Quand la balance ment sur votre santé réelle

On connaît la promesse du régime cétogène, ou « kéto » pour les intimes : manger très gras, couper drastiquement les glucides, et regarder les kilos s’envoler. Ça fonctionne ? Souvent, oui. Mais à quel prix ? Une étude menée à l’Université de Utah Health vient de jeter un pavé dans la mare. En suivant des souris sur le long terme — plus de neuf mois —, les chercheurs ont découvert une vérité dérangeante : la perte de poids peut masquer des dommages métaboliques profonds qui s’accumulent en silence.
Le Dr Molly Gallop, qui a piloté ces travaux durant son post-doctorat, a voulu comprendre comment ce régime remodèle nos organes au fil du temps. Le constat est clair : même si l’aiguille de la balance ne bouge pas, le corps, lui, souffre. En surveillant les graisses dans le sang et la réponse au sucre, l’équipe a mis au jour des problèmes que la simple pesée ne révélera jamais.
Concrètement, comment ça marche ? En réduisant les glucides à presque zéro, le régime force l’organisme à entrer en cétose. Le corps n’a plus le choix : il doit brûler du gras à chaque heure de la journée pour trouver de l’énergie. À l’origine, cette méthode était utilisée par les cliniciens pour traiter l’épilepsie, avec une surveillance stricte et des limites de temps, surtout chez les enfants. Aujourd’hui devenu une stratégie minceur populaire, ce régime impose des règles sévères difficiles à tenir sur la durée.
Du gras dans le sang et des organes sous pression

Les souris nourries au régime kéto — composé ici à 90 % de graisses et presque sans glucides — ont effectivement pris beaucoup moins de poids que celles soumises à un régime occidental classique riche en gras. Mais il y a un hic. La majorité du poids qu’elles ont pris provenait du tissu adipeux, et non du muscle, modifiant ainsi leur composition corporelle. Pire encore, leur sang racontait une tout autre histoire. Les chercheurs ont observé une hyperlipidémie : des taux de graisses anormalement élevés dans le sang, notamment les triglycérides, qui ont grimpé rapidement et sont restés hauts tout au long de l’expérience.
« Une chose est très claire : si vous avez une alimentation vraiment riche en graisses, ces lipides doivent bien aller quelque part », explique le Dr Amandine Chaix, professeure adjointe en nutrition et physiologie intégrative. Et où vont-ils ? D’abord dans le sang, fatiguant l’organisme avant même que le poids ne change. Ensuite, chez les souris mâles, ce gras s’est accumulé dans le foie, créant une stéatose hépatique (la maladie du foie gras). Étrangement, les femelles ont été épargnées par ce problème hépatique, une différence sexuelle que l’équipe ne s’explique pas encore, mais qui suggère que les hormones ou les enzymes du foie jouent un rôle complexe.
Le problème ne s’arrête pas là. Le régime a fini par perturber le fonctionnement même du foie, empêchant le corps de traiter les graisses correctement. C’est un cercle vicieux invisible à l’œil nu.
Le piège du sucre et le retour à la réalité

C’est là que l’étude devient vraiment intrigante. Après deux ou trois mois de régime cétogène, les souris manquaient de sucre sanguin et d’insuline. Jusqu’ici, ça semble positif. Mais lorsque les chercheurs leur ont redonné une petite dose de glucides, le système a buggé. C’était l’intolérance au glucose immédiate : le taux de sucre restait élevé trop longtemps car le pancréas ne libérait pas assez d’insuline.
Pourquoi cette panne ? L’équipe a découvert que les cellules bêta du pancréas, celles qui fabriquent l’insuline, étaient en état de stress. Les images électroniques ont montré un appareil de Golgi — la structure cellulaire qui emballe les protéines — complètement gonflé. Résultat : l’insuline, ce messager chimique censé faire entrer le sucre dans les cellules, était libérée avec un train de retard. « Leur glycémie monte très haut et reste élevée très longtemps, ce qui est assez dangereux », souligne le Dr Chaix.
Heureusement, tout n’est pas perdu. En arrêtant le régime kéto pour passer à un menu pauvre en graisses, il a suffi de quatre semaines aux souris mâles pour retrouver une gestion normale du glucose. Le pancréas a pu reconstruire son système. Cependant, dès le retour à une alimentation de type occidental, la perte de poids ne s’est pas maintenue. Cela reflète bien la vraie vie, où l’on relâche souvent les règles pour recommencer à manger des glucides, forçant le corps à s’adapter de nouveau.
Qu’en est-il pour nous, les humains ? Une grande méta-analyse montre une rémission du diabète à six mois avec les régimes pauvres en glucides, mais cet avantage s’estompe à douze mois. Comme le note le Dr Gallop, l’enthousiasme dépasse souvent les preuves scientifiques réelles, car nous manquons de données sur la sécurité à long terme au-delà de la simple perte de poids. Son conseil ? « J’invite quiconque envisage un régime cétogène à en parler à un professionnel de santé. » Avant de le généraliser, il faudra surveiller de près la santé du foie et du pancréas, bien au-delà des chiffres sur la balance. Cette étude est publiée dans la revue Science Advances.
Selon la source : earth.com
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