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L’Inde pourrait bien être la première à équiper ses canons d’un obus révolutionnaire
Crédit: lanature.ca (image IA)

Introduction : Une première mondiale qui se prépare dans le désert

L’artillerie, c’est un peu la reine des batailles, on dit souvent ça, mais elle évolue à une vitesse folle. Et aujourd’hui, c’est peut-être l’Inde qui est sur le point de marquer un point décisif. Figurez-vous que New Delhi est en train de tester un obus vraiment pas comme les autres. Un obus de 155 mm qui, une fois tiré, continue de se propulser tout seul. On appelle ça un statoréacteur, ou ramjet si vous préférez. Et si les essais aboutissent, l’Inde pourrait déployer cette munition hybride avant même ses concurrents américains et britanniques. Une sacrée avancée, non ?

Tout se joue loin des regards, sur le champ de tir de Pokharan, à l’ouest du Rajasthan. C’est là, dans ce paysage aride, que l’artillerie indienne a déjà mené des tirs d’essai avec succès. L’engin a l’apparence d’un obus classique, mais c’est son cœur, sa mécanique, qui est révolutionnaire. Le projet est porté par deux géants : l’Indian Institute of Technology Madras (IIT Madras) et la Defence Research and Development Organisation (DRDO). Plus précisément, comme le rapporte le magazine The Week, le développement est conduit par l’IIT Madras en coopération avec l’armée indienne, dans le cadre de l’Army Technology Board (ATB).

Pour l’instant, le projectile en est au stade des essais de développement, et Delhi reste plutôt discrète. Les caractéristiques exactes de performance, la portée, la vitesse… tout ça n’a pas encore été dévoilé officiellement. Mais l’intention est claire : faire de cet obus équipé d’un statoréacteur une pièce maîtresse de l’arsenal.

Le principe du « moteur à air » : une prouesse d’ingénierie dans un espace minuscule

Alors, comment ça fonctionne, un moteur dans un obus ? C’est une question de physique assez fascinante. Un statoréacteur, ce n’est pas un moteur comme les autres. Il ne peut pas démarrer à l’arrêt, vous voyez ? Il a besoin d’être déjà lancé à une vitesse phénoménale pour s’amorcer. Le professeur P.A. Ramakrishna, du département d’ingénierie aérospatiale de l’IIT Madras, l’explique simplement : c’est un moteur qui utilise l’air ambiant pour fonctionner. Point. Pas besoin de compresseur ou de turbine, des pièces lourdes et complexes. C’est plus simple, et donc potentiellement plus fiable.

Mais il faut lui donner l’élan. Le moteur doit atteindre environ Mach 2, soit deux fois la vitesse du son, pour démarrer. C’est le canon d’artillerie, ou éventuellement une fusée auxiliaire, qui se charge de cette première accélération. Imaginez le scénario : l’obus sort du tube à une vitesse vertigineuse. Une fois ce seuil atteint, le statoréacteur entre en jeu. L’air est brutalement comprimé à l’entrée, on injecte et on brûle du carburant, et les gaz en expansion sont expulsés par une tuyère à l’arrière, créant une poussée continue. En gros, le canon donne le coup de fouet initial, et le statoréacteur prend le relais pour le voyage.

À quoi ça sert, me direz-vous ? Eh bien, l’intérêt est double, et il est de taille. D’abord, augmenter la portée. Beaucoup. En se propulsant en vol, l’obus ne suit plus une simple trajectoire balistique qu’on subit ; il se donne des ailes, en quelque sorte. L’objectif avoué est d’augmenter la portée des obus existants de 30 à 50 %, tout en gardant un pouvoir destructeur significatif. Ensuite, et c’est crucial, cela permet de maintenir une vitesse élevée après le tir. Un obus classique ralentit inexorablement. Lui, non. Il reste rapide, donc plus difficile à intercepter et il frappe plus fort.

Il y a bien sûr un compromis. Comme le souligne Defense Express en comparant ce projet au Ramjet 155 développé par Boeing et Nammo (qui pourrait atteindre jusqu’à 150 km), intégrer un moteur et du carburant dans un espace aussi restreint que celui d’un obus oblige à réduire la masse de l’ogive explosive. Une partie du volume est sacrifiée pour la propulsion. C’est le prix à payer pour voler plus loin.

Plus loin, plus précis : la vraie valeur ajoutée sur le champ de bataille

Mais bon, tirer plus loin, c’est une chose. Si on rate sa cible, ça ne sert à rien, vous en conviendrez. C’est là que la deuxième révolution entre en jeu : la précision. Ces nouveaux projectiles ne comptent pas uniquement sur une grosse charge pour faire des dégâts. Ils compensent une ogive un peu plus légère par une frappe d’une extrême justesse. Comment ? Grâce à des systèmes de navigation inertielle et de guidage GPS intégrés. On n’envoie plus un gros bloc de métal en espérant qu’il tombe au bon endroit ; on guide un engin intelligent.

Cette combinaison – portée étendue, vitesse soutenue et précision chirurgicale – les rend parfaitement adaptés pour des missions délicates. Pensez à la neutralisation de systèmes de défense aérienne ennemis, ces pièces essentielles qu’il faut frapper vite et bien. Idem pour les moyens de guerre électronique, les dépôts de munitions ou les aérodromes. Ce sont des cibles de haute valeur, souvent bien protégées, qu’il faut pouvoir atteindre de très loin, sans préavis.

Une course internationale et la stratégie indienne d’autonomie

Bien sûr, l’Inde n’est pas seule sur ce coup. C’est une véritable course technologique qui est lancée à l’échelle mondiale. Du côté du Royaume-Uni, la société Tiberius Aerospace développe le projectile TRBM 155HG SCEPTRE, un obus long d’environ 1,5 mètre. Ils ont même obtenu un contrat du ministère britannique de la Défense pour pousser le développement et les essais. Et il est même question, sans confirmation officielle, que ces obus puissent un jour être fournis à l’Ukraine. La Turquie aussi est sur les rangs, développant ses propres projectiles à statoréacteur.

Et les États-Unis, avec le projet Ramjet 155 évoqué plus tôt, sont évidemment dans la course. Dans ce contexte très concurrentiel, la démarche indienne prend tout son sens. Elle ne vise pas seulement à avoir une munition plus performante. C’est une pièce dans une stratégie beaucoup plus large. Le but ? Accroître l’autonomie stratégique du pays et la profondeur de frappe de son artillerie, sans dépendre des fournisseurs étrangers.

Ça passe par le développement d’une capacité industrielle nationale dans le domaine des munitions de nouvelle génération. D’ailleurs, cette volonté se voit ailleurs. Prenez l’exemple de l’accord annoncé autour du salon Milipol Paris pour la production en Inde de la munition guidée KATANA de KNDS avec SMPP. C’est le même état d’esprit : maîtriser les technologies clés chez soi. Alors, sera-t-elle la première ? L’avenir le dira. Mais une chose est sûre, en menant ses essais à Pokharan, l’Inde envoie un message fort : elle compte bien jouer dans la cour des grands de l’innovation militaire.

Selon la source : geo.fr

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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