers les haut-parleurs de la ville. Il s’agit d’une œuvre musicale que beaucoup qualifient de bizarre, envoûtante, voire inquiétante. Ce rituel matinal est désormais profondément ancré dans la vie des Nord-Coréens. Pourtant, les visiteurs étrangers, eux, ressentent un profond malaise en entendant ce son répétitif, qui semble presque venu d’un autre monde.
4. Les réactions en ligne : entre fascination et angoisse

Des vidéos de ce moment circulent depuis quelque temps sur YouTube, TikTok et autres réseaux sociaux, suscitant une vague de réactions aussi diverses que marquantes.
Un internaute écrit : « Je pensais que c’était une musique ajoutée en post-production. Mais apprendre que c’est diffusé en direct dans toute la ville est glaçant. »
Un autre commente : « C’est comme la bande-son d’un monde dystopique, jouée dans une brume épaisse sous l’œil d’une créature invisible. »
D’autres encore parlent d’une sensation de rêve étrange, voire de paralysie du sommeil en écoutant ce son. L’effet est hypnotique, étrangement mélancolique, et surtout déconcertant pour ceux qui n’y sont pas habitués.
5. Une musique chargée de propagande et de nostalgie

Ce fameux morceau s’intitule « Où es-tu, cher Général ? » (« Where Are You, Dear General? »). Il dure environ 6 minutes 30 et est interprété, dans sa version actuelle, par le Pochonbo Electronic Ensemble, un groupe emblématique de la musique nord-coréenne. Selon plusieurs sources, la chanson aurait été composée par Kim Jong-Il lui-même, en 1971, dans le cadre de l’opéra « Une vraie fille du Parti ». Dans cette œuvre, une infirmière militaire nommée Kang Yeon-ok exprime son rêve de rencontrer Kim Il-Sung, le fondateur du régime. Aujourd’hui, le morceau diffusé dans les rues de Pyongyang serait profondément altéré, avec une qualité sonore déformée qui le rend difficilement reconnaissable, lui donnant un aspect presque spectral.
Si vous souhaitez entendre cette étrange mélodie, voici la vidéo qui la présente dans son contexte réel, captée dans les rues de Pyongyang : LA VIDEO
6. Un réveil pas comme les autres, depuis 2008

Depuis plus de 15 ans, cette musique retentit chaque jour à l’identique à travers la gare de Pyongyang et les autres artères de la ville. Diffusée par un système sonore omniprésent, elle sert à réveiller la population tout en renforçant l’idéologie du régime. Il ne s’agit pas d’un simple morceau musical, mais d’un outil de propagande diffusé de manière ritualisée, dans un contexte de contrôle total de la société. Même sur la télévision nord-coréenne, la chanson est parfois retransmise, comme un rappel permanent de la présence du pouvoir, même dans l’intimité du réveil.
Conclusion : un son, mille symboles

Ce réveil matinal étrange n’est pas qu’une curiosité sonore : il incarne la présence constante du régime nord-coréen dans la vie quotidienne de ses citoyens. Pour les visiteurs, ce moment devient rapidement synonyme d’oppression, de surveillance et de mystère politique. Ce n’est pas seulement la musique qui effraie, mais ce qu’elle représente : un système où rien, pas même le silence du matin, n’échappe au contrôle du pouvoir. Alors la prochaine fois que vous entendrez une douce sonnerie pour sortir du lit, pensez à ceux qui, à 6h du matin, s’éveillent au son d’un message qu’ils ne peuvent ni ignorer ni éteindre.