Calgary : Poilievre triomphe lors du vote de confiance, mais l’horizon reste nuageux
Auteur: Adam David
Un plébiscite sans équivoque… ou presque

C’est fait. On peut dire que Pierre Poilievre a réussi son pari, et pas qu’à moitié. Réunis à Calgary pour leur grand congrès national, les délégués conservateurs ont renouvelé leur confiance en leur chef avec un score soviétique… enfin, disons plutôt un score très confortable de 87,4 % des voix. Pour eux, c’est clair : c’est lui, l’homme de la situation, celui capable de les ramener au pouvoir lors des prochaines élections fédérales.
Pour rappel, les règles du parti sont strictes : quand on perd une élection et qu’on veut rester chef, il faut passer par la case « vote de confiance ». Le dernier à s’être prêté au jeu, c’était Stephen Harper. C’était il y a une éternité, en 2005. À l’époque, M. Harper avait récolté 84 % des appuis, soit un peu moins que Poilievre aujourd’hui, avant de former un gouvernement minoritaire en janvier 2006. L’histoire se répétera-t-elle ? C’est tout ce que les conservateurs espèrent.
Depuis jeudi, l’ambiance était un peu… comment dire… fébrile. L’entourage de M. Poilievre jouait la carte de la prudence, refusant de donner un chiffre précis sur leurs attentes. Mais entre nous, les bruits de couloir au sein du caucus ne trompaient pas : on visait un « résultat fort », clairement au-dessus de la barre des 80 %. C’est chose faite.
Entre adhésion de la base et absences remarquées
Pour Dimitri Soudas, l’ancien directeur des communications de Stephen Harper, la messe est dite. Selon lui, « M. Poilievre vient de sécuriser son leadership avec un résultat comme celui-ci ». Difficile de le contredire sur ce point. Cependant — car il y a toujours un « mais » en politique — il note un détail qui a son importance : la participation. À peine un peu plus de la moitié des délégués ont fait le déplacement jusqu’à Calgary pour ce vote qui devait impérativement se faire en présentiel. M. Soudas pointe du doigt une faible mobilisation des délégués de l’Atlantique et, surtout, du Québec. Trop loin ? Trop cher ? Ou un manque d’enthousiasme ? La question reste ouverte.
De son côté, Daniel Béland, qui dirige l’Institut d’études canadiennes à l’Université McGill, n’est pas tombé de sa chaise en voyant le résultat. « On s’attendait quand même à voir un soutien fort », analyse-t-il, rappelant que Pierre Poilievre reste extrêmement populaire auprès de la base militante. Selon le politologue, beaucoup de conservateurs aiment son style, son discours, et n’ont aucune envie de changer de capitaine maintenant.
La menace Carney et la montée des Libéraux

Cependant, tout n’est pas rose au royaume des Bleus. Ce vote arrive à un moment un peu paradoxal, pour ne pas dire inquiétant. Si la base adore Poilievre, le grand public semble hésiter. Les derniers sondages montrent que le Parti conservateur patine dans les intentions de vote. En face, les Libéraux reprennent du poil de la bête. Les enquêtes récentes de Léger et Abacus Data sont formelles : le soutien aux Libéraux a grimpé cette semaine. Pourquoi ? L’effet Mark Carney semble jouer à plein régime.
Depuis la conclusion de son accord commercial avec les dirigeants chinois et son discours qui a fait grand bruit au Forum économique mondial de Davos, M. Carney semble avoir le vent en poupe. Et cela se traduit mathématiquement à la Chambre : suite à la défection de deux députés conservateurs qui ont traversé le parquet pour rejoindre les Libéraux, le gouvernement compte désormais 170 députés. Ils ne sont plus qu’à deux petits sièges de la majorité absolue. C’est dire si la pression est forte.
Conclusion : L’unité du parti à l’épreuve
Alors, quelle est la suite ? Dimitri Soudas s’interroge. Il se demande si d’autres députés conservateurs, peut-être ceux qui sont « mécontents » ou qui auraient préféré voir partir leur chef, ne vont pas être tentés de rejoindre les rangs libéraux de Mark Carney. « Ils ont un choix à faire », glisse-t-il, suggérant que certains attendaient justement le résultat de ce vote de confiance avant de prendre une décision radicale.
Daniel Béland, lui, est plus sceptique. Il pense qu’avec un score de 87,4 %, il devient franchement « plus difficile » pour un élu de justifier une trahison envers Pierre Poilievre. D’autant plus qu’il n’y a pas vraiment de plan B. « Il n’existe pas vraiment un mouvement chez les conservateurs pour préparer l’après-Poilievre », observe-t-il avec justesse. Et puis, soyons réalistes : « Qui voudrait remplacer Pierre Poilievre à ce moment précis, alors que Mark Carney est toujours dans une position forte ? » C’est sans doute la raison pour laquelle la base a préféré jouer la sécurité et garder son chef. On ne change pas de cheval au milieu du gué, surtout quand la rivière est agitée.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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