Vers une extinction massive : jusqu’à 4 000 glaciers pourraient disparaître chaque année d’ici 2050
Auteur: Mathieu Gagnon
Un deuil symbolique pour une catastrophe réelle

Vous vous souvenez peut-être de cette image marquante, un peu étrange, en 2019 : des gens organisaient des funérailles symboliques dans les Alpes suisses pour pleurer la disparition du glacier du Pizol. Ça pouvait sembler théâtral sur le moment, mais une étude publiée ce lundi vient confirmer que nous ne sommes qu’au début du deuil. Si le réchauffement climatique n’est pas freiné drastiquement, des milliers de glaciers vont s’évaporer chaque année dans les décennies à venir. Ce n’est pas une exagération, c’est ce que disent les chiffres.
L’action gouvernementale sur le changement climatique sera le facteur déterminant : elle décidera si le monde perdra 2 000 ou carrément 4 000 glaciers par an d’ici le milieu du siècle. C’est terrifiant quand on y pense, car tout se joue à quelques degrés près. Cette marge infime fera la différence entre préserver près de la moitié des glaciers mondiaux en 2100… ou en sauver moins de 10 %. « Nos résultats soulignent l’urgence d’une politique climatique ambitieuse », a déclaré l’étude menée par le glaciologue Lander Van Tricht et publiée dans la revue Nature Climate Change.
Au-delà de la glace : l’impact humain et la méthodologie du « pic d’extinction »

Habituellement, les chercheurs se focalisent sur la perte de masse ou la réduction de la surface des géants de glace. Mais ici, Lander Van Tricht et ses collègues ont changé d’approche : ils ont voulu déterminer combien de glaciers individuels allaient fondre totalement au cours de ce siècle. C’est une nuance importante. Même si la fonte de petits glaciers individuels a un impact moindre sur l’élévation du niveau de la mer que les mastodontes polaires, leur perte peut nuire considérablement au tourisme ou à la culture locale, selon les scientifiques. « La disparition de chaque glacier unique peut avoir des impacts locaux majeurs, même si sa contribution à l’eau de fonte est faible », a expliqué Van Tricht, rattaché à l’ETH Zurich et à la Vrije Universiteit Brussel, aux journalistes.
Le co-auteur Matthias Huss, également glaciologue à l’ETH Zurich, était d’ailleurs présent lors de ces fameuses funérailles du Pizol en 2019. Pour lui, ce n’est pas qu’une affaire de graphiques et de données. « La perte de glaciers dont nous parlons ici est plus qu’une simple préoccupation scientifique. Cela touche vraiment nos cœurs », a-t-il confié avec une certaine émotion.
Pour arriver à ces conclusions, les scientifiques ont examiné les contours dérivés par satellite de 211 490 glaciers issus d’une base de données mondiale. L’objectif ? Déterminer l’année où le plus grand nombre disparaîtra, un concept qu’ils ont baptisé le « pic d’extinction des glaciers ».
Les scénarios du futur : une accélération vertigineuse

Ils ont fait tourner des modèles informatiques selon plusieurs scénarios de réchauffement, allant d’un monde où les températures augmentent de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, jusqu’à un scénario catastrophe où elles grimpent de 4°C. Aujourd’hui, on perd déjà environ 1 000 glaciers par an, ce qui est énorme, mais l’étude prévient que ce rythme est voué à s’accélérer. Même si le réchauffement est limité à 1,5°C — le seuil que les pays se sont engagés à poursuivre dans le cadre de l’Accord de Paris pour éviter le pire — le nombre de glaciers disparaissant annuellement atteindra un pic de 2 000 d’ici 2041.
À ce rythme-là, il resterait 95 957 glaciers sur la planète en 2100, soit un peu moins de la moitié. Mais soyons réalistes un instant : les Nations Unies ont averti que le réchauffement est bien parti pour dépasser les 1,5°C dans les prochaines années. En utilisant des projections montrant que les températures augmenteraient de 2,7°C avec les politiques gouvernementales actuelles, les glaciologues estiment qu’environ 3 000 glaciers disparaîtraient chaque année entre 2040 et 2060. Le résultat final fait froid dans le dos : d’ici 2100, seul un glacier sur cinq, soit exactement 43 852, aurait survécu dans un monde à +2,7°C.
Et si on regarde le pire scénario ? Celui où les températures montent de 4°C ? Là, jusqu’à 4 000 glaciers disparaîtraient chaque année d’ici le milieu des années 2050. Il ne resterait alors que 9 % des glaciers, soit 18 288, à la fin du siècle.
Disparités régionales et conclusion : quand il ne reste plus rien à fondre

Le timing de ce fameux pic de disparition varie énormément selon les régions, tout dépend de la taille et de l’emplacement des glaces. Dans les zones où les glaciers sont principalement petits, comme les Alpes européennes ou les Andes subtropicales, la moitié d’entre eux pourraient avoir disparu d’ici deux décennies seulement. C’est demain, pour ainsi dire. En revanche, dans les parties du monde dotées de glaciers plus massifs, comme le Groenland et la périphérie de l’Antarctique, ce pic de disparition surviendra plus tard dans le siècle.
Les chercheurs ont souligné un point assez ironique et triste : bien que les disparitions de glaciers atteignent un pic dans chaque scénario, le rythme ne commence à diminuer ensuite que… parce qu’il y a moins de glaciers restants et que les plus gros mettent plus de temps à fondre. Comme l’a dit Van Tricht, le taux de perte dans les Alpes tombera à « presque zéro » d’ici la fin du siècle, « simplement parce qu’il n’y a presque plus de glaciers ».
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.