Le Premier ministre de la Colombie-Britannique juge « trahison » les contacts des séparatistes albertains avec des responsables américains
Auteur: Simon Kabbaj
Une accusation lourde de sens

L’administration Trump aurait tenu des réunions discrètes avec un groupe séparatiste d’extrême droite issu de l’Alberta, cette province canadienne riche en pétrole. Et comme on pouvait s’y attendre, cela n’a pas du tout plu à Ottawa.
La réaction ne s’est pas fait attendre et elle est venue de l’Ouest canadien. Jeudi dernier, le Premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, n’a pas mâché ses mots en répondant aux informations révélées par le Financial Times. Il a qualifié ces rencontres entre l’administration américaine et l’Alberta Prosperity Project (APP) de véritable « trahison ». C’est un mot fort, n’est-ce pas ? On ne l’entend plus si souvent en politique moderne.
David Eby, visiblement remonté lors de son passage à Ottawa, a déclaré aux journalistes : « Se rendre dans un pays étranger et demander de l’aide pour démanteler le Canada, il existe un vieux mot pour cela. Et ce mot, c’est la trahison ». De son côté, la Maison-Blanche n’a pas nié l’existence de ces réunions. Dans une déclaration au média The Hill, ils ont tenté de minimiser l’affaire en expliquant que les officiels rencontrent « un certain nombre de groupes de la société civile » et qu’aucun « soutien ou engagement n’a été transmis ». Le Département d’État et l’APP, eux, sont restés silencieux dans l’immédiat.
Un fossé grandissant entre Washington et Ottawa

Il faut remettre les choses dans leur contexte, car ce n’est pas un incident isolé. Ces réunions surviennent alors que les relations entre les États-Unis et le Canada sont, disons-le franchement, au plus bas. Le président Trump n’a cessé de dénigrer son voisin du nord, allant même jusqu’à suggérer à plusieurs reprises que le Canada devrait simplement devenir le 51e État américain. Ajoutez à cela des tarifs douaniers imposés et la menace d’en rajouter… l’ambiance est électrique.
On se souvient tous de l’échange houleux la semaine dernière. Trump a lancé une pique directe au Premier ministre canadien, Mark Carney, après que ce dernier a prononcé un discours très remarqué au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, évoquant la « rupture » de l’ordre mondial dirigé par les États-Unis.
La réponse de Trump ne s’est pas faite attendre, et avec son style habituel, il a lancé lors de son propre discours à Davos : « Le Canada vit grâce aux États-Unis. Souviens-toi de ça, Mark, la prochaine fois que tu feras tes déclarations ». C’est une attaque frontale, qui montre bien que le respect diplomatique habituel a laissé place à une hostilité ouverte.
Des milliards de dollars et des pipelines : les détails qui fâchent

C’est ici que l’affaire devient plus technique et, franchement, plus inquiétante pour l’unité canadienne. Selon le Financial Times, des responsables américains ont rencontré les membres de l’APP à trois reprises depuis avril de l’année dernière. Ce n’est donc pas un hasard du calendrier. Pire encore, l’APP chercherait à obtenir une nouvelle réunion le mois prochain avec des responsables du Département d’État et du Trésor.
Leur objectif ? Rien de moins que de demander une ligne de crédit de 500 milliards de dollars. Oui, vous avez bien lu. Cette somme servirait à financer la province dans l’éventualité d’un référendum réussi sur l’indépendance. Jeff Rath, conseiller juridique de l’APP présent lors des réunions, semble d’ailleurs très optimiste. Il a confié au Times : « Les États-Unis sont extrêmement enthousiastes à l’idée d’une Alberta libre et indépendante ».
De plus, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a jeté de l’huile sur le feu lors d’une interview avec l’animateur de podcast conservateur Jack Posobiec. Il a qualifié l’Alberta de « partenaire naturel pour les États-Unis », ajoutant qu’il faudrait « les laisser descendre aux États-Unis… Ils ont de grandes ressources. Les Albertains sont des gens très indépendants ».
Bessent a aussi évoqué une « rumeur » selon laquelle un référendum sur l’indépendance pourrait avoir lieu plus tard cette année, tout en critiquant le gouvernement canadien qui bloquerait la construction d’un pipeline. « L’Alberta possède une richesse en ressources naturelles, mais ils ne les laissent pas construire un pipeline vers le Pacifique », a-t-il déploré. Cependant, une source proche de Bessent a précisé au Financial Times que ni lui ni aucun autre responsable du Trésor n’étaient au courant de cette proposition de crédit de 500 milliards et qu’ils n’avaient pas l’intention de s’engager sur ce terrain.
Conclusion : Entre rêves d’indépendance et réalité des chiffres

Malgré tout ce bruit diplomatique, qu’en est-il de la réalité sur le terrain ? Le groupe « Stay Free Alberta » s’active actuellement pour rassembler des signatures en faveur d’un référendum. La tâche est ardue : ils doivent collecter plus de 170 000 signatures d’ici le mois de mai pour espérer déclencher un vote. C’est une course contre la montre.
Toutefois, il semblerait que l’appétit pour une séparation ne soit pas aussi grand que certains le prétendent. Un sondage réalisé plus tôt ce mois-ci a révélé que seulement 3 personnes sur 10 en Alberta et au Québec soutenaient l’indépendance. Et ces chiffres ont tendance à baisser encore davantage lorsque les sondés sont confrontés aux conséquences concrètes d’une rupture avec Ottawa. Il y a donc un monde entre les discussions de couloirs à Washington et la volonté réelle du peuple canadien.
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