Ce que nous a appris la comète qui a frappé Jupiter avec la force de 300 millions de bombes atomiques
Auteur: Mathieu Gagnon
Quand le cosmos nous offre un spectacle destructeur

C’est une question de chance, parfois. Ou de timing cosmique absolument parfait. En astronomie, les cratères d’impact sont un peu comme les rides sur un visage : ils racontent une histoire. Ils sont incroyablement utiles pour dater la surface d’un corps planétaire — on compte les trous, on estime la fréquence des impacts sur une période donnée, et hop, on a une idée de l’âge géologique. C’est particulièrement vrai pour la Lune, ou même pour Mercure, dont nous n’avons peut-être qu’un seul échantillon de météorite (et encore, c’est sujet à débat).
Mais que se passe-t-il quand on change de cible ? Quand l’objet frappé n’est pas un rocher solide, mais une géante gazeuse composée à 90 % d’hydrogène et d’hélium ? Combien de temps durent les « cratères » sur une planète qui n’a pas vraiment de sol ? C’est là que l’histoire devient fascinante. Au cours de nos années d’observation, nous avons vu des choses surprenantes, mais rien ne vaut l’événement des années 90. C’était le moment où une comète a décidé de se mesurer à la plus grande brute de notre système solaire : Jupiter. Et, par un coup de chance extraordinaire, la NASA avait une sonde en route, parfaitement placée pour ne rien rater du spectacle.
Chronique d’une mort annoncée : De la limite de Roche à l’impact

L’histoire commence en réalité bien avant l’impact. En 1992, la comète Shoemaker-Levy 9 — qui avait été capturée par l’attraction de Jupiter deux ou trois décennies plus tôt — a commis l’imprudence de passer un peu trop près. En fait, elle a franchi ce qu’on appelle la limite de Roche. Pour faire simple, c’est la distance fatale où un petit objet ne peut plus résister à la gravité d’un plus gros sans être littéralement déchiqueté.
Ce n’est que l’année suivante, en 1993, que la comète condamnée a été repérée par David Levy ainsi que Carolyn et Eugene M. Shoemaker. Lorsqu’ils l’ont observée, le mal était déjà fait : la comète n’était plus un bloc unique, mais avait été réduite en plus de 20 morceaux, une sorte de collier de perles cosmique orbitant autour de Jupiter sur un cycle de deux ans. Les astronomes ont vite compris que ces débris allaient inévitablement percuter la géante gazeuse.
Ce qui est génial, c’est que la sonde Galileo de la NASA était en route vers Jupiter à ce moment précis. Elle était aux premières loges pour capturer des images directes alors que les fragments frappaient l’atmosphère entre le 16 et le 22 juillet 1994. Et quel impact ! On parle ici d’un véritable « train de marchandises » céleste qui s’est écrasé avec une violence inouïe. Selon la NASA, la force de l’impact équivalait à 300 millions de bombes atomiques. Les fragments ont soulevé des panaches immenses, hauts de 2 000 à 3 000 kilomètres (soit 1 200 à 1 900 miles), et ont chauffé l’atmosphère à des températures hallucinantes, oscillant entre 30 000 et 40 000 degrés Celsius (53 000 à 71 000 degrés Fahrenheit).
Cicatrices, vents et un anneau invisible : L’héritage scientifique

Même nos télescopes terrestres, y compris le célèbre Hubble, regardaient la scène, fascinés par les conséquences d’un tel duel. En plus des flashs lumineux brefs au moment des impacts, les astronomes ont vu apparaître des marques sombres dans la haute atmosphère de Jupiter. Ces « cicatrices » annelées ont persisté pendant des mois. Bien qu’elles n’aient pas été permanentes — les vents joviens finissant par les effacer — elles ont été aussi précieuses pour les scientifiques que des cratères sur une planète rocheuse.
La NASA explique d’ailleurs que la collision a laissé de la poussière flottant au sommet des nuages. En observant comment cette poussière se dispersait, les chercheurs ont pu, pour la toute première fois, suivre les vents de haute altitude de Jupiter. C’était une occasion en or. De plus, en comparant les changements dans la magnétosphère avec ceux de l’atmosphère juste après le crash, ils ont pu étudier la relation complexe entre les deux.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il y a peut-être un héritage encore plus durable. Outre les marques visibles pendant des mois et les signatures chimiques détectables pendant plus d’un an, l’impact pourrait avoir laissé un nouvel anneau autour de Jupiter. C’est ce que suggère une étude de 2024. Le professeur Mihály Horányi de l’Université du Colorado à Boulder a expliqué à IFLScience que lorsque Shoemaker-Levy 9 s’est brisée, elle a généré une quantité énorme de petites particules.
« Cela s’est produit à l’intérieur de la magnétosphère de Jupiter, où la poussière se charge électriquement », précise-t-il. En gros, les forces électromagnétiques, combinées à la gravité, poussent ces particules sur des orbites qui restent liées à la planète. Avec le temps, elles perdent de l’énergie et finissent par s’installer en un anneau. Horányi ajoute cependant un bémol : « La profondeur optique attendue de cet anneau est très faible, donc il reste probablement caché aux observations télescopiques. »
Conclusion : Une attente jusqu’en 2030

Alors, cet anneau existe-t-il vraiment ? Pour le savoir, il faudra sans doute faire preuve d’encore un peu de patience. Le professeur Horányi note que cet anneau fantôme pourrait être détecté par des instruments in situ, comme le détecteur de poussière SUDA embarqué sur la mission Europa Clipper de la NASA. Nous devrons attendre que la sonde arrive à destination, vers Europe (la plus petite des lunes galiléennes), en 2030, pour tester cette hypothèse.
Quoi qu’il en soit, l’événement Shoemaker-Levy 9 reste historique. Il est fort possible que nous ayons assisté à la première comète liée à une planète, au premier impact jamais observé depuis l’espace, et peut-être même à la naissance d’un anneau planétaire sous nos yeux. Pas mal comme fin de carrière pour une simple comète, non ?
Selon la source : iflscience.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.