Le syndrome d’Alice au pays des merveilles est une véritable maladie neurologique… voici ce qu’il provoque
Auteur: Simon Kabbaj
Elle rétrécit, elle grandit, elle flotte dans un monde où tout semble déformé. Ce voyage étrange, raconté par Lewis Carroll dans Alice au pays des merveilles, nous a tous fait sourire… ou frissonner. Mais derrière ces scènes délirantes se cache peut-être plus qu’un simple conte pour enfants. Et si cette œuvre cachait une vérité troublante ? Un phénomène méconnu, pourtant bien réel, qui touche certaines personnes et bouleverse leur quotidien de manière déroutante.
Une énigme neurologique existe bel et bien, et elle porte le nom d’Alice. Mais que provoque-t-elle exactement ?
Un conte qui cache peut-être une vérité

Elle rétrécit, elle grandit, elle flotte dans un monde sans repères. Depuis plus de cent cinquante ans, les aventures d’Alice fascinent lecteurs et lectrices de tous âges. Mais derrière ces scènes surréalistes, se pourrait-il qu’un trouble neurologique se dissimule ? Peu de gens le savent, mais les curieuses transformations vécues par l’héroïne de Lewis Carroll ressemblent à s’y méprendre à une condition médicale bien réelle.
Une découverte inattendue en médecine

En 1955, un psychiatre britannique du nom de John Todd donne un nom étrange à un phénomène encore peu connu : le syndrome d’Alice au pays des merveilles, ou AIWS. Ce n’est pas un hasard : les témoignages de ses patients rappellent étrangement les aventures d’Alice. Ce qui rend l’histoire encore plus étonnante, c’est que Lewis Carroll lui-même aurait souffert de migraines sévères, accompagnées de troubles visuels. Dans ses journaux, il parle d’”affections optiques bizarres”, ce qui laisse penser que son imagination puisait peut-être dans sa propre expérience.
Quand la science rejoint la littérature

Longtemps relégué aux marges de la médecine, le syndrome intrigue aujourd’hui encore les scientifiques. On pense souvent que notre perception du monde est solide, stable. Et pourtant, certaines personnes rapportent des sensations si étranges qu’elles défient l’entendement. Le plus troublant ? Ce ne sont pas des hallucinations liées à des substances, mais bien le fruit d’un déséquilibre neurologique réel. À travers ce syndrome, la médecine moderne découvre à quel point notre cerveau peut remodeler la réalité.
Des causes multiples, souvent invisibles

Les chercheurs ont identifié plusieurs causes possibles à ce syndrome. Chez les adultes, il est souvent lié à la migraine, ce qui explique peut-être le cas de Carroll. Chez les enfants, il est fréquemment déclenché par des infections virales, comme le virus d’Epstein-Barr, celui de la mononucléose. D’autres facteurs peuvent aussi être en jeu : épilepsie, tumeurs cérébrales, chocs à la tête, voire certains médicaments ou substances psychoactives. Et dans plus de la moitié des cas chez l’enfant, aucune cause évidente n’est retrouvée.
Un monde qui s’étire ou se contracte

Alors, que vit réellement une personne atteinte du syndrome d’Alice au pays des merveilles ? Imaginez un instant que vos mains paraissent deux fois plus grosses que d’habitude. Ou que les murs de votre chambre s’éloignent subitement, comme dans un rêve étrange. Les objets semblent rétrécir (micropsie) ou au contraire grandir (macropsie). Dans certains cas, ils paraissent soudain très éloignés (téléopsie) ou anormalement proches (pelopsie). Cette perception déformée peut durer quelques minutes, souvent en soirée, et revient par poussées.
Quand son propre corps devient étranger

Le plus déstabilisant pour ceux qui en souffrent, c’est que leur propre corps leur semble méconnaissable. Une personne peut avoir l’impression que sa tête est énorme, ou que ses mains prennent des proportions irréalistes. C’est ce qu’on appelle une altération de l’image corporelle. Pour certains, le temps lui-même se dérègle : les minutes deviennent des heures, ou l’inverse. Des hallucinations visuelles, auditives ou tactiles peuvent survenir, plongeant la personne dans un état d’incompréhension totale. Chez les enfants, ces épisodes peuvent provoquer beaucoup d’angoisse.
Un syndrome rare mais rassurant

Même si les symptômes sont spectaculaires, le syndrome d’Alice au pays des merveilles n’est généralement pas dangereux. Il n’existe pas de test spécifique, et le diagnostic repose souvent sur l’observation des symptômes et l’exclusion d’autres maladies. Il n’y a pas de traitement miracle, mais en traitant la cause sous-jacente (comme une infection ou une migraine), les crises deviennent moins fréquentes, voire disparaissent complètement. Dans une étude, 60 % des patients n’ont plus jamais eu de symptômes après quelques années. Ce syndrome nous rappelle que notre cerveau, aussi remarquable soit-il, peut parfois brouiller notre lien avec la réalité.