Combien de temps les virus survivent-ils sur les surfaces ? Des scientifiques apportent des éclaircissements clés
Auteur: Mathieu Gagnon
Ce qui survit sous nos doigts

On a tendance à l’oublier une fois la porte franchie, mais ce qui traîne sur les objets que nous touchons au quotidien façonne silencieusement nos risques d’infection. C’est une réalité invisible, presque banale, qui détermine pourtant si une épidémie flambe ou s’éteint. Cette prise de conscience est cruciale, non seulement pour la façon dont nous nettoyons nos espaces, mais aussi pour la manière dont nous construisons nos bâtiments et jugeons de leur sécurité, que ce soit en temps de crise sanitaire ou lorsque la vie semble reprendre son cours normal.
Pour comprendre ce qui se passe réellement une fois qu’un virus est abandonné sur une table ou une poignée, des chercheurs ont décidé de ne pas se fier aux apparences. Ils ont testé deux virus de laboratoire, très bien documentés, sur des matériaux courants et dans des conditions strictement contrôlées. Ce qu’ils ont découvert suggère que l’état de la surface influence le risque d’une manière que nos règles de nettoyage habituelles ne prennent peut-être pas totalement en compte. C’est le Dr C. Brandon Ogbunugafor qui a dirigé cet effort à l’Université de Yale, où son équipe enquête inlassablement sur la façon dont les agents pathogènes se propagent et évoluent avec le temps.
De la panique de 2020 aux certitudes de laboratoire

Vous vous souvenez sans doute de cette période floue, en 2020. Une lettre de recherche avait alors testé combien de temps le coronavirus pandémique restait infectieux sur du cuivre, du plastique, de l’acier et même du carton. Ce genre de travail avait alimenté nos pires craintes concernant les fomites — ces objets capables de transporter des germes par le simple toucher — même lorsque nous évitions les contacts proches. D’ailleurs, une enquête distincte des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) avait révélé que le virus de la variole du singe (monkeypox) restait actif sur les surfaces domestiques pendant au moins 15 jours, renforçant encore ces inquiétudes sur les contacts indirects. Mais voilà, ces rapports montraient que la survie seule peut être trompeuse… ils laissaient une question en suspens : que se passe-t-il pour un virus qui a survécu ?
Pour garder les expériences sous contrôle, l’équipe a utilisé des bactériophages. Ce sont des virus qui infectent les bactéries, pas les gens. C’est astucieux, non ? Ces virus sont largement utilisés dans la recherche car leur comportement est prévisible et, disons-le, facile à mesurer. En utilisant des systèmes viraux simplifiés, l’équipe a pu isoler comment le matériau de surface et la chaleur interagissent, sans l’interférence complexe des réponses immunitaires ou du comportement humain imprévisible. Si des effets de surface et de température apparaissent chez des virus ayant des formes et des cycles de vie différents, ces effets sont probablement liés à l’environnement lui-même. Cela fait des bactériophages des outils précieux pour tester des règles physiques qui pourront plus tard être examinées chez les pathogènes humains.
Le choc thermique : quand le cuivre et la chaleur s’en mêlent

Les chercheurs ont suivi la vitesse à laquelle chaque virus perdait sa capacité à infecter sur plusieurs heures. Mais ils ne se sont pas arrêtés là ; l’étape suivante consistait à tester si les particules restantes pouvaient encore se multiplier une fois qu’elles rencontraient des bactéries fraîches. Les températures ont été choisies pour refléter des cadres intérieurs quotidiens ainsi que la chaleur du corps humain. Et les résultats sont frappants. Sur du cuivre maintenu à 99 degrés Fahrenheit (environ 37°C), les deux virus ont perdu leur capacité à infecter très rapidement. C’est la combinaison la plus rude, un véritable terrain hostile.
Pour le phiX174, l’un des deux virus testés, la moitié des particules actives restantes avaient disparu en un peu plus de 30 minutes. Le T4, le second virus testé, s’en est sorti encore plus mal dans les mêmes conditions. Comme les réactions du cuivre s’accélèrent avec la chaleur, même de petites différences de température intérieure pourraient changer la vitesse à laquelle la contamination disparaît. D’ailleurs, un papier de 2015 avait déjà montré que les ions de cuivre peuvent littéralement détruire le matériel génétique et l’enveloppe extérieure d’un coronavirus.
À l’inverse, le froid semble jouer les conservateurs. À 39 degrés Fahrenheit (environ 4°C), les mêmes particules ont duré plus longtemps sur chaque surface, et certains réglages n’ont montré que peu de baisse sur des heures. La température plus basse a ralenti l’usure chimique qui brise les protéines et le matériel génétique, donc moins de particules ont atteint un état endommagé. L’acier inoxydable et le plastique sont restés comparativement accueillants à 39 degrés Fahrenheit, laissant entendre que la chimie de contact compte moins quand les dommages causés par la chaleur ralentissent. Ce schéma aide à expliquer pourquoi les chambres froides et le transport réfrigéré peuvent étendre la fenêtre de propagation indirecte dans certaines épidémies.
Survivre ou prospérer ? Une conclusion nuancée

Après l’exposition aux surfaces, les virus restants ont reçu de nouvelles cellules hôtes. Le but ? Voir si les dommages de surface affectaient leur capacité à se multiplier. Et c’est là que ça devient complexe : la croissance dépendait de si une particule pouvait encore détourner une cellule. Cela signifie qu’un minuscule dommage de surface pourrait bloquer la reproduction sans pour autant tuer le virus. Sur le plastique, le phiX174 a parfois grimpé de plus de 100 fois en 1 heure, même lorsque les mesures de survie semblaient faibles plus tôt. Ce résultat a prouvé que rester intact sur une surface et prospérer dans un hôte sont deux traits liés, mais pas identiques.
Les liens entre survie et reproduction changeaient selon les conditions. Ainsi, une même surface pouvait récompenser la persistance mais punir la croissance. À 99 degrés Fahrenheit sur le cuivre, survie et reproduction augmentaient ensemble pour les deux phages, mais le plastique à cette température montrait la tendance inverse. Ces décalages montrent pourquoi la survie en surface seule ne peut pas décrire entièrement à quel point un objet contaminé peut être risqué.
C’est pourquoi les concepteurs ont essayé les points de contact en cuivre dans les cliniques ; ils peuvent garder l’accumulation microbienne plus basse entre les nettoyages de routine. Dans un essai en unité de soins intensifs, les chambres avec des surfaces en cuivre avaient moins d’infections et moins de patients porteurs de bactéries résistantes aux médicaments que les chambres standard. La valeur est maximale sur les objets très touchés que beaucoup de gens partagent. Mais attention, même avec cette promesse, le cuivre ne peut pas remplacer le lavage des mains, la désinfection ou l’air frais ; il fonctionne mieux comme une couche supplémentaire.
Les chiffres de cette expérience, publiée dans bioRxiv, ont montré que la température et la surface agissaient ensemble. Dans certains cas, la température amplifiait les effets de surface, dans d’autres elle les inversait. De nombreux modèles d’infection supposent que les germes s’estompent à un rythme régulier, mais ce travail suggère que ce rythme change avec le matériau et la température. Si les planificateurs ignorent ces paires, ils risquent de trop nettoyer des espaces à faible risque ou de ne pas assez préparer là où une surface chaude et durable garde les virus actifs. Les futurs tests avec plus de températures, d’humidité et de virus humains devraient clarifier où ces modèles tiennent, et où ils s’effondrent.
Selon la source : earth.com
Créé par des humains, assisté par IA.