Une énigme au cœur de la communication

La communication imprègne le quotidien, chez les animaux comme chez les humains. Les oiseaux chantent, les paons déploient leurs plumes et les individus mettent en avant leurs compétences ou leurs réussites. Chaque signal envoyé vise à influencer autrui. Pourtant, ce système repose sur un paradoxe central : si l’exagération permet souvent d’obtenir des récompenses, pourquoi l’honnêteté n’a-t-elle pas disparu au fil du temps ? La nature et la société démontrent que la sincérité persiste.
Longtemps, la communauté scientifique a estimé que l’honnêteté survivait car émettre des signaux s’avérait coûteux ou douloureux. Une nouvelle étude menée par l’Université de technologie et d’économie de Budapest avance une explication différente. Selon ces travaux, la clé résiderait dans les choix stratégiques plutôt que dans la souffrance. Les signaux conservent leur valeur car les réponses qu’ils suscitent — qu’il s’agisse d’effrayer un rival ou d’attirer un partenaire — dépendent de la confiance. L’honnêteté prévaut lorsque la vérité rapporte davantage que la tromperie.
La fin du mythe du signal coûteux

Pendant de nombreuses années, la théorie dominante postulait que l’honnêteté découlait du coût élevé des signaux. L’idée était simple : produire un signal demandait tant d’énergie ou de risques que seuls les individus forts pouvaient se le permettre. La queue du paon faisait figure d’exemple classique. Large, brillante et encombrante, elle semble risquée à porter. Ainsi, seul un paon en excellente santé pourrait survivre avec un tel fardeau, garantissant par là même l’honnêteté du signal.
Les nouvelles recherches remettent cette vision en perspective. Les signaux honnêtes ne nécessitent pas obligatoirement de douleur ou de gaspillage. Certains peuvent même aider directement l’individu sans réduire ses chances de survie. Le coût intrinsèque ne suffit pas à expliquer l’honnêteté. Ce qui compte réellement, ce sont les conséquences de l’exagération. Un signal mensonger mène souvent à des résultats défavorables à long terme, même si le signal lui-même est peu coûteux à produire.
Cette approche met en lumière le rôle des choix quotidiens. Chaque être vivant dispose de limites : le temps consacré à une activité n’est plus disponible pour une autre. Un animal en bonne santé tire un meilleur profit de la démonstration de sa force qu’un animal affaibli. De la même manière, un athlète entraîné progresse par la pratique intense, là où un athlète blessé risquerait d’aggraver son état. Les résultats différant selon les individus, le meilleur choix stratégique diffère également.
Des choix guidés par les conséquences

István Zachar, co-auteur de l’étude et chercheur au Centre de recherche écologique HUN-REN, précise que les signaux peuvent être, en théorie, totalement gratuits en termes d’investissement énergétique immédiat. L’honnêteté ne provient pas des dommages causés par le signal, mais du rapport coût-bénéfice qu’il permet de réaliser. Les individus forts bénéficient de signaux forts, tandis que les plus faibles souffrent s’ils tentent de copier ce comportement.
Le comportement animal illustre cette mécanique. Un grand cerf a intérêt à bramer fort pour faire reculer ses rivaux et augmenter ses chances d’accouplement. Un petit cerf, en revanche, risque des blessures s’il imite ce rugissement. Rester silencieux devient alors l’option la plus intelligente. Aucune douleur n’impose l’honnêteté ; ce sont les résultats potentiels qui guident la décision.
Ce schéma s’applique aussi aux humains. Une entreprise proposant un produit solide bénéficie d’une publicité audacieuse car les clients reviendront. À l’inverse, une société vendant des biens de piètre qualité peut attirer l’attention brièvement, mais perdra rapidement la confiance du public et ses ventes futures. À l’école, un élève bien préparé a intérêt à lever la main pour répondre. Un élève non préparé risque l’embarras et une perte de crédibilité. Les niveaux de participation révèlent ainsi la préparation sans qu’aucune règle ne force la sincérité.
Quand la triche redevient une option

La malhonnêteté subsiste toutefois dans la nature et la vie humaine. Elle survient lorsque le mensonge n’entraîne pas de problèmes majeurs. Quand les individus forts et faibles font face à des résultats similaires, la triche devient possible. L’exemple des animaux proches de la mort est parlant : lorsque la survie future n’a plus d’importance, les risques disparaissent. Ces animaux peuvent alors exagérer leurs parades nuptiales car ils n’ont plus rien à perdre.
Selon István Zachar, la malhonnêteté n’est pas un échec de la nature. Elle apparaît simplement lorsque les compromis qui séparent habituellement les individus de qualités différentes disparaissent ou deviennent identiques. De même, les escroqueries en ligne prolifèrent quand les punitions semblent improbables et que la réputation n’importe plus. Le comportement honnête revient dès que les actions ont à nouveau des conséquences réelles.
En considérant l’honnêteté comme le résultat de choix, la communication devient plus simple à décrypter. La véritable question n’est pas de savoir combien coûte un signal, mais ce qu’il en coûterait de le falsifier par rapport aux autres options disponibles. L’étude, publiée dans le Journal of Evolutionary Biology, conclut que la communication fonctionne parce que des choix intelligents guident les comportements, et non parce que la souffrance impose la vérité.
Selon la source : earth.com
Créé par des humains, assisté par IA.