Une tempête politique et historique

C’est peu dire que le discours prononcé par Mark Carney à Québec a fait des vagues. Sa lecture de l’histoire a quelque chose de… stupéfiant, disons-le. Lorsqu’il affirme que la conquête britannique a ouvert une ère de « collaboration et de partenariat », on manque de s’étouffer. La question se pose alors immédiatement : est-ce de l’ignorance pure ou une forme de manipulation ?
Honnêtement, il m’apparaît impossible de conclure à de l’ignorance venant d’un homme avec un tel pedigree, une telle feuille de route intellectuelle et professionnelle. On ne parle pas ici de Justin Trudeau, n’est-ce pas ? Il y a autre chose.
La réplique ne s’est pas fait attendre. Paul St-Pierre Plamondon, le chef péquiste, a rétorqué sèchement que Mark Carney s’inscrivait « dans la longue tradition des colonialistes depuis lord Durham ». Une phrase choc. Sa réponse en a d’ailleurs décoiffé plus d’un, c’est certain. Parler de colonialisme aujourd’hui ? Pour beaucoup, ce ne serait pas « moderne », ce serait l’équivalent de pleurnicher, de s’apitoyer sur son sort… Enfin, vous connaissez la chanson.
Le poids des mots et la mécanique de l’histoire
Pourtant, ignorer le passé — ce qui est bien différent que d’y macérer, notons la nuance — est sans doute le moyen le plus efficace pour ne rien comprendre au présent. Revenons à la base, au sens premier des mots, voulez-vous ? Le colonialisme, c’est quoi ? C’est techniquement lorsqu’un État s’empare de territoires qui ne lui appartenaient pas, s’y installe pour durer et procède à leur annexion. C’est, factuellement, ce qui s’est passé ici.
Le colonisé, c’est celui qui subit ce régime. Même s’il finit par s’en arranger ou s’en accommoder avec le temps, ce régime ne lui appartient pas à l’origine ; il lui a été imposé. Quel rapport avec notre situation actuelle, me direz-vous ? Eh bien, la conquête britannique a introduit un déséquilibre structurel majeur — à la fois politique, économique, culturel et psychologique — entre la nation qui a gagné et celle qui a perdu.
Ici comme partout ailleurs dans le monde, la nation perdante, qui perd le contrôle total de son État, devient inévitablement une nation diminuée. Son développement se trouve entravé, tout simplement parce que des leviers essentiels lui manquent. Chez nous, le « cadenas » suivant fut la mise en minorité démographique des francophones, un processus initié par l’union forcée de 1840. Et le régime fédéral né en 1867 ? Il n’a rien corrigé. Au contraire, il a institutionnalisé cette dynamique.
On peut bien aller voter, certes, mais c’est la majorité anglo-canadienne qui tranche en dernier recours et impose ses priorités. C’est pourquoi Maurice Séguin enseignait que la souveraineté est moins un choix sentimental qu’une nécessité structurelle pour se développer normalement — ce qui ne signifie pas parfaitement, attention.
Psychologie du colonisé : le miroir tendu
Il existe une littérature volumineuse sur le sujet — pensez à Fanon, Memmi, Saïd, Césaire, et j’en passe — qui documente avec précision les effets psychologiques sur le colonisé. C’est fascinant et inquiétant à la fois. Le colonisé est souvent confus sur le plan identitaire, même s’il le niera avec agressivité, se sentant insulté qu’on ose le suggérer.
Il traîne souvent un complexe d’infériorité qu’il tentera de camoufler derrière une façade de réussite matérielle : « Mon gros char », « ma grosse cabane », vous voyez le genre ? Il aura tendance à valoriser la culture dominante (souvent américaine de nos jours) tout en méprisant la sienne, qu’il jugera trop étriquée, folklorique, voire « quétaine ».
Observez bien : il imitera le dominant. Il voudra être bien vu par lui. L’exemple classique ? Il passera à l’anglais dès qu’un anglophone lui adresse la parole. De plus, il se jugera lui-même beaucoup plus sévèrement qu’il ne juge les autres peuples, répétant des phrases comme : « Commençons par régler tous nos problèmes avant de… ».
La collectivité colonisée, par manque de confiance en elle, voudra à tout prix éviter la « chicane ». Pour fuir cette réalité trop lourde et se consoler, elle se construira des récits compensatoires. On entendra : « On est bien tout de même », ou encore « c’est beau, les Rocheuses », et caetera. Elle s’évadera finalement dans le divertissement un peu niaiseux, la consommation effrénée, le tape-à-l’œil.
Conclusion : Un constat nécessaire

Bref, ce portrait, c’est nous. C’est dur à lire, peut-être, mais c’est nous.
Il est impératif de comprendre le passé, non pour le ressasser inutilement, mais pour réussir à s’orienter dans l’avenir.
Selon la source : journaldemontreal.com
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