La variole du singe : une enquête scientifique pour démasquer le véritable coupable
Auteur: Adam David
Une menace mondiale qui ne dit pas vraiment son nom

Ces dernières années, difficile de passer à côté du sujet. On en a beaucoup entendu parler, peut-être même un peu trop par moments, de cette fameuse maladie due au virus mpox. Vous la connaissiez sans doute sous son ancien nom, un peu trompeur d’ailleurs : la « monkeypox » ou « variole du singe » en français. C’est une pathologie qui a fait couler beaucoup d’encre, surtout lors de son émergence mondiale en 2022, une année noire où elle a fini par toucher pas moins de 75 pays. On pensait alors avoir vu le pire, mais l’histoire ne s’arrête pas là.
En 2024, rebelote. Plusieurs pays d’Afrique centrale ont fait face à une recrudescence inquiétante du nombre de cas, accompagnée — et c’est là que les virologues ont retenu leur souffle — de l’émergence d’une toute nouvelle souche virale. Face à ces deux vagues successives, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas eu d’autre choix que de taper du poing sur la table en déclarant la maladie comme une « urgence de santé publique de portée internationale ». Heureusement, la situation semble s’être calmée depuis. Si l’on en croit les dernières données, l’OMS a levé sa dernière alerte en septembre 2025. Mais attention, ne nous y trompons pas : si l’urgence est levée, le virus, lui, continue de circuler, surtout dans les zones endémiques. C’est une zoonose, c’est-à-dire une maladie qui saute de l’animal à l’homme, et inversement. Et c’est justement là que le bât blesse : quel animal ? Depuis des années, les scientifiques mènent une véritable enquête policière pour identifier le « réservoir naturel », cet hôte qui héberge le virus sans être trop malade, prêt à contaminer d’autres espèces.
Retour sur les symptômes et une histoire géographique complexe

Pour comprendre où l’on va, il faut parfois regarder d’où l’on vient. Le virus mpox traîne avec lui une appellation historique un peu maladroite. Son nom vient de sa découverte en 1958 chez des macaques de laboratoire qui venaient d’Asie. On a donc cru, logiquement, que c’était une histoire de singes asiatiques. Eh bien non, fausse piste ! Dans les années 1970, les scientifiques se sont rendu compte que ce virus n’avait strictement aucun lien avec l’Asie. C’est à cette époque que les premiers cas humains ont été décrits dans des villages isolés des forêts du bassin du Congo, en Afrique centrale, ainsi qu’en Afrique de l’Ouest, notamment dans les forêts de Haute et Basse Guinée.
Mais concrètement, à quoi ressemble cette maladie ? Ce n’est pas très joli à voir, il faut l’avouer. Les symptômes commencent généralement par de la fièvre, des céphalées (de violents maux de tête), des douleurs musculaires et ce que les médecins appellent des lymphadénopathies, c’est-à-dire une augmentation de la taille des ganglions lymphatiques. Ensuite, ça se gâte avec une éruption cutanée. On voit apparaître des macules (taches), puis des papules, qui finissent par évoluer en vésicules et en pustules. C’est douloureux et impressionnant. Ce qui inquiète vraiment l’OMS ces dernières années, c’est la hausse constante des cas. Les taux de létalité peuvent grimper jusqu’à 12 % pour les formes virales venues d’Afrique centrale. D’ailleurs, la grande épidémie de 2022 et 2023 a comptabilisé plus de 100 000 cas à travers le monde. Elle avait démarré au Nigeria vers 2017 et touchait alors essentiellement la communauté homosexuelle masculine, avec un taux de létalité heureusement plus faible, estimé à 0,1 %.
Cependant, la situation actuelle en Afrique est différente et plus préoccupante. Une deuxième épidémie majeure s’est déclarée en 2023 au Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), avant de s’étendre aux pays voisins. Cette fois, la transmission est principalement hétérosexuelle. On a compté des centaines de cas par semaine. Le plus tragique ? Le taux de létalité, estimé globalement à 4 %, peut atteindre des sommets effrayants de 11 % chez les enfants de moins de 5 ans.
Sur la piste du coupable : l’écureuil plutôt que le singe ?

Alors, comment attrape-t-on ce virus ? La transmission interhumaine, on la connaît bien maintenant : elle se fait surtout par contact cutané avec les lésions infectées ou les liquides biologiques, et parfois via les muqueuses. Mais l’humain n’est qu’une victime parmi d’autres. Le virus a été retrouvé chez plusieurs mammifères, principalement des primates et des rongeurs. L’origine des « cas index » (les tout premiers patients d’une épidémie) reste floue, mais on a la certitude que tout part de mammifères sauvages des forêts tropicales humides. C’est là que l’enquête scientifique devient fascinante. Qui est le véritable réservoir ?
Il est très probable que dans la nature, la contamination se fasse par contact avec un animal porteur sain (ou peu malade), par exemple lors de la chasse, du portage de la bête ou de son dépeçage — des activités courantes dans ces régions. Les enquêteurs — virologues et systématiciens — ont un suspect numéro un dans leur viseur : les écureuils arboricoles du genre Funisciurus. Ce n’est pas une idée nouvelle, on en parle dans la littérature scientifique depuis les années 1980. Ce genre regroupe une dizaine d’espèces vivant presque exclusivement dans les forêts tropicales d’Afrique.
Mais lequel exactement ? C’est un véritable casse-tête. Pour tenter de répondre à cette question, les spécialistes de la classification animale (la systématique) ont dû sortir l’artillerie lourde. Ils ont croisé les études du phénotype — c’est-à-dire l’apparence physique des animaux — avec des analyses pointues de leur ADN. Ce travail de fourmi permet aujourd’hui d’éclairer non seulement l’histoire évolutive de ces petits écureuils, mais aussi, par ricochet, celle de ce virus qui continue de nous défier.
Conclusion

En fin de compte, la « variole du singe » porte bien mal son nom. C’est une histoire complexe de biodiversité, de transmission et d’interaction entre l’homme et la faune sauvage. Si l’urgence sanitaire semble maîtrisée pour l’instant, la vigilance reste de mise, car tant que le réservoir animal exact et ses interactions ne seront pas parfaitement cartographiés, le risque de nouvelles émergences planera toujours au-dessus de nos têtes.
Selon la source : sudouest.fr
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.