Les grandes ambitions pétrolières de Trump pour le Venezuela, face à une réalité bien plus rude
Auteur: Adam David
Le verni craque et les ambitions apparaissent

Quand les choses se précipitent, les discours finissent par s’effriter. C’est un peu ce qu’on a vu, après l’opération qui a mené à l’enlèvement de Nicolas Maduro par les Américains. Très vite, le verni du discours officiel sur la lutte anti-drogue a cédé, laissant place à des ambitions bien plus terre à terre, ou devrais-je dire, bien plus « souterraines ».
La Maison Blanche, par la voix de Donald Trump, a levé le voile sans trop de détours. Samedi 3 janvier, lors d’une conférence de presse, l’ancien président l’a affirmé clairement, rapporté par l’agence Reuters : « Nous allons faire entrer nos très grandes compagnies pétrolières américaines pour qu’elles investissent des milliards de dollars, réparent les infrastructures gravement dégradées et recommencent à faire gagner de l’argent au pays… » Il a même ajouté, avec cette franchise qui le caractérise, qu' »il y a beaucoup d’argent à tirer de ce sol ». On ne peut pas dire qu’il tourne autour du pot.
Le message est donc on ne peut plus clair : les États-Unis ont de grands projets pour le pétrole vénézuélien. Mais entre le projet sur le papier et la réalité du terrain, il y a souvent un monde. Et dans ce cas précis, ce monde est jonché d’oléoducs rouillés, de dettes et de défis colossaux.
Une manne colossale mais un secteur à l’agonie

Alors, pourquoi un tel intérêt soudain ? C’est assez simple à comprendre, même pour quelqu’un qui ne suit pas les cours du baril tous les jours. Le Venezuela, c’est tout bonnement le coffre-fort pétrolier de la planète. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie, les réserves du pays sont estimées à 303 milliards de barils de pétrole brut. Posez-vous deux secondes. Cela représente à peu près un cinquième de tout le pétrole connu dans le monde. C’est un chiffre qui donne le vertige.
Historiquement, cette manne n’a pas échappé aux géants américains. Ils étaient là, en force, jusqu’à ce que la vague des nationalisations, qui a vraiment pris de l’ampleur à partir des années 1970 et s’est accentuée sous Hugo Chavez, ne les pousse progressivement vers la sortie. Aujourd’hui, parmi les majors, seule Chevron est encore présente, en s’accrochant.
Mais voilà le drame : ce coffre-fort est rouillé et la clé est perdue. Le secteur pétrolier vénézuélien est en faillite complète, pour reprendre les mots du magazine The Economist. Et les chiffres sont éloquents, presque tragiques. À cause de décennies de sous-investissement et d’une gestion désastreuse, la production a dégringolé. Elle est passée de son niveau des années 2000 à seulement environ 1 million de barils par jour aujourd’hui, soit une chute des deux tiers. C’est catastrophique.
Christopher Dembik, un économiste qui connaît bien le pays, l’explique très clairement à Ouest-France : quand le Venezuela arrive à extraire du pétrole de son sous-sol, il ne parvient à en utiliser que 10%. Le reste ? Probablement perdu, gaspillé, volé… C’est une inefficacité monumentale.
Et les infrastructures ? Elles sont dans un état de délabrement avancé. La compagnie nationale, PDVSA, admet elle-même que ses oléoducs n’ont pas vu de modernisation sérieuse depuis… 50 ans. Un demi-siècle ! Pour vous donner une idée de l’effort nécessaire, PDVSA estime que la remise à niveau des installations pour retrouver une production maximale coûterait la bagatelle de 58 milliards de dollars, comme le rapporte CNN. C’est astronomique. Donc oui, Trump veut faire venir ses compagnies, mais elles vont devoir ouvrir très grand leur portefeuille, et attendre des années avant de voir un retour sur investissement.
L’autre défi : protéger cet or noir à quel prix ?

Mais l’argent n’est pas le seul problème. Il y a aussi la sécurité. Dans son allocution, Trump a glissé un mot lourd de sens : les États-Unis auraient désormais « une présence au Venezuela en ce qui concerne le pétrole ». Sous-entendu : une présence militaire pour protéger les champs pétroliers et les installations clés. Et ça, ce n’est pas une mince affaire.
Envoyer des soldats américains dans un pays étranger, surtout après une intervention comme celle qu’on a connue, ce n’est jamais anodin. Peter Mansoor, un colonel à la retraite et professeur d’histoire militaire, le dit sans ambages à Business Insider : « Lorsque vous envoyez des troupes américaines dans un pays étranger, il y aura forcément une certaine résistance, à moins qu’elles ne soient invitées ». On peut s’attendre à des frictions, voire pire.
Pourtant, l’armée américaine n’est pas novice en la matière. Elle a l’expérience. Elle a protégé ou carrément contrôlé des sites pétroliers stratégiques un peu partout, comme les champs de Burgan au Koweït pendant la première guerre du Golfe en 1991, ou encore Rumaila, Majnoon et Basra en Irak en 2003. Plus récemment, on les a vus escorter des navires, dont des pétroliers, dans la mer Rouge face aux attaques de drones, comme le rapportait France Info.
Mais chaque théâtre est unique. Et le coût logistique d’une telle opération de protection au Venezuela serait énorme. Il faut tout déployer : du matériel, des hommes, des systèmes de surveillance, assurer la logistique… C’est un gouffre financier en mouvement.
Certains experts se demandent même si c’est nécessaire. Bryan Clark, du Hudson Institute, pose une question intéressante à Business Insider : est-ce qu’il faut vraiment envoyer des troupes pour s’emparer physiquement des champs, ou est-ce qu’on ne pourrait pas attendre qu’un futur gouvernement vénézuélien change de politique et ouvre le secteur aux capitaux étrangers de son propre gré ? « Dire d’emblée que l’armée américaine va maintenant protéger un tas d’installations pétrolières est prématuré », estime-t-il.
Et c’est là tout le mystère. Les déclarations de Trump ouvrent une voie, mais le chemin exact qu’il compte emprunter reste flou. Comme le dit si bien l’article, « bien malin serait celui qui prétendrait connaître les plans de Donald Trump pour la suite… ». On est dans l’inconnu.
Conclusion : Un rêve pétrolier face au mur de la réalité

Alors, où est-ce que ça nous mène ? Trump a clairement exposé son objectif : remettre la main sur le pétrole vénézuélien, le faire exploiter par des entreprises américaines, et en tirer des profits substantiels. Sur le papier, face à des réserves de 303 milliards de barils, le calcul semble imparable.
Sauf que la réalité du terrain est un véritable antidote à cet optimisme. Le secteur est exsangue, avec une production au plus bas et des infrastructures qui datent d’un autre âge, nécessitant des investissements de dizaines de milliards. Et même si on trouve l’argent, il faudra ensuite sécuriser cet or noir dans un environnement politique et social instable, ce qui implique un déploiement militaire coûteux et risqué.
Les grands projets trumpistes pour le Venezuela se heurtent donc à des obstacles qui sont, pour le moins, très difficiles à surmonter. C’est le choc entre une ambition décomplexée et la dure loi des faits. L’avenir nous dira si la volonté politique et les capitaux américains parviendront à relever ce défi titanesque, ou si le pétrole vénézuélien restera, encore longtemps, une richesse largement inexploitée et inaccessible.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.