Pourquoi la science échoue encore à expliquer ce que l’on voit aux portes de la mort
Auteur: Mathieu Gagnon
Une clarté impossible dans l’obscurité

C’est un phénomène qui nous fascine autant qu’il nous effraie. Imaginez un instant : le cœur s’arrête, le corps subit un traumatisme violent, et pourtant, au lieu du néant, l’esprit s’éveille. C’est ce que rapportent de nombreuses personnes ayant frôlé la mort. Elles ne décrivent pas le noir total, mais une pensée incroyablement claire, des émotions puissantes et des souvenirs d’une précision chirurgicale, précisément au moment où la vie semblait s’éteindre. C’est troublant, n’est-ce pas ?
Bien sûr, les experts ont tenté de rationaliser tout cela. On cherche des réponses dans la chimie du cerveau, dans les neurones qui s’affolent. Récemment, des chercheurs de l’Université de Virginie (UVA) se sont penchés sur la question pour expliquer pourquoi, malgré nos avancées technologiques, le mystère reste entier. Ce qu’on appelle les expériences de mort imminente, ou EMI, englobe tout un éventail de vécus : ce sentiment de paix absolue, cette impression de flotter hors de son corps, la traversée d’un tunnel ou même la rencontre avec des proches décédés. Ce ne sont pas juste des rêves flous ; pour ceux qui les vivent, ces souvenirs restent gravés pendant des décennies, souvent plus réels que leur quotidien.
Le Dr Bruce Greyson et la Dr Marieta Pehlivanova, de la faculté de médecine de l’UVA, ont analysé ces récits face aux théories actuelles, et leurs conclusions bousculent pas mal d’idées reçues.
Le modèle NEPTUNE face à la réalité des faits

Pour tenter de comprendre, la science a proposé un modèle neuroscientifique récent baptisé NEPTUNE (pour Neurophysiological Evolutionary Psychological Theory Understanding Near-Death Experience). En gros, cette théorie essaie d’expliquer ces visions par un mélange d’activité cérébrale, de réactions chimiques et d’évolution. L’idée serait que des changements dans les niveaux d’oxygène, de dioxyde de carbone ou d’autres substances chimiques dans le cerveau créent ces expériences. C’est séduisant sur le papier, mais le Dr Greyson et la Dr Pehlivanova soulèvent un problème majeur : ça ne colle pas vraiment avec la réalité.
Prenez l’oxygène, par exemple. De nombreuses études montrent que les personnes rapportant des EMI ont souvent des niveaux d’oxygène normaux, voire supérieurs à la moyenne. Quant au dioxyde de carbone, s’il peut effectivement aider à se remémorer des choses, il n’explique absolument pas comment l’expérience commence. Comme le dit très justement le Dr Greyson : « Le modèle NEPTUNE était une tentative pionnière… mais il a sélectivement ignoré les preuves scientifiques qui le contredisent et n’a pas réussi à aborder certaines des parties les plus importantes et déterminantes des EMI. »
Il y a aussi cette tendance facile à classer les EMI comme de simples hallucinations. Mais là encore, ça coince. Une hallucination médicale classique touche généralement un seul sens à la fois — on entend une voix ou on voit quelque chose. Or, une expérience de mort imminente est une symphonie sensorielle : la vue, l’ouïe, le toucher et l’émotion fonctionnent tous en même temps. Et puis, soyons honnêtes, une hallucination s’estompe vite. Les souvenirs d’une EMI, eux, restent vifs pendant des années. Plus étonnant encore, ils provoquent des changements profonds chez les gens : une peur de la mort qui disparaît, une compassion accrue, un nouveau sens donné à la vie. On ne voit jamais ce genre d’effets durables avec des hallucinations typiques.
Sorties de corps et paradis artificiels : les limites de la comparaison

Parlons un peu de ces fameuses sorties de corps, où la personne se sent détachée de son enveloppe charnelle et observe la scène d’en haut. Le modèle NEPTUNE lie cela à une activité dans une zone précise du cerveau : la jonction temporo-pariétale. C’est vrai que si on stimule cette zone en laboratoire, les sujets ressentent des sensations bizarres. Mais — et c’est un grand mais — ils ne croient jamais vraiment que leur conscience a quitté leur corps. Leur vision reste normale, leurs mouvements sont limités. Rien à voir avec les EMI spontanées où la perception est radicalement différente.
Les chercheurs sont formels : « Il n’existe aucune preuve que la stimulation électrique du cerveau ait jamais produit une perception précise de quoi que ce soit qui n’était pas visible par les yeux physiques… ou qui se fasse depuis une perspective hors du corps. » En fait, la stimulation électrique a tendance à perturber l’activité cérébrale plutôt qu’à créer une conscience claire. C’est d’ailleurs pour cela que la plupart des patients épileptiques, dont l’activité cérébrale est pourtant chaotique lors des crises, ne rapportent jamais d’expériences de type EMI.
On entend aussi souvent dire que c’est comme prendre de la drogue, comme la kétamine ou la DMT. Il y a des ressemblances de surface, c’est vrai, comme ce sentiment de détachement. Mais les différences sont fondamentales. Les expériences sous drogues sont souvent fragmentées, un peu comme un puzzle mélangé, et elles s’effacent avec le temps. L’EMI, elle, est marquée par une clarté intense et un sens profond qui perdure. Même Karl Jansen, un chercheur spécialiste de la kétamine, a fini par admettre que la substance ne crée pas l’EMI, mais qu’elle pourrait simplement ouvrir l’accès à des états similaires.
Conclusion : Quand le cerveau s’éteint, le mystère s’allume

Récemment, des études ont montré de brefs pics d’activité électrique dans le cerveau au moment de la mort. Le modèle NEPTUNE a sauté sur l’occasion pour suggérer que cela pourrait expliquer la conscience. Mais Greyson et Pehlivanova rappellent un détail crucial : beaucoup de patients dans ces études avaient encore une activité cardiaque et ne montraient aucun signe de conscience extérieure. Dans les cas d’arrêts cardiaques étudiés, les schémas électriques liés à la conscience ne correspondaient pas aux rapports d’EMI. Il n’y a tout simplement pas de lien clair entre ces surtensions électriques et les récits rapportés.
Le plus grand défi pour la science matérialiste reste ces cas où les patients rapportent des détails précis sur des événements survenus alors qu’ils étaient totalement inconscients. Ces rapports vérifiés placent l’expérience à un moment où, théoriquement, le cerveau ne devrait pas être capable de supporter une telle conscience. « Les EMI sont généralement déclenchées par des événements physiologiques, il est donc logique d’explorer ces liens et de chercher des causes à effets », concède le Dr Greyson. Mais il ajoute avec sagesse : « Cet effort n’en est qu’à ses débuts, et il est important de rester ouvert d’esprit alors que nous poursuivons nos recherches. »
Cette étude fascinante a été publiée dans la revue Psychology of Consciousness Theory Research and Practice, et elle nous rappelle que nous sommes encore loin d’avoir tout compris.
Selon la source : earth.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.