Des centaines signent une pétition pour réclamer un référendum sur la séparation de l’Alberta du Canada.
Auteur: Simon Kabbaj
Une salle comble et une colère palpable

C’était censé être un jeudi ordinaire à Stony Plain, en Alberta, mais ce qui s’est passé ce 22 janvier 2026 n’avait rien d’anodin. À peine une heure après l’ouverture des portes du centre communautaire — un endroit que la ville vante habituellement comme le lieu idéal pour des mariages romantiques —, l’ambiance était tout sauf festive. Une employée a même dû passer une tête inquiète pour vérifier la jauge : la foule frôlait déjà la capacité maximale de sécurité incendie fixée à 650 personnes. C’est dire l’affluence.
À l’intérieur, des centaines d’Albertains se pressaient, stylo à la main, impatients d’apposer leur signature sur une pétition officielle. L’objectif ? Forcer la tenue d’un référendum sur la séparation pure et simple de l’Alberta du reste du Canada. Pour Nicholas Kasper, un bénévole de la campagne qui observait la file d’attente s’allonger, la scène n’avait rien de surprenant. « Ce n’est vraiment pas inhabituel », a-t-il lâché, presque blasé par l’ampleur du phénomène.
Il faut dire que ce n’est pas un cas isolé. Partout dans la province, des événements de signature similaires attirent des foules compactes, que ce soit à l’intérieur ou bravant le froid glacial de l’hiver à l’extérieur. Cette pétition, faut-il le rappeler, a reçu le feu vert officiel du directeur général des élections de l’Alberta il y a près de trois semaines, donnant une légitimité institutionnelle à ce ras le bol généralisé.
Le sentiment d’injustice financière et l’analogie de Cendrillon

Roger Cyr, un citoyen qui a patienté plus d’une heure ce jeudi-là juste pour signer, résume assez bien le sentiment général. « Ottawa ne nous écoute pas », a-t-il martelé avec une frustration évidente. « C’est pour ça qu’on fait ce qu’on fait. Ils n’ont pas à aimer ça, mais c’est comme ça. » Pour lui, comme pour beaucoup d’autres dans la file, l’équation est simple : l’Alberta s’en sortirait bien mieux financièrement si elle faisait cavalier seul. On sent ici une vieille rancœur qui remonte à la surface.
Cyr pointe spécifiquement du doigt le programme fédéral de péréquation, ce système par lequel Ottawa redistribue des fonds à certaines provinces selon leur capacité de revenus. Son raisonnement est sans appel : « Si les autres provinces ne peuvent pas mettre de l’ordre dans leurs affaires et que l’Alberta doit les subventionner, alors le problème, ce n’est pas l’Alberta. Le problème, ce sont les autres provinces. » C’est une logique qui résonne fort ici.
Nicholas Kasper, le bénévole croisé plus tôt, abonde dans ce sens avec une métaphore pour le moins inattendue. « Vous connaissez l’histoire de Cendrillon ? », demande-t-il. « C’est une belle histoire parce qu’elle s’est échappée. » Pour lui, les raisons de vouloir partir sont trop nombreuses pour être comptées, citant pêle-mêle les lois fédérales sur la libération sous caution, les politiques sur les armes à feu et même celles concernant le bétail. « Combien d’abus pouvez-vous supporter ? C’est le message des Albertains. Nous sommes tellement las d’être abusés », conclut-il.
Fossé culturel et peur des institutions : L’effet Mark Carney

Au-delà de l’argent, il y a une rupture culturelle profonde. Kelly Littlejohn, une autre bénévole qui tentait tant bien que mal de diriger le trafic humain entrant et sortant du centre, l’a dit sans détour : l’Alberta n’est tout simplement plus compatible culturellement avec le reste du Canada. « Je pense que les valeurs canadiennes ne sont plus des valeurs albertaines », a-t-elle confié, l’air un peu triste. « Ils ont leur façon de faire, nous avons la nôtre, et c’est très bien ainsi. Mais nous devons nous séparer de cela. »
Ce qui frappe, c’est que Littlejohn n’aurait jamais imaginé faire partie d’un mouvement séparatiste. Mais tout a basculé, dit-elle, avec les dernières élections fédérales et la montée du Parti libéral sous la direction du Premier ministre Mark Carney. Elle se dit « dévastée ». « J’ai toujours été si fière d’être Canadienne. Je ne le suis plus. » Un sentiment partagé par Shirley et Dave Howard, un couple venu signer la pétition. « J’aime être Canadienne. Mais je ne crois plus pouvoir rester une partie du Canada parce que ce n’est tout simplement plus la même chose », a avoué Shirley Howard.
Dave Howard, lui, va plus loin dans la méfiance. Il est persuadé que le gouvernement fédéral et la CBC vont diffuser de la propagande et faire du « fearmongering » (semer la peur) si l’Alberta décide vraiment de partir. « Pas différent de ce qu’ils ont fait lors des dernières élections », a-t-il lancé. Shirley a renchéri en évoquant la pandémie de COVID-19. Pour Dave, les obstacles à surmonter sont clairs et teintés de théories très relayées dans ces cercles : « Les confinements, les mesures draconiennes, et cette énorme poussée pour entrer dans l’Union européenne et le Forum économique mondial (WEF), tout ce truc global. C’est ça qu’il faut surmonter. »
Conclusion : Un défi logistique et une course contre la montre
Malgré la ferveur, Shirley Howard reconnaît qu’il y aurait beaucoup de choses à régler si l’Alberta devenait son propre pays, bien qu’elle n’ait pas donné de détails précis sur le « comment ». « Le plus grand obstacle est simplement de tout mettre en place et de nous faire fonctionner à nouveau », a-t-elle admis, un peu hésitante. « Mais si nous avons les bonnes personnes en place, ça se passera bien. Nous allons juste y travailler et le faire. Parce que nous sommes Albertains. » Une confiance qui frôle l’aveuglement ou le patriotisme pur, c’est selon.
Cette pétition massive est pilotée par Mitch Sylvestre, président d’une association de circonscription pour le Parti conservateur uni de la Première ministre Danielle Smith, ainsi que par un groupe baptisé « Stay Free Alberta ». Bien que Kasper refuse de divulguer le nombre exact de signatures recueillies jusqu’à présent, il affiche une confiance inébranlable : ils dépasseront les quelque 178 000 signatures nécessaires avant la date butoir du mois de mai. Le compte à rebours est lancé, et à voir la détermination dans les yeux des gens à Stony Plain, Ottawa aurait peut-être tort de ne pas regarder vers l’Ouest.
Créé par des humains, assisté par IA.