L’indignation des vétérans canadiens : quand les mots de Trump rouvrent les plaies de l’Afghanistan
Auteur: Adam David
Un « profond manque de respect » qui ne passe pas

C’est une déclaration qui fait mal, et pas qu’un peu. Pour ceux qui ont laissé une partie d’eux-mêmes dans la poussière de Kandahar, les mots du président américain ont eu l’effet d’une gifle. Un ancien combattant canadien n’a pas mâché ses mots pour exprimer son dégoût face aux récentes sorties de Donald Trump. Selon lui, minimiser la contribution des soldats de l’OTAN en Afghanistan témoigne tout simplement d’un « profond manque de respect » envers ceux qui sont tombés au combat. C’est viscéral.
L’étincelle qui a mis le feu aux poudres ? Une entrevue accordée jeudi à Fox News. Donald Trump y est allé de son style habituel, qualifiant de « mineur » le rôle des partenaires de l’Alliance. Il a même affirmé, sans sourciller : « nous n’avons jamais eu besoin d’eux, nous ne leur avons jamais vraiment demandé quoi que ce soit ». Comme si cela ne suffisait pas, il a ajouté qu’ils étaient restés « un peu en retrait, un peu à l’écart des lignes de front ». Pour Matthew Luloff, ancien soldat, entendre ça… c’était la goutte d’eau.
La réalité du terrain : Kandahar, loin d’être une zone « en retrait »

Matthew Luloff était furieux, et on peut le comprendre. Ce n’est pas comme s’il avait passé son temps à boire du thé à l’arrière. Il était stationné dans un avant-poste de combat, littéralement « en première ligne de la guerre contre les talibans » dans la province de Kandahar. Ceux qui connaissent l’histoire savent que c’était l’une des régions les plus dangereuses du conflit afghan. C’était l’enfer, pour le dire crûment.
« On m’a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique et une perte auditive en 2009, et c’est à ce moment que j’ai quitté l’armée », confie-t-il. Mais attention, il ne regrette rien. « Je ne regrette pas d’avoir servi, et je ne regrette pas d’avoir défendu ce qui était juste en 2008 ». Ce qui le blesse, c’est cette réécriture de l’histoire. Il explique qu’entendre le président décrire leur rôle comme étant « un peu » en retrait est « incroyablement décourageant ». Pour M. Luloff, qui a passé huit mois là-bas en 2008, c’est une insulte à la mémoire de ses amis blessés ou tués.
Aujourd’hui conseiller municipal à Ottawa, il se souvient de la réalité brute : lui et d’autres Canadiens ont « combattu face à face avec les talibans presque tous les jours » durant ces huit mois. « Nous nous réveillions le matin et étions attaqués. Ils nous tiraient des roquettes et des mortiers », raconte-t-il. Parfois, les bombes explosaient à l’intérieur même de la base. « Nous étions en première ligne et nous combattions souvent aux côtés de nos partenaires de l’OTAN », insiste-t-il, corrigeant la version américaine.
Les chiffres et la réaction officielle : une alliance payée au prix fort

Il faut remettre les pendules à l’heure. Le Canada et d’autres alliés ne sont pas venus faire de la figuration. Ils ont rejoint les États-Unis après l’invocation de l’article 5 de l’alliance suite aux attentats du 11 septembre 2001. Le principe est simple : une attaque contre un est une attaque contre tous. David McGuinty, le ministre de la Défense, a tenu à rappeler samedi, dans une déclaration sur la colline du Parlement, que les Canadiens n’oublieront jamais les sacrifices consentis pour les Américains. « Nous nous sommes joints aux Américains et aux autres alliés de l’OTAN dès le premier jour même des opérations en Afghanistan », a-t-il souligné aux médias.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et ils sont lourds. De 2001 à 2014, plus de 40 000 membres des Forces armées canadiennes ont servi dans le cadre de la Force internationale d’assistance à la sécurité. C’est tout simplement le plus important déploiement militaire canadien depuis la Seconde Guerre mondiale. Le coût humain ? Terrible. Pendant cette guerre, 158 soldats canadiens ont été tués en soutenant les États-Unis, sans compter les milliers de blessés qui portent encore les cicatrices, visibles ou non.
Entre insensibilité et excuses : les cicatrices qui restent

Keenan Geiger, un autre vétéran déployé d’octobre 2009 à mai 2010, voit les choses un peu différemment, ou peut-être avec plus de détachement. Il avait 22 ans quand il est parti et a vécu de nombreux « évènements tragiques et chargés d’émotion ». Face aux propos de Trump, il se dit « assez insensible ». Pour lui, le président dit « tout ce qu’il pense être le plus utile à ce moment-là », que ce soit la vérité ou un « mensonge scandaleux ». « Je n’ai donc plus de réaction émotionnelle à cela », admet M. Geiger, tout en notant que « l’absurdité » de la chose ne lui échappe pas.
Ironiquement, la solidarité vient d’en bas. Geiger raconte que plusieurs de ses amis vétérans américains lui ont envoyé des messages d’excuses après les sorties de leur président. Samedi, Trump a bien publié un message sur les sacrifices des soldats britanniques, mais a totalement ignoré les autres alliés. Un oubli qui en dit long.
Pour Matthew Luloff, même 18 ans plus tard, les souvenirs tragiques rodent encore. « Grâce à un traitement approprié et à beaucoup de travail, les cauchemars sont désormais très rares, mais j’ai été très tourmenté pendant environ une décennie », a-t-il révélé. Il tient à rappeler qu’il n’est pas un cas isolé : des milliers d’autres ont vécu la même chose. « Mon histoire n’est pas plus spéciale que celle des autres. Je ne suis qu’une infime partie de cette histoire. Nous sommes tellement nombreux. »
Selon la source : lapresse.ca
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