Loups et pumas sont engagés dans une étrange rivalité alimentaire à Yellowstone »
Auteur: Mathieu Gagnon
Introduction

On imagine souvent que lorsque les loups et les pumas partagent le même territoire, c’est la guerre ouverte pour traquer les mêmes proies. Eh bien, détrompez-vous. À Yellowstone, où les chercheurs observent ces deux super-prédateurs en temps réel, la tension ne vient pas de la chasse elle-même. Le vrai problème surgit généralement une fois que la proie est à terre.
Une nouvelle étude révèle un scénario quasi systématique : les loups arrivent en retard, s’emparent du repas durement gagné par le puma et forcent ce chasseur solitaire à battre en retraite. C’est ce rapport de force fascinant que viennent de mettre en lumière les scientifiques de l’Université d’État de l’Oregon, après avoir suivi ces animaux à la trace pendant près de dix ans.
Un duel totalement déséquilibré

Soyons clairs : ce n’est pas un combat à armes égales. Les loups opèrent en meutes coordonnées, tandis que le puma chasse seul. Cette différence change tout. Quand une meute débarque sur une carcasse fraîche, le puma est souvent contraint d’abandonner son festin, même s’il vient de tuer la proie et qu’il a besoin de ces calories pour survivre.
L’étude souligne aussi une violence à sens unique. Les chercheurs ont observé des loups tuer des pumas à l’occasion, mais jamais l’inverse. Cela ne veut pas dire que le puma est inoffensif, loin de là, mais dans les conditions actuelles de Yellowstone, le danger pèse lourdement d’un seul côté.
Pour arriver à ces conclusions, l’équipe ne s’est pas contentée d’observations aux jumelles. Ils ont analysé 3 929 sites potentiels de repas, attribués soit aux loups, soit aux pumas. En documentant des centaines d’événements réels, ils ont pu entraîner des modèles d’apprentissage automatique (« machine learning ») pour prédire d’autres sites de chasse à partir des mouvements GPS. Cela leur a permis de voir ce que le travail de terrain seul ne pouvait pas couvrir.
Le constat est sans appel : les interactions ont lieu là où le puma a tué, presque jamais là où le loup a tué. En gros, le point de rendez-vous, c’est l’assiette du puma. Ce n’est pas une rencontre fortuite ; ce sont les loups qui débarquent pour se servir.
L’art de l’esquive et du changement de menu

Face à cette pression, le puma s’adapte avec une intelligence remarquable. L’étude décrit des comportements d’évitement actif : ces félins contournent les zones où les loups ont tué et restent collés aux terrains dits « d’échappatoire ». À Yellowstone, cela signifie des arbres à grimper ou des reliefs accidentés qui brisent les lignes de vue et ralentissent une poursuite.
C’est d’ailleurs une question de vie ou de mort. Les chercheurs ont noté que lorsque des loups ont tué des pumas adultes, c’était toujours dans des endroits dépourvus de ces échappatoires. Et détail important : les loups ne tuaient pas le puma pour le manger, mais pour accéder à l’élan que le félin venait d’abattre. Le conflit tourne autour de la domination alimentaire, pas de la prédation du puma lui-même.
Du coup, le régime alimentaire change. Les pumas se sont mis à tuer davantage de cerfs, délaissant un peu les élans qui se font plus rares dans le parc. Pourquoi ? Parce qu’une proie plus petite se mange plus vite. Moins de temps passé sur une carcasse, c’est moins de risques de voir une meute débarquer avant le dessert. De leur côté, les loups ont aussi modifié leurs habitudes par rapport aux années précédentes, s’attaquant plus aux bisons et moins aux élans.
Une cohabitation sous haute tension

Ces découvertes dépassent la simple curiosité écologique. Elles nous aident à comprendre comment ces grands carnivores se réapproprient les paysages de l’Ouest américain, où leurs territoires se chevauchent de plus en plus. Les pumas ont commencé leur retour plus tôt, rejoints plus récemment par les loups via la réintroduction et la recolonisation naturelle.
Wesley Binder, doctorant à l’Université d’État de l’Oregon et auteur principal de l’étude, résume bien la situation : « Vous avez ces endroits où les pumas sont revenus ces 20 ou 30 dernières années, et maintenant les loups reviennent aussi. Beaucoup de gens se demandent : à quoi vont ressembler nos communautés écologiques maintenant que nous avons ces deux grands carnivores de retour dans le paysage ? »
La réponse semble résider dans le décor lui-même. La coexistence dépendrait moins de la quantité de proies que de leur diversité et de la géographie. Si le paysage offre des cachettes et des proies variées, le puma peut négocier sa place : devenir plus rapide, plus difficile sur le choix du menu, et surtout plus prudent. Cette étude, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, ne décrit pas juste un conflit, mais une forme de négociation permanente entre la force brute de la meute et l’agilité du solitaire.
Selon la source : earth.com
Créé par des humains, assisté par IA.