Pression parentale, culpabilité… L’éducation des enfants a-t-elle vraiment changé ?
Auteur: Adam David
C’est un sentiment tenace, presque une rengaine chez les jeunes parents : élever un enfant aujourd’hui semble plus compliqué que jamais. Loin d’être une simple impression, ce ressenti est confirmé par les chiffres. Selon une étude OpinionWay, plus de la moitié des parents jugent cette tâche difficile, un chiffre qui grimpe à 63 % chez les mères. Alors, la parentalité est-elle vraiment devenue un parcours du combattant ? Une chose est sûre : la pression pour réussir ce que la journaliste Louise Tourret nomme le « projet parental » n’a jamais été aussi forte, transformant parfois ce rôle en une source de stress intense.
Entre bienveillance et fermeté, la cacophonie des injonctions
« Être parent aujourd’hui, c’est un sacré défi… », soupire Laure, mère de trois enfants. Ce qui pèse ? Une solitude accrue, l’omniprésence des écrans, mais surtout une avalanche de conseils qui a fait de l’éducation un business florissant. Livres, coachs, podcasts… les recommandations affluent, et avec elles, les contradictions. On se retrouve bombardé d’informations, souvent mal digérées et transformées en dogmes.
Le pédopsychiatre Patrick Ben Soussan observe ce grand écart : « D’un côté, une réflexion positive autour de la bienveillance, nourrie par les neurosciences, a émergé. De l’autre, ce message a été déformé par des experts autoproclamés, laissant croire que le moindre stress était toxique pour l’enfant. » En réaction, un retour de balancier tout aussi brutal a prôné la fin de « l’enfant roi ». Difficile, dans ce brouhaha, de trouver sa propre boussole.
Le piège de la culpabilité et de la perte de confiance
Ce débat permanent a eu un effet pervers : il a instillé le doute et la culpabilité. « Certains discours ont fait que des parents se sont sentis mauvais, voire maltraitants, pour des choses anodines », analyse la psychologue clinicienne Béatrice Copper-Royer. Elle rappelle qu’envoyer un enfant de 4 ans dans sa chambre quelques minutes n’a rien à voir avec de la maltraitance. Cette peur de mal faire a conduit à ce que le sociologue Michel Vanderbroeck appelle « l’incompétence acquise ».
En clair : à force de recevoir des conseils standardisés, souvent inapplicables à leur réalité culturelle ou économique, les parents finissent par se convaincre qu’ils manquent de compétences. « Au lieu de les renforcer, de les soutenir, on les fragilise », regrette Louise Tourret. L’éducation n’est pas une science exacte, mais une relation. Et pour qu’elle fonctionne, la confiance en soi est un moteur bien plus puissant que le doute.
Accepter l'imperfection, c'est aussi ça, être parent
Car il faut bien le dire : le parent parfait n’existe pas. Même les plus aguerris tâtonnent, se trompent, traversent des tempêtes. Rosa, mère de trois garçons, confie sa fatigue face à son petit dernier, « obligé de résister en permanence », créant des tensions au sein de son couple. La vie de famille n’est pas un long fleuve tranquille. Gabrielle, enseignante en maternelle et mère de quatre enfants, le résume avec une formule percutante : « L’enfant tout sourire qui ne bouge pas dans un coin, ce n’est pas un enfant, c’est une photo ! »
Un enfant, ça vit, ça teste, ça fait des bêtises. Les moments de friction, les « non » fermes, les conflits font partie intégrante de l’éducation. « Il faut arrêter d’imaginer que votre enfant va cesser de vous aimer parce que vous lui dites non », martèle la professeure Catherine Jousselme. Après tout, c’est aussi le rôle des enfants d’être un peu du « poil à gratter », de nous bousculer dans nos certitudes.
Faire sa propre cuisine éducative
Alors, faut-il se boucher les oreilles et jeter tous les manuels ? Sûrement pas. L’idée n’est pas de refuser toute aide, mais de changer de posture. « Il ne faut pas imaginer que l’on va devenir un meilleur parent en suivant des conseils standardisés, ça c’est du baratin », prévient Patrick Ben Soussan. Il suggère plutôt de se saisir de toute cette matière et « d’en faire sa propre cuisine ».
Chaque famille est unique, avec son histoire, sa culture, ses valeurs. Il n’y a pas une seule bonne façon d’être parent. Il s’agit de piocher ce qui nous parle, de tester, d’adapter les outils à sa propre réalité, sans se comparer constamment au voisin. Une approche sur-mesure, en somme, plutôt qu’un prêt-à-porter éducatif rigide.
Et s'il fallait tout un village pour élever un enfant ?
Et si le problème n’était pas seulement dans nos têtes, mais aussi… dehors ? C’est la thèse que défend Patrick Ben Soussan. Il rappelle que la parentalité est une affaire collective. On ne peut pas être un bon parent si la société ne nous en donne pas les moyens. Horaires de travail incompatibles, manque d’espaces publics adaptés aux enfants, villes stressantes… tout cela pèse lourdement sur les familles.
« La seule vraie bonne solution pour gérer une crise au supermarché, c’est de ne pas y emmener son enfant », illustre-t-il. Au lieu de culpabiliser les parents, il faudrait plutôt créer des haltes-garderies à l’entrée des magasins. Le fameux proverbe africain, « il faut tout un village pour élever un enfant », n’a jamais été aussi pertinent. Face à l’éclatement des cellules familiales, recréer du lien et du collectif devient une urgence.
retrouver le chemin de la confiance et du collectif
Pas de recette miracle, donc, mais quelques pistes pour alléger le fardeau. La première est de se faire confiance, d’accepter ses imperfections et de se rappeler sa légitimité. La seconde est de briser l’isolement. Parler, échanger, s’entourer, que ce soit avec des amis, des voisins ou des professionnels. Des initiatives, comme cette ludo-médiathèque dans les Landes qui offre du répit aux parents, ou des lignes d’écoute comme « Allô ? Parents en crise », rappellent que des solutions existent. Car avant d’être un projet à réussir, la parentalité est avant tout une aventure humaine, faite de doutes, mais aussi d’immenses joies.
Selon la source : femmeactuelle.fr