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Quand votre code postal décide de votre survie : le constat alarmant des inégalités post-chirurgie
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une réalité difficile à avaler

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On aime se dire que devant la maladie, nous sommes tous égaux. Pourtant, une étude récente vient bousculer cette certitude, et les chiffres font froid dans le dos. Il s’avère que les patients vivant dans des quartiers défavorisés courent un risque bien plus élevé de mourir dans les 30 jours suivant une chirurgie planifiée non urgente. On ne parle pas de petites différences, mais bien d’un fossé par rapport à ceux qui habitent les quartiers les plus riches.

Ces données proviennent d’une vaste étude de cohorte réalisée en Ontario, portant sur un échantillon colossal de plus d’un million de patients ayant subi une intervention entre 2017 et 2023. C’est du solide. Et même si les chiffres viennent de nos voisins ontariens, il ne faut pas se leurrer : rien ne laisse présager que la situation serait bien différente pour les patients québécois. C’est du moins l’avis de Sandy Torres, chercheuse sociologue à l’Observatoire québécois des inégalités.

Pour elle, ce constat n’est, hélas, pas une surprise. Elle note une association claire et triste entre la situation de pauvreté et un risque accru de mortalité, ici spécifiquement après une opération. Elle le souligne avec justesse : on retrouve exactement le même genre d’association quand on analyse d’autres types de mortalité, ou même simplement les risques d’hospitalisation et les problèmes de santé en général.

Le mythe du système universel et les chiffres qui fâchent

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Bien sûr, Mme Torres admet qu’il peut y avoir certaines spécificités propres au système de santé de l’Ontario. Mais ne nous voilons pas la face : elle rappelle que dans la majorité des études canadiennes, et plus largement dans les pays occidentaux, cette corrélation revient toujours. La position socio-économique dicte souvent l’état de santé, et le fait est qu’on a une vie plus courte quand on est en situation de défavorisation.

Elle commente d’ailleurs la situation avec lucidité : on sait qu’en Ontario, ces inégalités sont plus prononcées. Malgré cela, ça ne lui fait pas penser qu’au Québec la situation est nécessairement meilleure. On l’a tous vu ces derniers temps, il y a beaucoup de gens en situation de précarité chez nous aussi. « Je n’ai pas de raison de penser que c’est différent au Québec, en fait », précise-t-elle.

L’étude en question, publiée dans la prestigieuse revue médicale Jama, met le doigt sur une plaie béante de notre système. Elle souligne que malgré les progrès incroyables de la médecine périopératoire, près de 2 % des patients meurent encore dans les 30 jours suivant une intervention. Ce chiffre, assez têtu, n’a pas bougé au cours de la dernière décennie. C’est inquiétant, non ?

Jusqu’à présent, d’autres recherches menées dans des systèmes privés à but lucratif laissaient entendre que les déterminants sociaux de la santé — c’est-à-dire les conditions dans lesquelles on naît, grandit, travaille, vit et vieillit — jouaient un rôle clé dans les échecs postopératoires. Mais on ignorait, ou on osait espérer, que cela ne s’appliquait pas aux systèmes universels comme celui du Canada.

52 % de risques en plus : quand la pauvreté tue

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Les résultats sont tombés et ils sont sans appel. Les patients ontariens issus des quartiers plus défavorisés présentent un risque de décès accru de 52 % par rapport à ceux des zones aisées. Vous vous rendez compte ? C’est énorme. Ce taux est significatif, fait valoir Mme Torres. « Malheureusement, ça ne m’étonne pas du tout », lâche-t-elle avec un certain fatalisme. Pour elle, c’est un apport majeur de cette étude : elle permet enfin de mettre un chiffre précis, de quantifier cette association dont on se doutait. On a cruellement besoin de ce genre de données pour agir.

Le plus troublant, c’est que cette association entre décès et quartiers défavorisés persistait même en tenant compte de tout le reste. Les chercheurs ont pris la peine d’ajuster leurs calculs en considérant les comorbidités connues des patients, comme le fait d’avoir un cancer, une insuffisance cardiaque, du diabète ou de l’hypertension. Ce lien macabre restait présent malgré la prise en compte des facteurs démographiques, de l’état de santé global, des variables hospitalières et même de la complexité des interventions chirurgicales.

C’est là tout le paradoxe. Bien que le Canada dispose d’un système de santé universel, où le coût de l’opération n’est théoriquement pas un obstacle, les déterminants sociaux viennent brouiller les cartes. Mme Torres soutient que ces facteurs modifient l’accès à certains services, dont les opérations planifiées. Ce qu’on observe dans différentes études au Québec et au Canada, c’est que la défavorisation matérielle et sociale peut amener à retarder le recours aux soins.

Imaginez un instant : vous pouvez être amené à consulter seulement quand le problème s’est vraiment, vraiment aggravé. Parfois, ça conduit même à renoncer complètement à se faire soigner, expose la chercheuse. Elle cite un exemple très concret : certains métiers précaires laissent très peu de temps, ou pas de possibilités du tout, de prendre congé pour aller à des rendez-vous médicaux. « Ce sont toutes ces petites choses qui font qu’en fin de compte, quand on vit plus en situation de défavorisation, on va avoir moins accès au système de soins de santé », explique-t-elle.

Conclusion : Revenir à la base pour sauver des vies

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Alors, que faire ? La solution prioritaire semble se trouver bien en amont de l’hôpital. Les personnes moins nanties n’arrivent souvent pas à couvrir leurs besoins de base, comme se nourrir correctement et se loger, ce qui les rend beaucoup plus vulnérables face aux carences alimentaires et aux maladies. C’est ce que souligne un document de l’Observatoire québécois des inégalités. Parfois, elles doivent réduire leurs dépenses pour des médicaments. Et n’oublions pas le stress chronique de la pauvreté, qui favorise les troubles de santé mentale.

L’étude suggère que l’amélioration des résultats après une opération nécessite probablement de s’attaquer à ces disparités sous-jacentes. Pour Mme Torres, s’il y avait une seule solution à prioriser, ce serait de permettre aux gens de couvrir leurs besoins de base. Ça passe par un meilleur soutien financier, c’est évident, mais aussi par des améliorations du quartier. C’est tout un écosystème.

Il s’agit de permettre aux gens d’être autonomes pour acheter une nourriture suffisante et de qualité, de pouvoir se loger de façon décente, de s’habiller… Ce sont les fondements. Participer un minimum à la vie sociale et avoir quelques loisirs, ça fait aussi partie de ces besoins essentiels pour rester en santé, tout comme, évidemment, pouvoir se soigner et accéder aux soins comme tout le monde, détaille la chercheuse.

Elle reconnaît toutefois, avec beaucoup d’honnêteté, que ce n’est pas une baguette magique. Les impacts positifs de telles mesures prendraient du temps à se faire ressentir. Les causes des problèmes de santé sont multifactorielles et ont un effet cumulatif. Les inégalités sociales en font partie, et il est grand temps de s’y attaquer sérieusement.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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