Une étude identifie un récepteur neuronal de la psilocybine non hallucinogène : une nouvelle cible thérapeutique pour la dépression et l’anxiété
Auteur: Mathieu Gagnon
Au-delà du voyage psychédélique

On entend de plus en plus parler des « champignons magiques », n’est-ce pas ? La psilocybine, ce composé psychédélique que l’on trouve naturellement dans certaines espèces de champignons, a fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps. Les essais cliniques ont montré qu’elle pouvait offrir un traitement à long terme, presque miraculeux pour certains, contre la dépression et l’anxiété. Mais voilà, il y a un hic. Enfin, un gros hic même : les effets hallucinogènes. Ces effets rendent le développement de traitements non seulement très coûteux, mais posent aussi des risques non négligeables pour les personnes souffrant d’autres maladies psychiatriques.
C’est là qu’une étude récente menée à Dartmouth change la donne, et croyez-moi, c’est assez fascinant. Les chercheurs ont identifié un récepteur neuronal spécifique qui favorise les bienfaits thérapeutiques de la psilocybine, mais – et c’est là toute la beauté de la chose – sans provoquer d’hallucinations. Ces résultats, qui ont été rapportés dans la revue Molecular Psychiatry, pourraient bien ouvrir la voie à des médicaments « de type psilocybine » qui seraient à la fois plus sûrs et bien plus rentables.
Une nouvelle cible thérapeutique dans notre cerveau

Pour comprendre, il faut se pencher sur ce qui se passe dans notre tête. Sixtine Fleury, candidate au doctorat au laboratoire de l’auteure principale Katherine Nautiyal (qui est professeure associée de sciences psychologiques et cérébrales), explique cela très bien. Elle dit : « Quand les gens pensent à la psilocybine, ils pensent aux effets aigus comme les hallucinations, qui sont attribués à l’activation d’un neurorécepteur spécifique ». C’est logique, non ? Mais elles se sont dit que les effets bénéfiques pour traiter l’anxiété se trouvaient peut-être ailleurs, dans d’autres récepteurs.
Fleury, qui est la première auteure de l’étude (et affiliée à Guarini, l’école des études supérieures de Dartmouth), précise : « Nous voulons comprendre d’où viennent exactement les effets thérapeutiques, si nous pouvons administrer ce composé en toute sécurité ou développer des analogues non hallucinogènes ». C’est du bon sens, finalement. Ce sont des substances puissantes, il faut comprendre leur mécanisme. Jusqu’à présent, la recherche pour réduire les hallucinations se concentrait sur le blocage du récepteur sérotoninergique 2A. Katherine Nautiyal nous explique que c’est ce récepteur qui cause les hallucinations. Mais bloquer ce récepteur donnait des résultats incohérents pour ce qui est de garder les avantages thérapeutiques.
Alors, qu’ont-elles trouvé ? Eh bien, Fleury et Nautiyal ont développé un nouveau modèle pour étudier les effets antidépresseurs et anxiolytiques chez les souris. En observant les cerveaux et le comportement de ces souris sous psilocybine, elles ont découvert que les effets comportementaux positifs passaient par le récepteur sérotoninergique 1B, en plus du 2A. Nautiyal souligne que « notre étude montre qu’il y a probablement une autre cible ». Elle ajoute que les chercheurs s’étaient trop focalisés sur le 2A, alors que les profils de criblage montrent que ces drogues se lient à presque tous les récepteurs de la sérotonine. Le système sérotoninergique est similaire chez de nombreuses espèces, y compris les souris et nous, les humains. D’ailleurs, le récepteur 1B sert déjà de cible pour de nombreux médicaments antimigraineux. C’est une piste solide.
Contexte légal, coûts et sécurité : le parcours du combattant

Il ne faut pas oublier le contexte dans lequel tout cela évolue. Aux États-Unis, la situation est… complexe, dirons-nous. La psilocybine est classée comme une substance contrôlée de l’annexe 1 (Schedule 1), ce qui rend sa possession illégale au niveau fédéral. C’est strict. Mais, il y a de l’espoir : au cours de la dernière décennie, la FDA a accordé à la psilocybine et aux composés apparentés la désignation de « thérapie révolutionnaire » (Breakthrough Therapy) pour le traitement du trouble dépressif majeur et de la dépression résistante aux traitements standards, comme les antidépresseurs classiques.
Selon le Centre national pour la santé complémentaire et intégrative (National Center for Complementary and Integrative Health) des Instituts nationaux de la santé (NIH), la possession a été décriminalisée dans certains États. D’autres ont proposé ou voté des lois pour réguler sa production, sa vente ou son administration supervisée pour un usage psychiatrique clinique. Mais l’obstacle médical reste de taille. Fleury et Nautiyal notent que tester et administrer ces médicaments est alourdi par le coût des soignants. Eh oui, il faut du personnel pour guider les gens en toute sécurité à travers l’expérience hallucinogène.
Katherine Nautiyal soulève un point crucial : beaucoup de gens qui pourraient bénéficier de ces effets, comme ceux atteints de troubles du spectre de la schizophrénie ou ayant des antécédents familiaux de psychose, ne peuvent pas prendre de psilocybine à cause du « risque que les psychédéliques déclenchent une psychose ». C’est une barrière énorme. Même sans antécédents psychotiques, les gens peuvent entrer dans un état très anxieux – le fameux « bad trip » – et c’est ce qui doit être contrôlé lors des essais. Nautiyal admet : « Nous savons que cela peut être fait en toute sécurité, mais nous ne savons toujours pas lesquelles des nombreuses protections déployées dans ces contextes sont nécessaires ».
Conclusion : Vers une thérapie plus accessible ?

Les résultats de cette étude pourraient vraiment aider à surmonter ces obstacles. Imaginez un peu : des études ont montré que même une seule dose de ce composé peut soulager les symptômes de dépression et d’anxiété pendant plusieurs semaines, voire aussi longtemps que 6 à 12 mois. C’est incroyable quand on y pense, surtout pour ceux qui souffrent au quotidien.
Comme le conclut Sixtine Fleury avec une certaine justesse : « Ces substances ont le potentiel d’ouvrir de nouvelles voies pour la thérapie clinique et les médicaments thérapeutiques ». Elle insiste, et je pense qu’on est tous d’accord, sur le fait qu’il est important de trouver de meilleurs traitements, plus efficaces, mais qu’il est tout aussi crucial d’avoir un moyen sûr de le faire. Peut-être que l’avenir de la psychiatrie se trouve là, dans ce petit récepteur 1B, loin des hallucinations, mais proche de la guérison.
Selon la source : medicalxpress.com
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