Un climat digne de la préhistoire refait surface

On a souvent l’image d’une Amazonie éternelle, immuable, mais ce qui se passe là-bas dépasse franchement l’entendement. Imaginez un peu : la forêt amazonienne serait en train de changer de visage pour entrer dans un état que les scientifiques appellent désormais « hypertropical ». C’est un terme qui sonne un peu comme de la science-fiction, vous ne trouvez pas ? Pourtant, c’est bien la réalité décrite par une étude très sérieuse. En gros, à force de subir des sécheresses qui s’allongent et gagnent en intensité, la forêt retrouve des conditions qu’elle n’avait pas connues depuis des dizaines de millions d’années. C’est vertigineux.
Ce n’est pas juste qu’il fait chaud. C’est que les arbres subissent un stress absolument colossal, ce qui, logiquement, fait grimper leur taux de mortalité en flèche et — c’est là que ça nous concerne tous — les empêche de faire leur boulot de séquestration du carbone. Si le réchauffement climatique continue sur sa lancée actuelle (et on sait que c’est malheureusement la tendance), ces conditions infernales pourraient devenir la norme, même pendant la saison des pluies. Les forêts tropicales, qui sont nos meilleures alliées pour piéger le carbone, sont aussi les zones les plus chaudes et humides. Mais voilà, avec le réchauffement d’origine humaine, tout se dérègle. On observe de plus en plus souvent ce basculement inquiétant : ces puits de carbone, au lieu d’absorber le CO2, commencent à devenir des sources nettes d’émissions parce que les arbres souffrent trop de la chaleur. C’est un cercle vicieux.
Des tours de 50 mètres pour écouter la forêt souffrir

Pour en arriver à ces conclusions, les chercheurs n’ont pas chômé. Une équipe internationale, codirigée par l’Université de Californie à Berkeley (la fameuse UC Berkeley), a mené l’enquête sur le terrain. Ils ont publié leurs résultats le 10 décembre dernier dans la prestigieuse revue Nature. C’est Jeffrey Chambers, un professeur de géographie à l’UC Berkeley, qui a piloté tout ça. Pour comprendre ce qui se passait, ils ont installé un dispositif impressionnant : deux tours immenses de 50 mètres de haut qui surplombent la canopée, situées sur deux sites au nord de la région de Manaus.
Ces tours ne sont pas là pour faire joli. Elles sont bardées d’instruments pour tout mesurer : la température, l’humidité à différentes hauteurs, et même l’intensité du rayonnement solaire tout en haut, sur la cime des arbres. Ils ont même posé des capteurs directement dans les arbres ! C’est fou la technologie, non ? Ces capteurs mesurent la circulation de la sève, la température des feuilles et ce qu’on appelle le potentiel hydrique du sol — en gros, la force que l’arbre doit déployer pour pomper l’eau du sol jusqu’à ses feuilles tout là-haut. En croisant ces données avec cinq modèles climatiques terrestres, ils ont réalisé que la forêt glisse vers un état chaud qu’on n’avait pas vu sous les tropiques depuis… tenez-vous bien… entre 10 et 40 millions d’années ! À l’époque, la Terre était beaucoup plus chaude. Ils ont défini ces zones « hypertropicales » comme des endroits où la température dépasse le 99e percentile des climats tropicaux qu’on a connus historiquement.
Quand les arbres meurent de soif et d’embolie

Le cœur du problème, c’en est presque triste à dire, c’est cette satanée saison sèche. Habituellement, elle court de juillet à septembre, mais voilà qu’elle s’étire en longueur et devient de plus en plus brûlante. Cette chaleur anormale fragilise tout. L’équipe a noté que la mortalité des arbres a bondi de 55 %. Vous imaginez ? Plus d’un arbre sur deux meurt prématurément à cause de ça. Et les prévisions sont… comment dire… sombres. Si on continue comme ça, d’ici 2100, ces sécheresses extrêmes pourraient durer jusqu’à 150 jours par an. Presque la moitié de l’année ! Jeffrey Chambers l’explique très bien : ces épisodes actuels sont des « signes avant-coureurs » de ce qui nous attend.
Mais pourquoi meurent-ils ? C’est fascinant et tragique à la fois. Quand il n’y a plus assez d’eau dans le sol (une baisse d’environ un tiers), l’arbre arrête de fixer le carbone. Son métabolisme déraille. Pire encore, pour essayer d’économiser l’eau, il se passe un phénomène physique : des bulles d’air se forment dans la sève. C’est exactement comme une embolie chez nous. L’arbre tente de se défendre, un peu comme s’il se disait : « Bon, je sacrifie cette branche pour sauver mon tronc », comme l’explique Chambers. Mais s’il y a trop d’embolies, c’est la fin, l’arbre meurt. L’étude montre d’ailleurs que ce sont les arbres à croissance rapide et au bois peu dense qui trinquent le plus. Les arbres à croissance lente résistent un peu mieux. On risque donc de voir la forêt changer de population, si toutefois les espèces ont le temps de s’adapter… ce qui n’est pas gagné.
Une menace qui dépasse l’Amazonie

Je crois qu’il ne faut pas se voiler la face : ce phénomène ne va pas s’arrêter gentiment aux frontières de l’Amazonie. Les chercheurs ont bien précisé que ces conditions hypertropicales pourraient s’étendre aux forêts d’Asie du Sud-Est et d’Afrique de l’Ouest. C’est tout le système tropical mondial qui est sous tension. Le scénario catastrophe, le pire de tous, c’est celui où nos émissions de CO2 continuent de grimper sans frein. Comme le dit si bien Jeffrey Chambers en guise de conclusion (et je trouve que ça résume tout) : « Tout dépend de nos actions ». C’est entre nos mains. Si nous continuons à émettre des gaz à effet de serre « à volonté », sans aucun contrôle, nous allons fabriquer ce climat hypertropical encore plus vite. Espérons que le message soit passé, car la nature, elle, ne négocie pas.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.