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Les aras sacrés des anciens Pueblos : Révélations sur une relation méconnue à Chaco Canyon
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une touche de tropiques dans le désert

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C’est une image qui peut sembler, au premier abord, totalement anachronique. Imaginez des oiseaux tropicaux aux couleurs éclatantes, des aras et des perroquets, vivant au cœur des paysages arides du Nouveau-Mexique il y a mille ans. Pourtant, une étude récente menée par le Dr Katelyn Bishop vient confirmer et préciser cette réalité fascinante. En réanalysant les données zooarchéologiques et les archives concernant les oiseaux retrouvés à Chaco Canyon, elle a cherché à mieux saisir la relation complexe qui liait ces animaux aux anciens Pueblos. Ce n’était pas juste de la décoration, loin de là.

Publiée dans la revue KIVA, cette recherche nous apprend que la majorité de ces perroquets étaient confinés dans ce qu’on appelle les « grandes maisons ». Ils y étaient déposés, je dirais même installés intentionnellement, dans des pièces aux murs plâtrés dotées de systèmes de chauffage. Tout porte à croire qu’ils jouaient des rôles culturels et cérémoniels de premier plan. C’est assez touchant de voir le soin apporté à ces créatures loin de leur habitat naturel.

Histoire, symbolisme et les mystères des « grandes maisons »

credit : lanature.ca (image IA)

Pour bien comprendre, il faut se replacer dans le contexte. Chaco Canyon a été habité, grosso modo, du milieu des années 800 jusqu’au milieu des années 1100. C’est une période immense durant laquelle des milliers de sites archéologiques ont vu le jour. On y trouve de tout : ces fameuses « grandes maisons » (de vastes pueblos en maçonnerie à plusieurs étages) et des structures plus modestes, des maisons-puits, qu’on appelle les « petits sites ». Le Dr Bishop nous rappelle d’ailleurs une chose importante : la grande majorité de ces sites n’ont jamais été fouillés. Sur une douzaine de grandes maisons, seules deux ont été excavées complètement ou presque… et je ne vous parle même pas des 1 000 petits pueblos disséminés dans le canyon et sur les mesas environnantes. C’est vertigineux quand on y pense.

Dans les sites que nous avons pu explorer, les restes d’aras et de perroquets ont toujours suscité de vifs débats. D’où venaient-ils ? Pourquoi avaient-ils tant de valeur ? Le Dr Bishop explique que, selon les récits ethnographiques, les aras rouges sont intimement liés au soleil, au ciel, et… à la pluie. C’est logique, non ? Leur couleur rouge rappelle le soleil, tandis que leurs autres plumes, bleues et jaunes, évoquent l’arc-en-ciel et donc la pluie. Ils symbolisent aussi le sud. Leurs plumes sont utilisées depuis des siècles dans les récits des Pueblos, et plusieurs communautés possèdent même un clan du Perroquet ou de l’Ara. Bien que les récits des 19e et 20e siècles nous éclairent, ce sont bien les communautés Pueblo contemporaines qui restent les véritables expertes de cette symbolique.

Cela dit, il faut admettre qu’on s’était peu penché sur les ossements eux-mêmes récemment. La dernière analyse « complète » remontait à plus de 50 ans ! Elle contenait, hélas, pas mal d’imprécisions et manquait cruellement de contexte. Il était grand temps de dépoussiérer tout ça.

L’enquête archéologique : Des chiffres et des lieux précis

credit : lanature.ca (image IA)

Pour combler ce vide, le Dr Bishop a repris tout le dossier à zéro. Elle a identifié un total de 45 oiseaux provenant de cinq sites à travers Chaco Canyon. Le décompte est précis : 42 aras et trois perroquets à gros bec. Aucun de ces oiseaux n’était originaire de la région, ce qui implique des réseaux d’échange incroyables pour l’époque. Petite précision technique : l’analyse physique n’a pu être menée que sur 38 d’entre eux, car quatre aras et les trois perroquets à gros bec sont restés introuvables. On fait avec ce qu’on a, comme on dit.

Les oiseaux provenaient principalement des grandes maisons : Pueblo Bonito, Pueblo del Arroyo, Kin Kletso et Una Vida, ainsi qu’un site nommé 29SJ 1360. Mais c’est Pueblo Bonito, la plus célèbre des grandes maisons, qui remporte la palme avec 35 aras et deux perroquets à gros bec retrouvés sur place. La plupart venaient de la section « arc nord », plus ancienne. Tenez-vous bien : la seule pièce 38 contenait les restes de 14 aras rouges ! Deux d’entre eux avaient été enterrés avec soin dans une fosse sous le sol. Les 12 autres ? Retrouvés dans une couche d’excréments de 25 centimètres (10 pouces) d’épaisseur contre le mur est. Ça peut paraître peu ragoûtant, mais cela suggère la présence de perchoirs ou de cloisons.

Une autre pièce, la 249A de Pueblo Bonito, est tout aussi intrigante. On y a trouvé une étagère en adobe plâtré couverte de fientes et de restes de nourriture. L’accès se faisait par une trappe dans le toit. Ces oiseaux ont été acquis sur une période de 250 ans, et leur âge variait énormément : des jeunes de 11 ou 12 mois jusqu’à des vénérables anciens de plus de 25 ans. C’est toute une vie d’oiseau qui se dessine là.

Conclusion : Soins, chaleur et respect du vivant

credit : lanature.ca (image IA)

Ce qui ressort de cette étude, c’est l’absence totale de traces de boucherie sur les 2 481 ossements examinés. Rien. Les oiseaux n’ont pas été mangés ni démembrés intentionnellement ; ils ont probablement été déposés entiers. Un détail curieux a aussi attiré l’attention : des restes de pies (les oiseaux, pas le dessert !) ont été trouvés aux côtés des aras rouges. Peut-être pour le symbolisme des couleurs, ou parce que, comme les perroquets, les pies peuvent imiter la voix humaine ? C’est une hypothèse séduisante. De plus, la plupart des oiseaux ont été retrouvés dans de grandes pièces plâtrées avec des éléments thermiques, ce qui prouve qu’on faisait attention à les garder au chaud. Ce n’est pas rien dans un climat désertique où les nuits peuvent être glaciales.

Le Dr Bishop souligne que cette recherche s’inscrit dans une analyse plus large de tous les vestiges aviaires de Chaco. Dindons, aigles, faucons, grues, pigeons, pics, cailles… les oiseaux semblaient avoir une importance capitale pour les habitants. Quant aux aras, Bishop insiste sur un point : il faut arrêter de supposer qu’ils étaient maltraités simplement parce qu’on trouve des marqueurs pathologiques sur leurs os. Nous ne comprenons pas encore toutes les causes de ces pathologies. Pour elle, il existe « beaucoup de preuves des nombreuses façons dont ces oiseaux étaient soignés, entretenus et valorisés ». Une belle leçon d’humilité face au passé, vous ne trouvez pas ?

Selon la source : phys.org

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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