un constat chiffré sans appel

C’est une réalité visible à l’œil nu dans nos rues, mais les chiffres sont là pour le confirmer, têtus : en France, comme un peu partout ailleurs sur le globe, le vélo reste une affaire d’hommes. Pourquoi ? C’est complexe. Une enquête menée en 2023 met les pieds dans le plat avec des statistiques assez édifiantes. Tenez-vous bien : 11 % des femmes adultes avouent ne tout simplement pas savoir faire de vélo, contre seulement 5 % des hommes. Et même quand elles savent pédaler, ce n’est pas forcément gagné.
En effet, 38 % d’entre elles déclarent une « faible maîtrise » de leur monture, là où ces messieurs ne sont que 23 % à douter de leurs capacités. Résultat logique ? Elles roulent moins. Beaucoup moins. Elles ne sont que 25 % à enfourcher un vélo au moins une fois par semaine, alors que les hommes affichent un taux de 38 %. Et si l’on regarde les distances, c’est pareil : les cyclistes masculins avalent plus de kilomètres.
On pourrait croire que le sport gomme ces différences, mais non… ou pas encore. Malgré une certaine féminisation, les femmes ne pèsent que pour 12,8 % des licenciés de la fédération française de cyclisme et un maigre 7 % des pratiquants en compétition. Je ne parle même pas de la livraison professionnelle à vélo, ce secteur est quasi exclusivement masculin, c’est dire. Il y a bien une lueur d’espoir du côté du vélo à assistance électrique (VAE) qui affiche une parité presque parfaite avec 47 % d’utilisatrices. Mais attention aux apparences : cette technologie coûteuse reste très inégalitaire. Les femmes aux revenus modestes n’y ont quasiment pas accès.
Au final, beaucoup de femmes n’ont juste… pas de vélo, ou alors un vieux clou d’entrée de gamme. Comme les classes populaires, elles privilégient d’autres modes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour les femmes, la marche représente 25,8 %, les transports en commun 14 % et le vélo un minuscule 1,5 %. Les hommes ? Ils marchent moins (21,5 %), prennent moins le bus (11,2 %) mais pédalent bien plus (4 %).
L’éducation et le poids du quotidien : des freins invisibles

Mais d’où ça vient, cette différence ? Ce n’est pas inné, évidemment. Tout part d’une socialisation genrée, et ce, dès l’enfance. En France, le vélo traîne encore cette image de sport de « bonhomme », associé à l’effort intense, au risque, à la mécanique qu’on répare soi-même, à l’aventure. Or, soyons honnêtes, la société n’incite pas vraiment les filles à investir l’espace public, à se déplacer seules ou à prendre des risques corporels.
Le moment charnière, c’est souvent l’adolescence. C’est là que tout bascule, quand les injonctions à devenir « une fille féminine » ou « un garçon viril » se durcissent. Et c’est dramatique, car faire du vélo à cet âge-là conditionne fortement la pratique future. Véronique, une éducatrice de 42 ans, raconte ça très bien en parlant d’une jeune fille : « En 4e, c’est là qu’elle s’est sentie plus, enfin, qu’elle est devenue une femme… elle a eu ses trucs […] Et elle s’est sentie grande quoi ! Maquillage, tout ça, et c’est vrai que là, le vélo, elle en a plus trop fait, mais ses copines en faisaient plus de toute façon ». C’est du vécu, c’est palpable.
Une fois adultes, la charge mentale prend le relais. Les femmes gèrent des chaînes de déplacement complexes. Ce n’est pas juste « domicile-travail » comme beaucoup d’hommes. C’est : travail, école, médecin, courses… Des trajets hachés, dictés par les responsabilités domestiques (enfants, personnes âgées). L’arrivée d’un enfant est d’ailleurs souvent le coup de grâce pour la pratique du vélo chez les femmes, bien plus que chez les hommes, tout comme les déménagements ou les soucis de santé.
Et puis, il y a la peur. Peur de l’accident, du trafic dense, de la vitesse. Peur aussi de la panne mécanique – car on leur a moins appris à réparer, et faute de moyens, elles ne peuvent pas toujours payer un pro ou avoir un vélo de secours. C’est un cercle vicieux : une chute ou une grosse frayeur, et le vélo finit à la cave, définitivement. Cela dit, toutes les femmes ne sont pas logées à la même enseigne. Les femmes des classes dominantes, en ville, valorisent le côté écolo et santé, profitant d’aménagements sécurisés. À l’inverse, les femmes de milieux populaires, surtout celles issues de cultures non occidentales où le vélo est « pour les hommes », n’ont parfois jamais appris. Manque d’argent, manque de modèles, manque de pistes cyclables… la liste est longue.
Pressions extérieures : famille, médias et espace public hostile

L’influence de l’entourage est déterminante, je dirais même cruciale. Dès le plus jeune âge, les filles sont moins poussées à explorer dehors. À la puberté, on les accompagne, on les protège… on les enferme un peu, finalement. Dans les milieux aisés, le vélo peut être vu comme un outil de liberté pour ne pas être confinée, mais cela crée une dépendance : le vélo rassure par rapport à la marche, ce qui limite paradoxalement les autres options.
Et que dire du sport ? Les médias et les institutions sportives ont leur part de responsabilité. La physiologie prouve pourtant que les femmes ont une meilleure résistance à la fatigue et utilisent mieux les graisses sur les efforts extrêmes d’ultra-endurance (plus de 6 heures). Elles ont des atouts physiques indéniables ! Pourtant, on sépare hommes et femmes, et on impose aux femmes des distances deux fois plus courtes. Le message est clair : vous êtes incapables de rivaliser. On naturalise une infériorité qui n’existe pas.
Les objets eux-mêmes nous parlent. Les vélos de petites filles ? Panier, siège pour poupon… le message maternel est livré avec les petites roues. À l’âge adulte, les vêtements deviennent un frein : comment faire du vélo sans abîmer son maquillage, sa robe, ses talons ? Certaines renoncent pour rester « présentables ». Il y a aussi les freins culturels ou religieux : le port du hijab, du niqab, la gestion des protections hygiéniques, ou même, chez les moins instruites, ce mythe tenace que la selle pourrait compromettre la virginité.
Enfin, n’oublions pas le décor : l’espace public. Il a été conçu par et pour les hommes. Les femmes y subissent harcèlement et agressions sexuelles, peu importe le moyen de transport. À vélo, elles développent des stratégies épuisantes : éviter certains horaires, faire des détours, s’habiller moins « féminin », faire semblant d’être attendues, voire se munir d’une arme. Cette charge mentale supplémentaire conduit souvent à l’abandon.
Conclusion : une fausse libération ?

Pour finir, il faut peut-être casser un mythe : le vélo n’est pas automatiquement un instrument de libération pour la femme. C’est un outil, point. S’il permet d’aller plus vite en ville, il devient souvent un instrument d’optimisation du temps… pour en faire plus à la maison ! Le temps gagné sur le trajet n’est pas forcément pris pour du loisir, mais réinvesti dans de nouvelles tâches domestiques. C’est l’ironie du sort.
Alors, que faire ? Il ne suffit pas de dire « Mesdames, pédalez ! ». Une vraie politique cyclable égalitaire doit s’attaquer à la racine : la famille, l’école, les médias, la religion, l’urbanisme… C’est toute notre structure sociale qu’il faut repenser si on veut voir autant de femmes que d’hommes guidon en main. Le chemin est encore long, et la pente est raide.
Selon la source : science-et-vie.com
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