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Unité en péril ? Doug Ford tire la sonnette d’alarme face à la montée péquiste
Crédit: Bruce Reeve, Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)

Un avertissement sans équivoque venu de l’Ontario

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credit : Andre Forget – Andrew Scheer, Wikimedia Commons (CC0)

C’est un message pour le moins direct, peut-être même un peu brutal, qu’a lancé Doug Ford ce mercredi. Depuis Ottawa, le premier ministre de l’Ontario n’y est pas allé par quatre chemins : selon lui, l’élection potentielle du Parti québécois serait tout simplement « un désastre » pour l’ensemble du pays. Il a exhorté les électeurs québécois à garder en tête une certitude, la sienne du moins, qu’ils vont « prospérer bien davantage en étant dans un Canada uni ».

Lors de ce point de presse, on a senti l’urgence dans le ton de M. Ford. « Nous devons être un Canada uni, plus que jamais dans notre histoire. Il est crucial de faire front commun », a-t-il martelé, visiblement préoccupé par les enjeux actuels. Pour lui, cette unité serait non seulement bénéfique pour le Canada dans son ensemble, mais aussi, et c’est là son argument clé, pour les Québécois eux-mêmes. Il faut dire que ces commentaires ne sortent pas de nulle part : les Québécois seront appelés aux urnes l’automne prochain, et les sondages montrent, depuis plusieurs mois déjà, une avance confortable pour le Parti québécois.

Ce n’est pas une simple sortie isolée. Depuis un an, les premiers ministres provinciaux semblent chanter à l’unisson la même mélodie sur la nécessité de l’unité canadienne, surtout face aux turbulences économiques et politiques provoquées par notre grand voisin et principal partenaire commercial, les États-Unis. C’est dans cette ambiance un peu tendue que les dirigeants des provinces et territoires se sont réunis à Ottawa dans le cadre du Conseil de la fédération, avec en ligne de mire une rencontre prévue jeudi avec le premier ministre du Canada, Mark Carney.

Front commun : L’appui des provinces maritimes et de l’Ouest

Doug Ford n’était pas seul à tenir ce discours. À ses côtés, on retrouvait la première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, qui a renchéri en affirmant que le « Canada est beaucoup plus fort avec le Québec ». Elle a semblé vouloir apaiser les esprits tout en mettant en garde contre l’instabilité. « Avec tout ce qui se passe en ce moment, toute l’incertitude qu’il y a, on ne devrait pas contribuer à l’incertitude économique et sociale », a souligné Mme Holt.

Elle a d’ailleurs ajouté une phrase qui résume assez bien la pensée fédéraliste actuelle : « C’est le temps de se fortifier, ensemble, comme un pays uni avec chaque province qui ont des cultures et des identités distinctes. » L’idée est claire : l’unité n’efface pas la différence, mais elle est jugée vitale par les participants à cette rencontre.

L’unité canadienne s’impose donc comme le plat de résistance de cette réunion, et ce n’est pas un hasard. Le contexte est lourd : menaces tarifaires de l’administration Trump, révision imminente de l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique… Les défis s’accumulent. Tony Wakeham, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, a d’ailleurs été très clair sur ce point : « Je ne crois pas que nous puissions permettre à quiconque de tenter de nous diviser, car c’est clairement ce qui se passe ailleurs dans le monde : des gens essaient de nous diviser en tant que nation. Nous devons rester unis. »

Même son de cloche du côté de la Colombie-Britannique. David Eby, son premier ministre, a confié avoir poussé ses homologues à « décourager fortement les velléités séparatistes ». Selon lui, le respect des différences doit s’accompagner d’un engagement commun pour répondre à la menace, qu’il qualifie de « bien réelle », représentée par la politique du président américain. « Nous devons tous travailler ensemble », a-t-il insisté.

Réactions au Québec : Entre accord sur le fond et défense de l’autonomie

Évidemment, une telle déclaration ne pouvait pas passer inaperçue au Québec. La réaction a été immédiate, et parfois cinglante. Du côté du Parti libéral du Québec (PLQ), le chef par intérim Marc Tanguay a accueilli les propos de Ford comme une « évidence ». Pour lui, le calcul est simple : « Vous avez déjà de la turbulence politique [et] économique avec Donald Trump. Avec un gouvernement du Parti québécois, qui n’aurait que l’obsession du grand soir, de ne pas gouverner pour rendre les services aux Québécoises et Québécois, mais de gouverner pour séparer, ce serait économiquement un désastre », a-t-il lancé en marge de son caucus présessionnel à Québec.

Cela dit, M. Tanguay a tout de même tenu à mettre les points sur les i. Pas question de laisser croire que l’Ontario dicte la marche à suivre. Il a précisé que l’avenir du Québec ne se déciderait ni à Ottawa, ni à Toronto, ni ailleurs au pays. « Ce qui est important à souligner ici, c’est que c’est un débat qui va se faire au Québec entre les Québécois », a-t-il affirmé, histoire de ne froisser aucune susceptibilité nationaliste.

Pendant ce temps, à Ottawa, en mêlée de presse au parlement, Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, a offert une lecture bien différente, teintée de son ironie habituelle. Si Doug Ford crie au désastre, a-t-il expliqué, c’est pour une raison bien précise. Selon M. Blanchet, pour Ford, « le Canada, c’est l’Ontario ». Il a poursuivi avec une charge assez lourde : « Les autres provinces canadiennes sont des colonies de l’Ontario. L’économie canadienne est construite autour de l’économie de l’Ontario. » Une façon de dire que l’inquiétude de Ford serait avant tout motivée par les intérêts de sa propre province.

Conclusion : Les adieux d’un doyen

Au-delà des débats sur l’unité nationale, cette rencontre du Conseil de la fédération revêt une dimension un peu nostalgique, voire historique. Il s’agit vraisemblablement de la toute dernière participation en personne du premier ministre François Legault, qui a annoncé tirer sa révérence en avril prochain. En poste depuis 2018, M. Legault fait figure de doyen autour de la table, une longévité qui force le respect de ses pairs, quelles que soient les allégeances politiques.

Ses homologues de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et des Territoires du Nord-Ouest n’ont d’ailleurs pas manqué de saluer sa contribution au fil des années. L’hommage le plus vibrant est peut-être venu de R. J. Simpson, le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest. « Il dit ce qu’il pense. Il parle au nom des Québécois, mais aussi des Canadiens, et pour moi personnellement, c’est un honneur de l’observer et d’apprendre de lui depuis deux ans », a-t-il déclaré. Il a ajouté une observation qui résume bien le personnage : « Il impose vraiment sa présence dès qu’il entre dans une pièce. » Une page qui se tourne, donc, dans un contexte politique plus incertain que jamais.

Selon la source : lapresse.ca

Créé par des humains, assisté par IA.

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