Erreur de calcul : les scientifiques se seraient lourdement trompés sur la population mondiale
Auteur: Mathieu Gagnon
L’Homme, ce champion du nombre (peut-être sous-estimé)

Tenez-vous bien : Homo sapiens est, de très loin, l’espèce de mammifère la plus prospère de l’histoire de la Terre. Nous occupons presque tous les continents, nous nous adaptons aux pires conditions, et pour la petite histoire, nous dépassons même notre dauphin au classement — le rat — d’au moins un bon milliard d’individus. C’est dire !
Aujourd’hui, la plupart des estimations s’accordent à dire que nous sommes environ 8,2 milliards sur la planète. C’est le chiffre officiel. Mais et si tout cela était faux ? C’est la question troublante que pose une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Communications. Selon Josias Láng-Ritter, chercheur postdoctoral à l’Université Aalto en Finlande et auteur principal de ces travaux, nous pourrions avoir largement sous-estimé le nombre d’habitants dans les zones rurales. Et quand on dit largement, on ne parle pas d’une marge d’erreur anecdotique.
La méthode des barrages : comment vérifier l’invérifiable ?

Alors, comment fait-on pour remettre en cause des décennies de statistiques mondiales ? Josias Láng-Ritter a eu une idée ingénieuse, issue de son expérience en gestion des ressources en eau. Au lieu de se fier aux recensements classiques, il a épluché les données de population liées à 300 projets de barrages ruraux, répartis dans 35 pays, sur une période allant de 1975 à 2010.
Le raisonnement est implacable. Comme l’explique le chercheur : « Lorsque des barrages sont construits, de vastes zones sont inondées et les gens doivent être relogés. La population déplacée est généralement comptée avec précision car les entreprises de barrages versent des indemnités aux personnes touchées. » Contrairement aux grands ensembles de données mondiaux qui peuvent être flous, ces dossiers d’indemnisation offrent un comptage terrain exhaustif, au citoyen près.
En comparant ces chiffres précis avec les données des grands organismes (comme WorldPop, GWP, GRUMP, LandScan et GHS-POP), la surprise a été totale. Selon le jeu de données observé, les populations rurales ont été sous-estimées de 53 % à 84 % sur la période étudiée. « Les résultats sont remarquables », insiste Láng-Ritter, soulignant que ces bases de données erronées servent pourtant de socle à des milliers d’études et de décisions politiques.
Des conséquences réelles pour des oubliés du recensement

Pourquoi un tel écart ? C’est souvent une question de moyens. De nombreux pays n’ont tout simplement pas les ressources pour mener des collectes de données précises, et la difficulté d’accès aux zones rurales reculées n’arrange rien. On imagine bien le casse-tête pour un agent de recensement de se rendre dans un hameau isolé à trois jours de marche de la ville la plus proche.
Le problème, c’est que cette sous-représentation a un impact direct sur la vie des gens. Les recensements sont la base de tout : c’est grâce à eux qu’on décide comment répartir les ressources, où construire des écoles ou des hôpitaux. Si vous n’êtes pas compté, vous n’existez pas dans les tableurs de l’État, et les budgets vous passent sous le nez.
Le doute persiste : des milliards d’invisibles ?
Cela dit, ne jetons pas tout de suite nos manuels de géographie. Tout le monde n’est pas convaincu par cette remise à plat radicale. Stuart Gietel-Basten, de l’Université des sciences et technologies de Hong Kong, a confié ses doutes au New Scientist. S’il admet volontiers qu’il faut investir davantage dans la collecte de données rurales, l’idée que la Terre puisse abriter quelques milliards d’habitants supplémentaires lui semble « extrêmement improbable ».
Il résume la situation assez clairement : « Si nous sous-estimons vraiment d’un montant aussi massif, c’est une nouvelle énorme qui va à l’encontre de toutes les années et des milliers d’autres ensembles de données. » En gros, qu’on rate quelques centaines ou milliers de personnes, c’est logique. Mais passer à côté de millions, voire de milliards d’individus ? Cela bouleverserait totalement notre compréhension de l’occupation humaine sur cette planète. Pour l’instant, les scientifiques vont avoir besoin d’un peu plus de preuves avant de réécrire l’histoire.
Selon la source : popularmechanics.com
Créé par des humains, assisté par IA.