Une stabilisation des chiffres à l’approche de la décennie

Alors que le Canada s’apprête doucement à marquer les dix ans de la légalisation de l’aide médicale à mourir (AMM), on dirait bien que la courbe commence à s’aplatir. C’est du moins ce que suggère le tout dernier rapport fédéral sur le sujet. En 2024, un total précis de 16 499 personnes sont décédées par AMM au pays. C’est énorme, certes, mais quand on regarde de plus près, le taux de croissance annuel ralentit.
Pour vous donner une idée, entre 2019 et 2020, on avait vu un bond impressionnant de 36,8 %. Là, entre 2023 et 2024, la hausse n’est plus que de 6,9 %. D’après le sixième rapport annuel de Santé Canada, ces données laissent penser que le nombre de prestations commence à se stabiliser, même s’ils précisent prudemment qu’il faudra encore « plusieurs années » pour confirmer ces tendances à long terme. Au total, ces décès ont représenté 5,1 % de tous les décès au Canada l’an dernier, soit une légère augmentation de 0,4 % par rapport à 2023. Depuis que la pratique a été autorisée en 2016, ce sont 76 475 décès par AMM qui ont été signalés. Un chiffre qui donne le vertige, non ?
Qui sont les demandeurs ? Entre prévisibilité et souffrance chronique

C’est toujours délicat de parler de profils types dans ces situations, mais les chiffres sont là. Selon cette dernière mise à jour, l’immense majorité des cas — on parle de 95,6 % — concernaient des personnes dont la mort était « raisonnablement prévisible ». C’est ce qu’on appelle les décès de « Voie 1 » dans le jargon administratif. Ces patients étaient généralement âgés, avec une moyenne d’âge de 78 ans, et souffraient le plus souvent de cancer. C’est assez conforme à ce qu’on imaginait au début de la loi, je suppose.
Mais il y a aussi l’autre groupe, la « Voie 2 », ceux dont la mort naturelle n’était pas proche. Et là, le profil change un peu. Ce sont majoritairement des femmes (56,7 %), légèrement plus jeunes, qui vivaient souvent depuis plus longtemps avec des conditions graves et incurables. Outre les maladies neurologiques comme le Parkinson, on retrouve souvent le diabète, la fragilité, les maladies auto-immunes et la douleur chronique comme conditions citées. D’ailleurs, le cancer — en particulier les cancers du poumon, colorectal, pancréatique et du sang — reste la condition la plus rapportée dans presque tous les groupes d’âge, sauf chez les plus de 85 ans, où les conditions classées comme « autres » prennent le dessus.
La souffrance, l’isolement et les critiques internationales

Ces nouvelles données arrivent alors qu’un débat de fond persiste : est-ce que certaines personnes demandent l’AMM par solitude ou désespoir social ? C’est une question qui hante un peu tout le monde. La loi exige une souffrance physique ou psychologique « intolérable et durable ». Le rapport est formel sur un point : l’isolement ou la solitude n’ont été signalés comme « source unique de souffrance » pour aucun cas en 2024. Mais bon, la réalité est rarement aussi simple, n’est-ce pas ? Les gens approuvés rapportent souvent plusieurs sources de souffrance à la fois.
La raison la plus fréquente ? La perte de capacité à s’engager dans des activités significatives. Ensuite, c’est la perte d’autonomie pour les gestes du quotidien comme manger ou s’habiller. Il y a une nuance intéressante ici : les gens de la « Voie 1 » craignaient surtout que leurs symptômes ne soient pas contrôlés, tandis que ceux de la « Voie 2 » évoquaient davantage l’isolement, la solitude et la perte de dignité. D’ailleurs, sur les 16 104 personnes ayant répondu aux questions sur le handicap, environ un tiers (32,9 %) ont déclaré en avoir un. Cela fait écho aux critiques du Comité des droits des personnes handicapées des Nations Unies, qui a demandé au Canada, plus tôt cette année, d’abroger la loi de 2021 élargissant l’admissibilité. Ils craignent, selon le résumé de leur réunion, que des personnes handicapées ne cherchent à mourir à cause de « besoins non satisfaits » ou d’une « défaillance systémique de l’État ». C’est une accusation lourde.
Le processus en chiffres : refus, retraits et concentration des médecins
Regardons un peu la mécanique derrière tout ça. En 2024, Santé Canada a reçu 22 535 rapports de demandes d’AMM. Au final, 16 499 ont été approuvées. Qu’est-il arrivé aux autres ? Eh bien, triste réalité, 4 017 personnes sont décédées avant même de pouvoir recevoir l’aide. Par ailleurs, 1 327 ont été jugées inadmissibles et 692 ont finalement retiré leur demande. C’est important de noter que, contrairement à certaines idées reçues, les bénéficiaires ne viennent pas majoritairement de milieux défavorisés. Le rapport suggère même qu’ils sont « plus susceptibles d’être représentés dans les quartiers à revenus élevés » et vivent moins souvent dans des régions éloignées, ce qui semble écarter l’idée que le manque d’accès aux soins soit le moteur principal.
Géographiquement, c’est le Québec qui arrive en tête avec 36,4 % des décès, suivi de l’Ontario (30 %) et de la Colombie-Britannique (18,2 %). Enfin, un dernier détail qui m’a fait tiquer : la concentration des praticiens. Il y avait 2 266 médecins et infirmiers praticiens fournissant l’AMM en 2024, mais une poignée d’entre eux fait le plus gros du travail. Imaginez un peu : 102 praticiens, qui ont chacun administré l’AMM 31 fois ou plus, sont responsables à eux seuls de 38 % de toutes les prestations (soit 6 185 cas). Une petite minorité porte donc une très grande partie de cette responsabilité sur ses épaules.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.