Face au tabou, les expériences immersives redéfinissent la prévention en santé mentale
Auteur: Adam David
Quand le silence freine la prise en charge

L’année 2025 est marquée par une prise de conscience brutale : la santé mentale est devenue, en France, un enjeu national incontournable. Derrière les chiffres – près d’un Français sur deux avoue avoir traversé une période de détresse psychologique récente – se cache un silence assourdissant. Cette stigmatisation tenace freine toute tentative d’expression et rend la prévention particulièrement difficile, surtout auprès des jeunes.
Les limites de l’information officielle

Malgré les efforts des pouvoirs publics pour faire de cette question une priorité, le tabou reste lourd. Sept personnes sur dix estiment toujours que parler de santé mentale est délicat, un pourcentage qui souligne l’ampleur du fossé à combler pour diffuser une information fiable. On le constate notamment dans la difficulté à atteindre les nouvelles générations.
Les canaux traditionnels, y compris les portails institutionnels (comme santementale-info-service.fr, lancé par Santé publique France), peinent à s’imposer. Le vrai défi n’est pas seulement la qualité du contenu, mais sa capacité à toucher le public. Sur TikTok ou Instagram, les contenus officiels représentent moins de 1 % de l’audience, laissant le champ libre à des créateurs indépendants qui, bien que sincères, peuvent parfois manquer de rigueur ou d’expertise médicale.
L’empathie provoquée par l’immersion sensorielle

Face à ce manque de connexion, des initiatives novatrices misent sur le sensoriel pour générer non pas de l’information brute, mais de l’empathie. L’idée est de passer du savoir abstrait à l’expérience vécue, même de manière simulée. C’est le pari du dispositif « Immersion auditive, vivre avec les voix », conçu par Adèle Turquin et Dan Zerbib.
Grâce à des enregistrements complexes et des interventions en direct, les participants sont plongés, l’espace d’un instant, dans l’expérience déroutante de l’hallucination auditive, symptôme souvent associé à la schizophrénie. L’objectif n’est pas de simuler parfaitement le trouble, ce serait impossible, mais de générer un « déclic » émotionnel fort.
Quand le corps et les sens ouvrent le dialogue

L’observation est éloquente : qu’il s’agisse de néophytes, de proches ou même de professionnels du soin, les participants ressortent visiblement transformés de cet exercice. En sollicitant le corps et les sens, l’expérience réussit là où les plaquettes d’information échouent : elle dissout la peur de l’inconnu et ouvre un espace de dialogue sincère, fondé sur plus d’humanité.
Ces outils immersifs sont essentiels pour briser la glace individuelle, mais il faut garder à l’esprit que la prévention ne peut se cantonner au seul prisme personnel. Comme le rappelle l’épidémiologiste Maria Melchior, la souffrance psychique résulte toujours d’une combinaison complexe de facteurs, où l’environnement social joue un rôle prépondérant.
Les racines sociales de la souffrance

Bien sûr, la psychologie individuelle et l’environnement biologique jouent leur rôle. Mais ce sont souvent des facteurs externes – la précarité, l’isolement, le manque d’appartenance – qui agissent comme de puissants détonateurs. Les travaux pionniers d’Émile Durkheim l’avaient déjà souligné : la détresse s’enracine souvent profondément dans des contextes de vie fragilisés, où le lien social est distendu.
C’est pourquoi les stratégies de prévention les plus performantes ne se contentent pas d’épauler l’individu après coup. Elles s’efforcent plutôt de renforcer la solidarité au niveau local, de réparer le tissu social et de promouvoir activement le bien-être au sein de la collectivité.
Un enjeu collectif et durable

Face à l’augmentation des troubles et au poids persistant du silence, la réponse doit être multiple et radicale. Il est impératif de rendre l’accès à la connaissance concret et vivant, comme le proposent les dispositifs immersifs, tout en intégrant pleinement la réalité des déterminants sociaux.
Replacer l’empathie, l’expérience partagée et la solidarité au cœur de l’action semble être la seule voie durable pour que la santé mentale devienne un véritable enjeu collectif, permettant à chacun de s’extraire de l’isolement de sa propre souffrance.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.