Des momies de 7 000 ans découvertes dans le désert ne partagent aucun ADN avec l’homme moderne
Auteur: Mathieu Gagnon
Une oasis verte oubliée par le temps

Imaginez un instant le Sahara. Vous visualisez sans doute des dunes à perte de vue et un soleil de plomb, n’est-ce pas ? Pourtant, difficile à croire, mais cette région n’a pas toujours été cet environnement hostile où la survie est un combat quotidien. Il y a eu une époque, entre 14 800 et 5 500 ans avant notre ère, qu’on appelle la « Période humide africaine ». À ce moment-là, ce désert était une savane verdoyante, parsemée de lacs et suffisamment riche en eau pour soutenir la vie.
C’est dans ce décor florissant que des populations humaines se sont installées pour profiter de conditions idéales pour l’agriculture. Parmi eux, un peuple mystérieux vivait dans ce qui est aujourd’hui le sud-ouest de la Libye. C’est là, dans l’abri sous roche de Takarkori, que des scientifiques ont fait une découverte fascinante : deux momies naturellement préservées, vieilles de 7 000 ans.
Il s’agit de deux femmes, des éleveuses du Néolithique. Jusqu’ici, on pensait logiquement que ces habitants du sud-ouest libyen seraient génétiquement liés aux populations subsahariennes. Mais l’analyse moderne a réservé une sacrée surprise aux chercheurs.
L’ADN qui ne collait pas

Récupérer de l’ADN ancien dans un climat aussi aride, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin : le matériel génétique se conserve très mal à la chaleur. C’est d’ailleurs pour cela qu’une grande partie de l’histoire humaine du Sahara reste un mystère. Pourtant, l’équipe menée par l’archéogénéticienne Nada Salem, de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste, a réussi l’impensable. Ils ont extrait suffisamment d’ADN fragmenté de ces momies pour faire parler leur passé.
Le verdict, publié récemment dans la revue Nature, est sans appel : ces femmes n’avaient pas les gènes subsahariens attendus. Nada Salem explique que la majorité de leur ascendance provient d’une lignée génétique nord-africaine jusqu’alors inconnue. Ce groupe s’est séparé des lignées subsahariennes à peu près au même moment que les humains actuels vivant hors d’Afrique, et il est resté isolé durant la majeure partie de son existence.
Concrètement, de qui sont-elles proches ? Leurs plus proches parents connus sont des chasseurs-cueilleurs vieux de 15 000 ans retrouvés dans la grotte de Taforalt, au Maroc. Fait intrigant : ces deux lignées (Takarkori et Taforalt) sont à égale distance génétique des groupes subsahariens de l’époque. Cela suggère qu’il y avait très peu de mélange, ou « flux génétique », entre l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord à cette période.
L’histoire se complique encore un peu avec l’héritage de Néandertal. Les gens de Taforalt possédaient la moitié des gènes néandertaliens que l’on trouve chez les non-Africains. Nos momies de Takarkori, elles, en ont dix fois moins. Mais, et c’est là que c’est étrange, elles possèdent tout de même plus d’ADN de Néandertal que les autres peuples subsahariens qui vivaient là à la même époque.
Des idées qui voyagent plus que les hommes

Alors, que nous disent ces gènes sur leur vie sociale ? Bien que les Takarkori aient eu moins de contacts avec Néandertal que leurs cousins de Taforalt, ils ont dû en avoir plus que leurs voisins locaux. On trouve aussi des traces de mélange avec des agriculteurs venus du Levant. Mais globalement, leur ADN révèle un isolement marqué. Ils étaient proches des chasseurs-cueilleurs du Nord-Ouest de l’Afrique, mais distincts des populations subsahariennes.
Cela remet en question une vieille théorie. On a longtemps pensé que l’agriculture s’était répandue dans la région grâce aux migrations de populations. L’équipe de Nada Salem propose une autre lecture : le pastoralisme (l’élevage) s’est propagé par « diffusion culturelle ». En gros, ce sont les pratiques qui ont voyagé, pas les peuples. Les techniques agricoles ont été échangées entre cultures plutôt que d’être le résultat d’un métissage dû aux migrations.
Les ancêtres des Takarkori étaient des chasseurs-cueilleurs présents bien avant la domestication des animaux. Pourtant, ils ne se contentaient pas de chasser. Ils avaient déjà développé des techniques avancées : fabrication de poteries, de paniers, et d’outils en bois et en os. Ils avaient aussi tendance à rester au même endroit plus longtemps, adoptant un mode de vie plus sédentaire.
Ce que le désert cache encore

Pourquoi cet isolement génétique si marqué ? La réponse se trouve probablement dans la géographie même du Sahara vert. À l’époque, la diversité des environnements était incroyable : des lacs, des zones humides, des forêts, des prairies, des savanes et même des montagnes. Ces différences d’habitats agissaient comme des barrières naturelles, freinant les interactions entre les populations humaines.
Aujourd’hui, le Sahara est une vaste étendue de sable où la lutte pour la vie est brutale. Mais quelque part sous ces dunes, d’autres momies ou artefacts attendent peut-être de nous raconter ce qu’était la vie avant que le désert ne s’installe. Ces deux femmes de Takarkori nous rappellent que l’histoire de l’humanité est souvent bien plus complexe que les lignes droites que nous essayons de tracer.
Selon la source : popularmechanics.com
Créé par des humains, assisté par IA.