Des épluchures à l’assiette : quand les déchets de carottes inventent la viande de demain
Auteur: Mathieu Gagnon
Introduction : Un gâchis colossal transformé en opportunité

C’est un constat qui fait mal au cœur, vous ne trouvez pas ? Chaque jour, nos usines agroalimentaires jettent des quantités astronomiques de restes de légumes. Des tonnes d’épluchures, de pulpe… tout ça part à la poubelle alors que, paradoxalement, une bonne partie de la population mondiale peine encore à trouver suffisamment de protéines abordables. C’est un peu marcher sur la tête.
Mais voilà qu’une lueur d’espoir nous vient d’Allemagne. Des scientifiques ont décidé de ne pas laisser perdre cette ressource. Leur idée ? Utiliser ces déchets de transformation de carottes pour cultiver des champignons comestibles. Et attention, on ne parle pas juste de faire pousser trois champignons dans un coin, mais bien de convertir ces résidus en une protéine de haute qualité capable de rivaliser avec la viande.
L’étude, publiée récemment, montre comment les flux secondaires de carottes — issus de la fabrication de jus ou de colorants naturels — regorgent encore de sucres, de minéraux et de nutriments essentiels. Au lieu de les jeter, les chercheurs s’en servent pour nourrir des champignons. C’est du recyclage de haut vol, si je puis dire.
Le champion inattendu : le pleurote rose

Alors, comment ça marche concrètement ? Les champignons, ou plutôt leur mycélium (ce réseau de racines blanches un peu filandreuses), ont cette capacité incroyable de décomposer la matière organique pour grandir. Le mycélium pousse bien plus vite que le chapeau du champignon que nous connaissons tous, et il demande beaucoup moins d’espace. C’est idéal pour une production à grande échelle.
L’équipe de recherche ne s’est pas contentée de deviner ; ils ont testé pas moins de 106 souches fongiques différentes sur des flux liquides de carottes oranges et noires. Un travail de titan. Ils cherchaient la vitesse de croissance et, surtout, la quantité de protéines produite. Les déchets de carottes contenaient déjà les ratios parfaits de carbone et d’azote, donc pas besoin d’ajouter grand-chose d’autre.
Et le grand gagnant est… le Pleurotus djamor, aussi connu sous le nom de pleurote rose. Ce champignon a surclassé les autres : une croissance rapide, stable et une production de biomasse impressionnante. En optimisant un peu les conditions — en jouant sur l’acidité et les niveaux de sucre — les chercheurs ont réussi à faire grimper le taux de protéines à plus de 30 % sur les restes de carottes oranges. C’est énorme ! Les carottes noires ont aussi donné d’excellents résultats nutritionnels. On est sur des niveaux comparables aux protéines animales ou végétales classiques.
Du goût et de la texture : bien plus que de la simple protéine

Avoir des protéines, c’est bien, mais si c’est immangeable, ça ne sert à rien. Heureusement, le mycélium de Pleurotus djamor a plus d’un tour dans son sac. Il est riche en fibres, pauvre en graisses et contient des composés bons pour notre digestion, comme les glucanes. Bon, soyons honnêtes, l’analyse a montré des niveaux un peu bas pour certains acides aminés comme la méthionine et la cystéine — c’est classique chez les champignons — mais il suffit de les combiner avec des céréales pour avoir un repas complet.
Le vrai test, c’était la dégustation. Les chercheurs ont préparé des galettes (type burgers) et des saucisses vegan. Ils ont comparé ça avec des produits à base de soja et de pois chiches. Le résultat ? Les testeurs ont préféré les versions aux champignons !
- Les galettes : Celles faites entièrement de mycélium ont obtenu de meilleures notes que celles au soja. La texture était jugée plus tendre, plus proche de la viande, et surtout moins amère.
- Les saucisses : Même constat. Elles avaient une odeur plus riche et un goût plus agréable que celles aux pois chiches.
Les goûteurs ont même relevé des notes « umami » plus prononcées, ce goût savoureux qu’on associe souvent à la viande. C’est assez prometteur pour ceux qui cherchent des alternatives sans sacrifier le plaisir.
Conclusion : Vers une économie circulaire réelle
Ce qui est génial ici, c’est la logique de l’économie circulaire. Comme le souligne Martin Gand de l’Université Justus Liebig de Giessen, l’un des auteurs de l’étude, on transforme des flux secondaires précieux en une source de protéines de haute qualité. On n’a pas besoin de nouvelles terres agricoles, on n’utilise pas plus d’eau pour l’irrigation… on utilise juste ce qui est déjà là, sous notre nez.
Gand insiste sur le fait que cette méthode réduit l’impact environnemental tout en soutenant la sécurité alimentaire. C’est une approche pragmatique : des cycles de croissance courts, peu d’espace, moins d’énergie. Imaginez un futur où nos protéines poussent dans des cuves alimentées par nos déchets, plutôt que dans des champs immenses.
Cette étude, publiée dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry, prouve que la créativité scientifique peut transformer nos poubelles en trésors. La prochaine génération d’aliments ne viendra peut-être pas de nouvelles terres conquises, mais d’une meilleure utilisation de ce que nous produisons déjà. C’est une belle leçon de bon sens, finalement.
Selon la source : earth.com
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