La fin de la fiction agréable : Mark Carney et le réveil brutal des puissances moyennes à Davos
Auteur: Adam David
Retirer l’affiche de la vitrine

C’était un moment assez… électrique, je dirais. Mark Carney, dans ses habits de premier ministre pour l’occasion, n’est pas venu à Davos pour enfiler des perles ou nous servir les platitudes habituelles. Non, son discours avait un ton différent, presque urgent. Il a parlé d’une rupture de l’ordre mondial. Fini la « fiction agréable », place à une réalité brutale où les grandes puissances ne se fixent plus aucune limite. Ça fait froid dans le dos, n’est-ce pas ? Mais son message n’était pas purement fataliste.
Il a commencé par une référence assez intellectuelle — on reconnaît bien là l’homme — en citant le dissident tchèque Václav Havel et son essai de 1978, Le pouvoir des sans-pouvoir. Vous connaissez l’histoire du marchand de fruits et légumes ? Ce type qui, chaque matin, affiche « Travailleurs du monde, unissez-vous ! » dans sa vitrine, non pas parce qu’il y croit, mais pour avoir la paix. Pour « vivre dans le mensonge » et faire tourner le système. Carney nous dit que c’est exactement ce que nous avons fait à l’échelle internationale. Nous savions que l’ordre fondé sur des règles était en partie bidon, que les règles du commerce étaient asymétriques et que le droit international s’appliquait à la tête du client. Mais tant que l’hégémonie américaine garantissait la sécurité et des voies maritimes ouvertes, nous avons tous joué le jeu. Nous avons laissé l’affiche dans la vitrine.
Mais voilà, Carney affirme que ce petit arrangement ne tient plus. Ce n’est pas une transition, c’est une rupture. L’intégration économique, qu’on pensait bénéfique pour tous, est devenue une arme. Droits de douane, coercition financière, chaînes d’approvisionnement fragiles… L’intégration devient une source de subordination. Et là, il pose la question qui tue : que font les pays comme le Canada, les « puissances moyennes », quand les règles ne les protègent plus ?
Un réalisme fondé sur des valeurs : la stratégie du Canada

Face à ce constat d’échec des institutions multilatérales (l’OMC, l’ONU, la COP sont toutes affaiblies, soyons honnêtes), la tentation est grande de construire des forteresses. Carney le reconnaît : les pays cherchent l’autonomie stratégique partout — énergie, alimentation, minéraux. C’est compréhensible. Si on ne peut pas se nourrir ou se défendre, on n’a pas vraiment le choix. Mais il prévient aussi : un monde cloisonné sera plus pauvre et plus fragile.
Alors, quelle est la solution ? Carney parle d’un « réalisme fondé sur des valeurs », une expression empruntée à Alexander Stubb. En gros, on garde nos principes (droits de la personne, souveraineté, intégrité territoriale), mais on devient hyper pragmatiques. On accepte le monde tel qu’il est, pas tel qu’on voudrait qu’il soit dans un monde idéal. Cela signifie collaborer avec des gens qui ne pensent pas comme nous, de manière lucide.
Et là, tenez-vous bien, car il a énuméré une série de mesures intérieures assez massives pour prouver que le Canada ne rigole plus. Il ne s’agit plus juste de la force de nos valeurs, mais de la « valeur de notre force ». Voici ce que son gouvernement a mis en place pour consolider le pays :
- Réduction des impôts sur le revenu, sur les gains en capital et sur les investissements des entreprises (oui, tout ça).
- Suppression de tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial.
- Accélération d’investissements colossaux — on parle de mille milliards de dollars — dans l’énergie, l’intelligence artificielle, les minéraux critiques et les corridors commerciaux.
- Doublement des dépenses de défense d’ici 2030, en favorisant les industries nationales.
C’est du lourd. On sent bien que l’idée n’est plus d’attendre que l’orage passe, mais de se muscler sérieusement.
Diplomatie à géométrie variable et nouvelles alliances

C’est ici que le discours devient vraiment dense en informations, et je ne voudrais rien oublier tant la liste est impressionnante. Carney déploie une stratégie internationale tous azimuts. Il ne s’agit pas de multilatéralisme naïf, mais de coalitions ciblées. Regardez un peu l’activité des six derniers mois : le Canada a signé pas moins de douze accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents. Rien que ça.
Il a mentionné un partenariat stratégique global avec l’Union européenne, incluant l’adhésion à l’initiative SAFE pour l’approvisionnement en défense. Mais il y a aussi des mouvements plus surprenants, ou du moins très pragmatiques : ces derniers jours, de nouveaux partenariats stratégiques ont été conclus avec la Chine et le Qatar. Oui, vous avez bien lu. En même temps, des négociations de libre-échange sont en cours avec l’Inde, l’ANASE (ASEAN), la Thaïlande, les Philippines et le Mercosur. C’est ce qu’il appelle multiplier les options pour ne pas dépendre d’un seul hégémon.
- Ukraine : Membre clé de la Coalition des volontaires, un des plus grands contributeurs par habitant.
- Arctique et Groenland : Soutien total au droit du Groenland et du Danemark à l’autodétermination. Le Canada s’oppose fermement aux droits de douane sur le Groenland et investit massivement avec l’OTAN (y compris le groupe nordique/balte) : radar transhorizon, sous-marins, avions, troupes au sol. L’engagement envers l’article 5 est inébranlable.
- Commerce et Minéraux : Soutien au pont entre le Partenariat transpacifique et l’UE (créant un bloc de 1,5 milliard de personnes) et création de « clubs d’acheteurs » au sein du G7 pour les minéraux critiques.
Même sur l’IA, la coopération se fait avec les démocraties partageant les mêmes idées pour ne pas être coincés entre des géants technologiques et des puissances hégémoniques. C’est une toile immense de connexions.
Conclusion : À la table ou au menu ?

Pour finir, Carney a eu cette phrase qui résume tout : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ». C’est brutal, mais c’est ça. Les grandes puissances peuvent faire cavalier seul, elles ont le marché et l’armée pour ça. Mais nous ? Les puissances moyennes ? Si on négocie seul face à un géant, on perd. On finit par se faire concurrence pour être le plus « accommodant » possible, ce qui est une forme polie de soumission.
La conclusion est un appel à l’action collective. Il faut arrêter d’être nostalgique d’un ordre ancien qui ne reviendra pas. La nostalgie n’est pas une stratégie. Le Canada a choisi sa voie : celle de la vérité (arrêter de faire semblant), de la cohérence et de la force intérieure. Avec nos ressources énergétiques, nos minéraux, nos talents, nos caisses de retraite sophistiquées et notre capacité financière, nous avons ce que le monde cherche. Nous retirons l’affiche de la vitrine. Et Carney laisse la porte grande ouverte à tous les pays qui veulent marcher dans cette direction avec nous. C’est un pari audacieux, mais a-t-on vraiment le choix ?
Selon la source : lapresse.ca
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