Nuuk sous tension : pourquoi le Groenland refuse catégoriquement de devenir américain
Auteur: Adam David
Une colère froide dans les rues de Nuuk

C’était un samedi pas comme les autres à Nuuk. Dans la capitale, le froid habituel de l’Arctique n’a pas suffi à glacer le sang des habitants, bien au contraire : l’atmosphère était électrique. Les Groenlandais sont sortis dans la rue pour dire « non ». Un non franc, massif, à l’idée même de devenir américains. Tout est parti de cette menace, lancée presque comme une boutade mais reçue comme un coup de poing : Donald Trump veut acquérir cette immense île, territoire autonome danois. Et il a été clair, évoquant une méthode « douce » ou, plus inquiétant, une méthode « forte ».
J’ai croisé Julius Nielsen, un homme de 48 ans, le visage marqué par les éléments. Il est chasseur et pêcheur, un vrai fils du pays. Pour lui, voir flotter la bannière étoilée au-dessus de sa tête, c’est impensable. Il m’a confié, avec une certaine gravité dans la voix : « Américain, non ! Nous avons été une colonie pendant tant d’années. Nous ne sommes pas prêts à être de nouveau une colonie, à être colonisés ». Ses mots résonnent fort, n’est-ce pas ? On sent bien que le passé pèse lourd dans la balance.
Cette résistance, elle n’est pas seulement celle de la rue. Les politiques, qui d’habitude aiment bien se chamailler, ont fait front commun. Les dirigeants des cinq partis représentés au Parlement local ont signé une déclaration commune sans équivoque : « Nous ne voulons pas être Américains, nous ne voulons pas être Danois, nous voulons être Groenlandais ». Le message est limpide. Pour eux, l’avenir du Groenland doit être décidé par le peuple groenlandais, et personne d’autre. C’est une question de dignité, je suppose.
L’obsession de Washington et la riposte danoise

Mais pourquoi cet intérêt soudain et si pressant ? C’est toujours la même histoire, au fond : les ressources et la stratégie. Le président américain, Donald Trump, martèle que le contrôle de l’île — qui regorge de richesses minières, on le sait — est crucial pour la sécurité nationale des États-Unis. Il pointe du doigt la menace grandissante de la Russie et de la Chine dans la région. Vendredi, il a lâché cette phrase qui a fait bondir tout le monde : « On ne peut pas avoir la Russie ou la Chine occuper le Groenland. C’est ce qu’ils vont faire, si on ne le fait pas. Donc on va faire quelque chose avec le Groenland, soit avec la manière douce, soit avec la manière forte ».
Évidemment, du côté de Copenhague et de Nuuk, on ne l’entend pas de cette oreille. Ils contestent fermement cet argumentaire. Lars Løkke Rasmussen, le ministre danois des Affaires étrangères, a tenu à remettre les pendules à l’heure plus tôt cette semaine. « Nous ne partageons pas cette idée selon laquelle le Groenland serait couvert d’investissements chinois », a-t-il déclaré, avant d’ajouter avec insistance : « Nous veillons sur le royaume ». Une façon polie mais ferme de dire « circulez, il n’y a rien à voir ».
Entre désir d’indépendance et inquiétudes locales

Il faut se rappeler d’où l’on vient pour comprendre où l’on va. Le Groenland a été une colonie danoise jusqu’en 1953, avant de gagner son autonomie 26 ans plus tard, en 1979. L’objectif, à terme, c’est de larguer les amarres avec le Danemark. Mais voilà, l’insistance américaine vient brouiller les cartes et inquiète beaucoup de monde sur place. J’ai discuté avec Inaluk Pedersen, une jeune vendeuse de 21 ans. Elle déplore cette situation : « Je pense que ça fonctionne bien [la relation entre le Danemark et le Groenland]. L’ingérence des États-Unis, j’ai l’impression que ça perturbe toutes les relations et la confiance ».
C’est compliqué, les sentiments, parfois. Pitsi Mari, qui travaille dans les télécoms, est partagée. Elle me disait : « J’aime vraiment qu’on soit indépendant, mais je pense qu’on devrait attendre. Pas pour l’instant. Pas aujourd’hui ». La prudence est de mise. D’ailleurs, la coalition au pouvoir ne veut pas précipiter les choses. En revanche, le parti d’opposition Naleraq, qui a tout de même récolté 24,5 % des suffrages aux législatives de 2025, veut couper les ponts le plus vite possible. Eux aussi ont signé la déclaration rappelant que l’avenir de l’île appartient à son peuple.
Ce qu’on oublie parfois, c’est qu’il existe déjà un accord de défense depuis 1951 entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland. En gros, cela donne quasiment carte blanche aux forces armées américaines sur le territoire, à condition de prévenir les autorités locales. Alors, pourquoi vouloir plus ?
Bruits de bottes et intégrité de l’OTAN

Le plus effrayant dans cette histoire, c’est que l’option militaire n’est pas exclue par Washington. C’est fou, non ? Un sondage de l’agence danoise Ritzau publié samedi montre que 38,3 % des Danois pensent que les États-Unis pourraient lancer une invasion durant la présidence Trump. Dans un entretien au New York Times jeudi, M. Trump a même reconnu qu’il devrait peut-être choisir entre l’intégrité de l’OTAN et le contrôle du territoire danois. Mette Frederiksen, la première ministre danoise, a averti qu’une attaque contre un membre de l’Alliance signifierait « la fin de tout ». On marche sur des œufs.
L’OTAN, justement, tente de calmer le jeu. Cette vieille alliance de 76 ans essaie de détourner l’attention de Washington en montrant qu’elle gère la sécurité dans la région. Mark Rutte, le secrétaire général, a discuté vendredi avec Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, pour parler de l’Arctique. De son côté, le général américain Alexus Grynkewich, commandant des forces de l’OTAN en Europe, a voulu rassurer tout le monde vendredi : « nous sommes prêts à défendre chaque pouce de l’Alliance, aujourd’hui encore », affirmant qu’il n’y avait pas de situation de crise actuelle.
Mais qu’en pensent les principaux intéressés, au final ? Les chiffres sont têtus. En janvier 2025, un sondage publié dans la presse a révélé que 85 % des Groenlandais étaient opposés à leur rattachement aux États-Unis. Seulement 6 % y étaient favorables. C’est un refus qui ne laisse place à aucun doute.
Selon la source : lapresse.ca
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