Un changement de cap inattendu à Washington

C’est ce qu’on appelle un sacré retournement de veste, n’est-ce pas ? Alors que Donald Trump semblait jusqu’ici vouloir tenir l’opposante María Corina Machado à bonne distance de sa stratégie vénézuélienne — surtout après la capture retentissante du président Maduro —, le vent a tourné ce mardi. À la surprise générale, lors d’une conférence de presse un peu décousue marquant exactement le premier anniversaire de son retour au pouvoir, le président américain a changé de ton. Il affirme désormais vouloir impliquer la lauréate du prix Nobel de la paix dans la gestion du pays.
« Nous sommes en train de discuter avec elle, et nous pourrons peut-être la faire participer d’une manière ou d’une autre. J’aimerais beaucoup pouvoir faire cela », a-t-il lancé, la qualifiant soudainement de « femme incroyablement gentille ». C’est curieux, quand on pense qu’il y a peu, il assurait qu’elle n’était pas qualifiée pour gérer le Venezuela, préférant chanter les louanges de Delcy Rodríguez, la présidente par intérim. Qu’est-ce qui a bien pu provoquer ce déclic ? On peut supposer que le geste symbolique de Mme Machado, qui lui a offert la médaille de son prix Nobel la semaine dernière, a pesé dans la balance. C’est du Trump tout craché, après tout, de réagir à l’affect. En attendant, il maintient tout de même son envie d’administrer lui-même le pétrole vénézuélien. On ne se refait pas.
Grand ménage et manœuvres économiques au sommet

Pendant que Washington tergiverse, à Caracas, ça s’active sérieusement. Investie le 5 janvier, soit deux jours à peine après la spectaculaire capture de Nicolás Maduro par les forces américaines, Delcy Rodríguez n’a pas perdu une minute. Elle a immédiatement signé des accords pétroliers avec M. Trump et promis de libérer les prisonniers politiques (on y reviendra, car c’est plus compliqué que prévu). Mais ce qui frappe, c’est son activisme économique. Elle a posé un geste fort, presque brutal : écarter Alex Saab d’un organisme clé d’investissements.
Alex Saab, ce n’est pas n’importe qui. Considéré comme l’homme lige de Maduro, cet originaire de Colombie avait rejoint le gouvernement tout récemment, en octobre 2024, peu après sa libération par les États-Unis via un échange de prisonniers. Rappelez-vous, il avait été arrêté au Cap-Vert en 2020, puis extradé vers les USA en octobre 2021 pour détournement d’aide alimentaire. Maduro avait fait de sa libération une priorité absolue. Eh bien, quelques jours après l’avoir remplacé au ministère de l’Industrie, Mme Rodríguez l’a sorti du jeu. Le Centre international d’investissement productif (CIIP), chargé d’attirer les capitaux étrangers, sera désormais piloté par le nouveau « tsar » de l’économie, Calixto Ortega. Ce technocrate, proche de la présidente par intérim, a été nommé vice-président chargé de l’Économie le 6 janvier. On sent clairement une volonté de tourner la page Maduro, du moins en apparence.
Pétrole, dollars et réformes : la course contre la montre

L’argent, c’est le nerf de la guerre, et le Venezuela en a désespérément besoin. Mardi, la présidente par intérim a annoncé un investissement de 300 millions de dollars pour tenter de sauver le soldat Bolivar, la monnaie locale qui ne cesse de dégringoler. Cet argent ne tombe pas du ciel : il provient de la vente de pétrole par les États-Unis. « Des fonds provenant de la vente de pétrole sont entrés. Sur les premiers 500 millions, 300 millions ont été encaissés », a-t-elle expliqué à la télévision. L’objectif est clair : utiliser ces flux sur le marché des changes pour stabiliser le marché et « protéger le revenu et le pouvoir d’achat de nos travailleurs ». Depuis 2018, le dollar est roi là-bas, mais avec l’embargo de 2019, les devises se font rares.
En parallèle, la pression américaine reste forte en mer. Les États-Unis ont annoncé mardi la saisie d’un pétrolier dans les Caraïbes — c’est la septième opération du genre depuis le blocus instauré par Trump en décembre. Côté légal, l’Assemblée nationale, présidée par Jorge Rodriguez (qui est, rappelons-le, le frère de Delcy, tout reste en famille), prépare une vaste réforme, notamment sur les hydrocarbures. Jorge Rodriguez a été très clair : « Il faut que l’investissement étranger soit protégé et rentable ». Il insiste pour que l’utilisation des impôts et redevances soit transparente. On sent bien l’appel du pied aux investisseurs internationaux.
Conclusion : L’angoisse des familles face aux promesses non tenues
Mais derrière ces milliards et ces stratégies politiques, il y a la réalité humaine, bien plus sombre. À Caracas, la colère gronde. Des proches de prisonniers politiques se sont rassemblés mardi devant le parquet, pancartes à la main : « Où sont-ils ? », « Assez des disparitions forcées ». Ils exigent une preuve de vie pour 200 personnes dont ils n’ont aucune nouvelle. C’est glaçant. Malgré les belles promesses de Mme Rodríguez, les libérations se font au compte-gouttes : seulement 150 personnes libérées sur plus de 800, selon les ONG.
Diego Casanova, du Comité pour la libération des prisonniers politiques, ne mâche pas ses mots : « L’engagement de libérer tous les prisonniers politiques au Venezuela n’a toujours pas été tenu ». Il qualifie le nombre de disparitions forcées d’« alarmant ». Et puis il y a des témoignages qui brisent le cœur, comme celui de Xiomara Requena. Elle cherche son fils, le militaire Egdar Suarez Requena. Elle a fait le tour de tous les centres pénitentiaires de Caracas et des environs avec d’autres familles, sans obtenir la moindre réponse. « Nous avons demandé une preuve de vie et on ne nous l’a pas donnée, nous ne savons pas s’ils sont vivants », dit-elle. Une incertitude insupportable qui contraste cruellement avec les grands discours officiels.
Selon la source : lapresse.ca
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