Grippe aviaire : le plan de Robert F. Kennedy pourrait aggraver la crise sanitaire mondiale
Auteur: Simon Kabbaj
Depuis plusieurs mois, les États-Unis font face à une grave épidémie de grippe aviaire qui frappe durement les élevages de volailles. Des millions d’oiseaux meurent, pendant que le virus, discret mais actif, continue de circuler. La menace pour l’homme, bien que faible pour l’instant, n’est pas à négliger.
Dans ce contexte tendu, Robert F. Kennedy Jr., aujourd’hui responsable de la politique sanitaire américaine, a proposé un plan radical pour faire face à la situation. Un plan qui, selon de nombreux spécialistes, pourrait avoir des conséquences dévastatrices.
Nous vous expliquons clairement, étape par étape, pourquoi cette décision fait tant débat et en quoi elle pourrait mettre en péril la santé de tous.
1. Un virus qui fait des ravages dans les élevages

La grippe aviaire, aussi appelée H5N1, cause une hécatombe dans les fermes américaines. Plus de 20 millions de volailles ont déjà péri, selon le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA). Le virus se propage très vite, provoquant des symptômes graves chez les oiseaux : difficultés respiratoires, tête enflée, tremblements, pertes de coordination, saignements… Et dans presque tous les cas : la mort. Pour les éleveurs, c’est une catastrophe économique. Pour les animaux, une souffrance terrible.
2. L’homme, encore épargné… mais jusqu’à quand ?

Jusqu’ici, les cas humains restent rares, mais les autorités sanitaires ne baissent pas la garde. Depuis avril 2024, 70 personnes ont été infectées aux États-Unis, selon les Centres de contrôle des maladies (CDC). La majorité des cas sont liés à un contact direct avec des vaches ou des volailles infectées. Il n’y a pas encore eu de transmission entre humains, mais le risque existe. Un seul changement génétique pourrait suffire à déclencher une nouvelle pandémie.
3. La voie prudente : contenir à tout prix

Face à ce risque, la stratégie classique est de tout faire pour contenir le virus. Cela signifie abattre les animaux infectés, renforcer l’hygiène dans les élevages, surveiller étroitement la situation, et éviter toute propagation incontrôlée. Cette méthode est éprouvée, bien que coûteuse. Mais elle a un avantage majeur : elle empêche le virus de muter et donc de franchir la barrière entre les espèces. C’est ainsi qu’on protège les humains.
4. Un discours inattendu : et si on laissait faire le virus ?

C’est ici que tout bascule. Lors d’une récente entrevue sur Fox News, le secrétaire à la Santé des États-Unis, Robert F. Kennedy Jr., a proposé une idée troublante :
“Peut-être faudrait-il laisser le virus se propager dans les élevages, pour voir quels oiseaux y survivent et sont naturellement immunisés.”
L’objectif ? Repérer les oiseaux résistants et les utiliser pour créer des lignées immunisées. Une vision qualifiée d’“audacieuse” par certains politiciens… mais d’extrêmement dangereuse par les scientifiques.
5. Le pari de Kennedy : une erreur aux conséquences incalculables

Laisser le virus circuler librement dans les fermes, c’est lui offrir un terrain de jeu pour muter. Comme le résume le Dr James Lawler, expert en sécurité sanitaire à l’Université du Nebraska :
“Chaque nouvelle infection, c’est comme lancer un dé à mille faces. Un jour, le virus tombera sur la mauvaise combinaison.”
Et même si quelques volailles survivent, le Dr Gail Hansen rappelle que les oiseaux d’élevage sont presque identiques génétiquement :
“Il y a très peu de variabilité. Ce n’est pas comme s’il y avait une grande diversité naturelle à exploiter.”
Elle conclut sans détour :
“C’est une recette pour le désastre.”
6. Des souffrances animales… pour un résultat incertain

En plus du danger pour les humains, cette stratégie entraînerait la mort lente et douloureuse de millions d’animaux. Respirer difficilement, trembler, souffrir, pour finir par mourir… Laisser une épidémie se répandre volontairement est un choix que peu osent défendre. Et même sur le plan scientifique, rien ne garantit que cela fonctionnera. Les experts tirent la sonnette d’alarme : ce plan n’est pas seulement imprudent, il est cruel, incertain et potentiellement catastrophique.
Conclusion : Faut-il vraiment tenter le diable ?

La proposition de Robert F. Kennedy Jr. apparaît comme un pari insensé. En misant sur une éventuelle immunité naturelle, il risque de déclencher une nouvelle crise sanitaire mondiale. La science est claire : plus un virus circule, plus il devient dangereux.
Alors, devons-nous vraiment prendre ce risque ?
Et si, cette fois encore, il était déjà trop tard ?
Source : nytimes