Une respiration en demi-teinte : le coût humain de l’attente

Des missiles. Enfin. L’Ukraine respire un peu, c’est vrai, mais la vraie question qui me taraude, c’est : pour combien de temps ? Le président Volodymyr Zelensky, fidèle à son franc-parler habituel, ne cache rien — ou presque — sur le coût effarant de ces livraisons. Et je ne parle pas ici de dollars ou d’euros. Il le dit lui-même : « Le problème n’est pas seulement les systèmes Patriot, qui ne seront jamais suffisants ». C’est bien plus vicieux que ça.
L’Ukraine possède une myriade de systèmes différents, accumulés au fil de la guerre. Et chacun, sans exception, réclame ses propres « packages de missiles ». Ce n’est pas un achat unique. Ni même deux. C’est en permanence. Chaque fois qu’un missile part, il faut le remplacer. Chaque interception, aussi salvatrice soit-elle, vide les batteries. Et une fois les stocks à sec ? Eh bien, c’est reparti pour un tour : négociations interminables, coups de fil diplomatiques, réunions… et, disons-le franchement, des supplications.
Zelensky a eu cette phrase terrible : cela demande « beaucoup d’efforts, du sang, des vies de gens ». Du sang. Voilà la monnaie d’échange. Pourquoi ? Parce que pendant ces atermoiements, pendant que l’Occident vérifie ses tableaux Excel, les drones russes, eux, ne font pas de pause. Les missiles ennemis touchent leurs cibles. Des civils meurent. Des infrastructures partent en fumée. C’est un sang qui aurait pu être épargné si la logistique suivait le rythme du cœur des soldats. Il faut littéralement « arracher » ces missiles à l’Europe et aux États-Unis. Le terme est fort, cru même, mais il reflète bien cette réalité où des millions de gens à Kyiv, Kharkiv, Odesa ou Dnipro vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, se demandant si, cette nuit, leur immeuble sera encore debout au petit matin.
La nuit du 15 au 16 janvier : chronique d’une urgence absolue

Pour bien comprendre de quoi on parle, regardons de près ce qui s’est passé très récemment. Prenons la nuit du 15 au 16 janvier. C’est un exemple frappant, presque clinique, de l’urgence actuelle. Cette nuit-là, la Russie a lancé pas moins de 76 drones d’attaque de différents types. Soixante-seize engins de mort dans le ciel.
Les forces de défense aérienne ont fait, disons, ce qu’elles ont pu. Elles en ont détruit 53. Si vous faites le calcul, ça nous donne un taux d’interception d’environ 70%. Dans un monde idéal, ou une guerre « classique », on applaudirait. Mais là… chaque échec est une tragédie. Dix-neuf drones sont passés au travers des mailles du filet et ont frappé neuf emplacements différents. Neuf points d’impact. Et gardez en tête qu’on ne parle ici que de drones ! Pas de missiles de croisière, pas de balistiques. Juste une nuit « ordinaire » parmi des centaines d’autres.
Sur le terrain, c’est un ballet mortel. Les groupes de feu mobiles jouent un rôle que je trouve absolument hallucinant de courage. Ce sont des soldats en camionnettes, armés de fusils, de mitrailleuses ou de systèmes portables, qui traquent ces engins à basse altitude. C’est du contre-sniping aérien, ni plus ni moins. Mais voilà le hic : chaque drone intercepté par un système plus lourd est un missile consommé. Et les Russes, eux, s’adaptent. Ils volent plus bas, changent de trajectoire, utilisent le relief. C’est un jeu du chat et de la souris où l’erreur se paie cash.
Un puzzle technologique et diplomatique impossible

On a souvent cette image d’Épinal des batteries Patriot américaines qui régleraient tout. Mais la réalité de la défense ukrainienne, c’est un véritable casse-tête chinois. Ce n’est pas un système unique, c’est un réseau hétéroclite composé de technologies venues de partout. Jugez plutôt :
- Des Patriot (USA)
- Des NASAMS (Norvège/USA)
- Des IRIS-T (Allemagne)
- Des SAMP/T (France/Italie)
- Des systèmes Aster, S-300 et S-400 soviétiques
- Des Buk et Osa ukrainiens
Le cauchemar, c’est que rien n’est compatible ! Impossible de mettre un missile Patriot dans un NASAMS. Chaque batterie demande sa propre chaîne logistique, ses propres munitions, ses propres négociations. Le président de l’Office ukrainien a dû jongler avec les ambassades des États-Unis, de France, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, d’Italie et d’Allemagne pour coordonner tout ça. Six pays, six systèmes… vous imaginez l’enfer administratif ?
Et puis, il y a la question des stocks. Je peux comprendre la logique froide des États : chaque pays doit garder un minimum pour sa propre sécurité nationale. C’est la règle. Mais comme le demande Zelensky avec une frustration palpable : « Quelles sont les règles, quelles sont les lois, si nous sommes en guerre et nous en avons vraiment besoin ? ». C’est là que la logique se heurte à l’humanité. Le président tchèque Petr Pavel — un ancien général de l’OTAN, un homme qui sait de quoi il parle — a d’ailleurs visité l’Ukraine pour soutenir ces efforts. Son pays, la République tchèque, fait un travail titanesque en fournissant environ la moitié des munitions d’artillerie nécessaires. C’est énorme pour un pays de cette taille. Mais même ça… ça s’épuise plus vite que ça ne rentre.
Au-delà des missiles : l’avenir sombre de la guerre d’usure

Alors, qu’est-ce qui nous attend ? Zelensky a évoqué le fameux « Energy Ramstein », cette coalition menée par le Royaume-Uni pour protéger l’infrastructure énergétique. C’est bien beau sur le papier, mais le président a mis le doigt sur l’absurdité de la situation : « À quoi sert le ‘Energy Ramstein’ si je dois arracher chaque package de missiles ? ». On ne peut pas protéger une centrale électrique avec des bonnes intentions ou des mots comme « gens forts ». Il faut du métal, de la poudre et de l’électronique.
Le plus effrayant, ce sont peut-être les chiffres qui se profilent. Selon les renseignements britanniques, la Russie a multiplié ses attaques de drones kamikazes par cinq en 2025 par rapport à 2024. Cinq fois plus ! Si ça continue en 2026, comment les stocks occidentaux pourront-ils suivre ? L’industrie mondiale n’est tout simplement pas calibrée pour une telle consommation. C’est une course contre la montre, et j’ai bien peur que la fatigue — celle des alliés, des budgets, des opinions publiques — ne finisse par peser lourd dans la balance. Ce matin du 16 janvier 2026, l’arrivée des missiles est une bonne nouvelle, certes. Mais c’est un pansement sur une hémorragie. Combien de temps faudra-t-il encore supplier avant que le ciel ukrainien ne soit réellement sûr ? Je n’ai pas la réponse, et c’est bien ça le plus terrible.
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