PMA et allergies infantiles : une vaste étude taïwanaise révèle des risques accrus
Auteur: Mathieu Gagnon
Une technologie miracle sous la loupe
C’est indéniable, la procréation médicalement assistée (PMA) a changé la vie de millions de personnes. On estime aujourd’hui que ces techniques, incluant le transfert d’embryons, représentent tout de même 1 % à 4 % des naissances, surtout dans nos sociétés à revenus élevés. C’est énorme quand on y pense. Mais voilà, une question persiste, lancinante : y a-t-il un prix à payer pour la santé future de ces enfants ? Des institutions collaborant à Taïwan viennent de jeter un pavé dans la mare en rapportant des risques plus élevés de maladies atopiques chez ces enfants par rapport à ceux conçus naturellement.
Quand on parle de maladie atopique, on met dans le même sac trois conditions bien pénibles : l’asthme, la rhinite allergique et la dermatite atopique. On pense souvent que c’est juste génétique, ou lié à l’environnement, mais la théorie des origines développementales de la santé suggère que des facteurs au stade fœtal peuvent littéralement programmer des changements dans la structure et la fonction des organes. C’est fascinant et effrayant à la fois. L’asthme infantile, par exemple, est reconnu comme la maladie chronique la plus répandue chez les petits ; c’est un fardeau pour les aidants, ça réduit la présence à l’école et, soyons honnêtes, ça gâche la qualité de vie.
Jusqu’ici, c’était le flou artistique. Des études précédentes ont cherché à savoir si la PMA était associée à un risque d’asthme, avec des résultats… disons, mitigés. Certaines suggéraient un risque plus élevé, d’autres ne trouvaient aucun lien, et un rapport de 2024 n’a même trouvé aucune association du tout. D’autres encore proposaient l’idée de symptômes d’asthme plus légers jusqu’à l’âge adulte. Bref, difficile de s’y retrouver. Quand la science hésite, la seule solution pour y voir plus clair, c’est souvent d’augmenter la taille de l’échantillon. Et c’est exactement ce qu’ils ont fait.
Une analyse de données titanesque

Dans cette étude intitulée « Atopic Disease Development in Offspring Conceived via Assisted Reproductive Technology », publiée dans le sérieux JAMA Network Open, les chercheurs n’ont pas fait les choses à moitié. Ils ont mené une analyse de cohorte rétrospective basée sur la population. Pour faire simple, ils ont puisé dans un bassin colossal de 23,5 millions de personnes à Taïwan via la base de données de recherche de l’assurance maladie nationale, la base de données de reproduction assistée et celle de la santé maternelle et infantile.
Ils ont passé au crible une variété de techniques de PMA : la fécondation in vitro (FIV) et le transfert d’embryons bien sûr, mais aussi l’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI), le transfert intrafallopien de gamètes (GIFT), le transfert intrafallopien de zygotes (ZIFT) et le transfert d’embryons tubaires. C’est un inventaire complet, on ne peut pas leur reprocher d’avoir survolé le sujet.
Au final, les groupes de cohorte comprenaient 13 957 enfants conçus par PMA et, pour comparer ce qui est comparable, 55 828 enfants conçus naturellement. Ils ont utilisé un appariement de 1 pour 4 basé sur l’âge maternel, le sexe néonatal et le mois de naissance. Une méthodologie solide, semble-t-il. L’asthme, la rhinite allergique et la dermatite atopique ont été analysés individuellement, ce qui signifie qu’un enfant pouvait recevoir un, deux ou même les trois diagnostics au cours du suivi.
Parlons du suivi, justement. Il a duré en moyenne 7,99 ans pour l’asthme dans le groupe PMA contre 8,41 ans dans le groupe témoin. Pour la rhinite allergique, c’était 5,79 contre 6,34 ans, et pour la dermatite, 7,34 contre 7,62 ans. Une durée suffisante pour voir émerger ces pathologies.
Disparités flagrantes et confirmation des risques

C’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes, et un peu inquiétantes aussi. Les caractéristiques de base entre les deux groupes étaient très différentes. Par exemple, la rhinite allergique parentale était plus fréquente dans le groupe PMA : 26,4 % contre 22,3 % pour les pères, et 32,2 % contre 29,1 % pour les mères. Mais ce n’est pas tout. Le diabète gestationnel ? 2,9 % en PMA contre 1,7 %. La prééclampsie ou éclampsie ? 1,0 % contre 0,4 %. C’est significatif.
Et regardez ces chiffres sur la naissance : l’accouchement par césarienne a concerné 65,6 % des cas en PMA contre 42,0 % ailleurs. Les naissances multiples ? C’est le jour et la nuit : 30,5 % contre à peine 2,0 %. Le faible poids à la naissance (moins de 2500 g) touchait 27,4 % des bébés PMA contre 7,9 %, et la naissance prématurée (moins de 37 semaines) était de 29,0 % contre 9,1 %. On voit bien que le départ dans la vie n’est pas tout à fait le même.
En ce qui concerne les maladies elles-mêmes, les modèles d’incidence cumulée différaient. Les rapports de risque bruts (crude hazard ratios) dépassaient 1 pour toutes les conditions : 1,22 pour l’asthme, 1,17 pour la rhinite et 1,07 pour la dermatite. Même après avoir ajusté les modèles pour tenir compte des biais possibles, les rapports de risque restaient élevés. L’asthme affichait un rapport de risque ajusté de 1,13, la rhinite allergique de 1,15, et la dermatite atopique de 1,08.
Nuances techniques et conclusion

Il faut cependant nuancer, car tout n’est pas noir ou blanc. Les chercheurs ont observé des motifs particuliers. L’utilisation de l’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) n’a montré aucune différence statistiquement significative dans les estimations de risque pour les trois résultats. Les rapports de risque ajustés étaient de 1,04 pour l’asthme, 0,99 pour la rhinite et 1,04 pour la dermatite. Donc, cette technique spécifique ne semble pas être le coupable principal.
Par contre, le type de transfert d’embryon joue un rôle. Le transfert d’embryons frais comportait un risque de rhinite allergique plus élevé que le transfert d’embryons congelés, avec un rapport de risque ajusté de 1,12. Pour l’asthme (0,96) et la dermatite (1,01), la différence entre frais et congelé n’était pas statistiquement significative. Les tests d’interaction n’ont montré aucune interaction significative entre l’ICSI et le type d’embryon pour aucune des maladies.
En conclusion, les chercheurs sont formels : les enfants conçus via une technologie de procréation assistée avaient bien un risque plus élevé de développer de l’asthme, une rhinite allergique ou une dermatite atopique que ceux conçus naturellement. Les résultats soutiennent une association claire. Face à ces signaux, les auteurs de l’étude appellent à un suivi à long terme pour ces enfants et, surtout, à des investigations plus poussées sur les mécanismes biologiques sous-jacents qui pourraient expliquer ce développement atopique. C’est une avancée majeure pour comprendre la santé de demain.
Selon la source : medicalxpress.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.