Le vieillissement de la population pourrait réduire la consommation mondiale d’eau jusqu’à 31 %, selon une étude
Auteur: Mathieu Gagnon
Une lueur d’espoir dans un monde assoiffé ?

On ne va pas se mentir, le tableau climatique actuel est plutôt sombre. Partout sur le globe, la pénurie d’eau s’impose comme l’un des défis majeurs, si ce n’est le défi du XXIe siècle. Le changement climatique pousse nos rivières et nos aquifères vers des extrêmes que nous n’avions jamais connus : les sécheresses s’éternisent, les inondations frappent plus fort, et soyons honnêtes, la demande en eau douce explose littéralement avec la croissance démographique et le développement économique.
Mais voilà qu’une nouvelle recherche vient bousculer nos certitudes. Publiée dans la revue Water Resources Research, cette étude suggère qu’un changement démographique souvent négligé pourrait avoir un impact étonnamment massif. Je parle ici du vieillissement des sociétés. Oui, vous avez bien lu. La baisse de la natalité et l’allongement de l’espérance de vie pourraient, contre toute attente, réduire les prélèvements d’eau mondiaux jusqu’à 31 % d’ici le milieu du siècle.
C’est un chiffre qui fait réfléchir. Historiquement, on a toujours calqué nos projections sur la taille de la population brute ou la croissance économique. Rares sont ceux qui ont pensé à regarder la pyramide des âges. En intégrant cette variable, les chercheurs montrent que les pays vieillissants (comme une partie de l’Europe, le Japon ou l’Amérique du Nord) pourraient voir leur demande en eau stagner, voire décliner. À l’inverse, les régions à la population plus jeune, comme une grande partie de l’Afrique subsaharienne, ne connaîtront probablement pas ce répit.
La mécanique des âges : pourquoi les seniors consomment moins

Mais comment ça marche, au juste ? Le lien entre l’âge et l’eau est plus statistique qu’on ne le pense. L’étude a mis en évidence une relation solide : à mesure que la part des personnes âgées augmente, l’utilisation totale de l’eau diminue. Si on regarde les chiffres bruts, c’est assez fascinant : une augmentation de 1 % de la proportion de la population âgée de 65 ans et plus correspond à une baisse d’environ 2,17 % de l’utilisation de l’eau.
Ce n’est pas seulement parce que grand-mère prend des douches plus courtes. L’effet le plus puissant se fait sentir dans l’industrie, où les prélèvements chutent d’environ 2,6 %, contre des baisses plus modestes pour l’usage domestique (~2,3 %) et l’irrigation (~1,9 %). Pourquoi ? Eh bien, les personnes âgées ont généralement des activités moins gourmandes en eau. Elles voyagent moins, consomment différemment et utilisent moins de ressources liées au travail intensif.
L’effet est particulièrement spectaculaire en Asie. Tenez-vous bien : des pays comme la Chine, Singapour, la Corée du Sud et le Japon pourraient voir leur consommation d’eau chuter de 42 à 62 % à mesure que leurs populations vieillissent. C’est énorme. Bien sûr, l’étude ne dit pas que vieillir équivaut à fermer le robinet par magie, mais cela remodele les habitudes de consommation d’une manière qui pourrait, selon les modèles, réduire les prélèvements mondiaux de 15 à 31 % d’ici 2050 par rapport à un scénario où la structure d’âge resterait figée.
Le contexte critique : prélèvements, pénuries et réalité du terrain

Avant de crier victoire, il faut comprendre de quoi on parle. Le terme technique est « prélèvements d’eau ». Cela désigne le volume retiré des sources naturelles pour l’agriculture, l’industrie ou nos maisons. C’est différent de la « consommation », qui est l’eau qui ne retourne pas à la source (par évaporation, par exemple). On peut prélever beaucoup mais consommer peu si l’eau retourne à la rivière.
Malheureusement, la tendance historique reste à la hausse. L’agriculture reste le plus gros consommateur. Sans changement politique, la demande risque d’excéder les ressources locales pour des centaines de millions de gens. Ce n’est pas une hypothèse lointaine : l’Organisation météorologique mondiale et l’ONU tirent déjà la sonnette d’alarme sur l’insécurité de l’eau douce.
D’ailleurs, environ les trois quarts de la population mondiale vivent déjà dans des régions ayant subi une perte nette de ressources en eau douce. Cela concerne plus de 100 pays. Même des nations qu’on imagine riches en eau, comme le Canada, les États-Unis ou la Russie, perdent des quantités substantielles, tout comme l’Inde ou l’Iran. Le cycle hydrologique devient imprévisible, et l’eau renouvelable (pluie, débits naturels) n’augmente pas pour suivre la demande.
Conclusion : Planifier pour un avenir incertain

Alors, le vieillissement va-t-il nous sauver ? Pas si simple. Si des pays comme les États-Unis ou le Japon voient déjà une baisse de la demande grâce à ce facteur, d’autres, comme les Philippines ou la Russie, observent l’inverse : le vieillissement y coïncide avec une hausse de l’utilisation de l’eau, souvent à cause d’une agriculture inefficace ou d’infrastructures industrielles vieillissantes. En Somalie, le déclin de l’eau est brutal, mais lié à l’effondrement économique et aux migrations, tandis que le Kenya maintient une forte demande agricole.
Il faut donc intégrer cette donnée démographique dans nos plans. Surestimer la demande future peut entraîner des coûts inutiles en infrastructures (réservoirs, pipelines), tandis que la sous-estimer serait catastrophique. Les solutions comme le dessalement ou le transfert d’eau sur de longues distances resteront essentielles.
Au final, le changement démographique n’est pas juste une tendance de fond, c’est un moteur réel. Le nombre de personnes de plus de 65 ans est passé de 129 millions dans les années 60 à environ 750 millions aujourd’hui, et pourrait atteindre 2,5 milliards d’ici la fin du siècle. Ignorer ce facteur, c’est planifier l’avenir avec un œil fermé. Chaque goutte compte, et savoir qui la consommera demain est crucial.
Selon la source : phys.org
Créé par des humains, assisté par IA.