Un discours qui passe mal à la maison

On a parfois l’impression qu’il y a deux réalités parallèles. Mardi dernier, du côté de Davos en Suisse, Mark Carney a pris la parole au Forum économique mondial. Apparemment, son discours ferme a été très applaudi par les Européens. Un vrai succès de scène, si on veut.
Mais ici, au Canada ? C’est une toute autre histoire. Disons que l’enthousiasme est… absent. Pire, ça commence à faire peur. Ce discours fait craindre le pire pour nos relations économiques vitales avec les Américains. Plusieurs entreprises de chez nous, qui dépendent de ce lien avec les États-Unis, restent de marbre, voire franchement inquiètes face à cette rhétorique.
C’est là qu’intervient Louise Blais, une ancienne diplomate qui ne mâche pas ses mots. Pour elle, c’est clair : le premier ministre et Carney ont pris de gros risques. Est-ce que Carney est allé trop loin ? Oui, sans doute. Surtout dans sa manière de présenter la situation aux Canadiens comme un choix binaire, presque simpliste : soit on rompt avec les États-Unis, soit on s’y soumet entièrement. Or, la vie, ce n’est pas noir ou blanc, c’est beaucoup plus nuancé que ça.
Une économie sur la corde raide : l’enjeu des 85%

Pourquoi est-ce qu’on s’énerve autant ? Parce que l’enjeu est colossal, tout simplement. La priorité absolue, ça devrait être le renouvellement de l’accord de libre-échange cette année. Il ne faut pas oublier ce chiffre crucial : cet accord permet à 85 % de nos exportations d’entrer aux États-Unis sans tarifs. C’est énorme. Si on perd ça… l’impact sur l’économie canadienne serait majeur, et je dirais même probablement irréversible.
Le problème, c’est qu’on marche déjà sur des œufs à Washington. La relation était fragile bien avant certains gestes symboliques récents. Mais là, Ottawa semble pousser le Canada vers une rupture quasi complète avec nos voisins du Sud. Une rupture pour laquelle, soyons honnêtes, nous ne sommes pas du tout prêts. On parle de diversifier nos marchés, c’est bien beau, mais ça ne se fait pas en claquant des doigts.
Actuellement, le remède proposé semble pire que la maladie. Louise Blais l’admet elle-même : elle est nerveuse. Les États-Unis pourraient nous faire payer politiquement ou juste arrêter de nous faire des faveurs. Il faut écouter leur ambassadeur quand il nous avertit qu’il y a des limites au « bashing » qu’on peut faire sans conséquences. Cela dit, il y a une lueur d’espoir : les Américains ont aussi besoin de cet accord, notamment pour leurs secteurs de l’automobile, de l’énergie et du laitier.
L’illusion chinoise et l’inquiétude des gens d’affaires

Et la Chine dans tout ça ? Certains pensent qu’on pourrait s’en rapprocher. Faire des affaires avec la Chine, l’Inde ou l’Asie, oui, pourquoi pas. Mais en faire un allié stratégique ? C’est une autre paire de manches. L’entente récente est un compromis raisonnable, mais laisser entendre que la Chine est un nouvel allié stratégique inquiète beaucoup nos voisins américains. À un moment donné, ils vont finir par nous voir comme un risque pour leur propre sécurité.
On parle aussi des voitures électriques chinoises. Est-ce une menace ? Pas vraiment, c’est une toute petite part du marché. C’est surtout un compromis politique pour ouvrir le marché agricole chinois aux provinces de l’Ouest. Mais ce qui frappe, c’est le décalage : les politiciens ont l’air confiants, mais les gens d’affaires, eux, ne le sont pas du tout.
Les entreprises veulent de la stabilité. Elles savent que leur force est ici, sur notre continent. Une vraie diversification, ça prendrait 10 à 20 ans. La vraie question qu’on devrait se poser, c’est : ne vaut-il pas mieux sécuriser notre accès aux États-Unis pour les trois prochaines années, passer la tempête, et ensuite voir pour le reste ? Pour le milieu des affaires, le renouvellement de l’accord est la priorité, mais ils sentent que le gouvernement minimise la chose, ce qui est source d’une énorme anxiété.
Comment sauver les meubles : le « deal » à proposer

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Il va falloir être pragmatique face à Donald Trump. Quel genre de « deal » peut-on mettre sur la table ? Il faudra sans doute accepter un certain niveau de tarifs, mais plus bas que la menace actuelle. On pourrait aussi s’engager à acheter plus d’équipements américains, comme les avions de chasse F-35.
Il faudra peut-être ajuster la gestion de l’offre — sans la démanteler, attention — en laissant une plus grande part aux produits laitiers américains. Ajoutez à cela la fin du boycottage de leurs alcools, plus de contenu américain dans nos voitures, accepter les tarifs sur l’acier et l’aluminium, et peut-être une certaine coopération sur le dossier du Groenland. Tout ça mis ensemble pourrait suffire.
Mais pour l’instant, Mark Carney dépeint les États-Unis comme l’ennemi, alors qu’on devrait faire l’inverse pour baisser la température. C’est intenable pour les trois prochaines années. Il faut écouter l’expérience de Louise Blais. Ce n’est pas n’importe qui : elle a débuté comme analyste des vols d’œuvres d’art chez Interpol, est entrée aux Affaires mondiales Canada en 1996, et a servi comme ambassadrice et représentante permanente adjointe du Canada à l’ONU de 2017 à 2021. Aujourd’hui conseillère stratégique au Pendleton Group et au Conseil des affaires du Canada, elle sait de quoi elle parle.
Selon la source : journaldemontreal.com
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