Fin du PEQ : la décision de Québec qui provoque la colère des travailleurs déjà installés
Auteur: Adam David
Un contraste saisissant devant l’Assemblée nationale

Ce samedi, aux abords de l’Assemblée nationale, la trame sonore offrait un mélange dissonant. Alors que les clameurs de joie du Carnaval de Québec résonnaient à proximité, elles se confondaient avec les cris de colère de plus de 200 manifestants. Ces personnes s’étaient rassemblées pour exprimer leur vive opposition à la fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et, surtout, pour dénoncer le refus du gouvernement d’appliquer une clause de droits acquis.
Le cœur du litige réside dans la décision du ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge. Plus tôt cette semaine, ce dernier a confirmé qu’il n’accorderait pas de « clause grand-père » aux travailleurs étrangers déjà installés sur le territoire. Cette décision touche directement des résidents comme Tiffany Corti, une mère de famille établie à Lévis avec son conjoint et ses deux enfants depuis deux ans et demi.
Pour cette manifestante, la revendication est légitime. « La clause grand-père n’est ni radicale, ni irresponsable, ni impossible. Elle est juste », affirme-t-elle. Selon Mme Corti, qui craint de devoir quitter la province, la gestion gouvernementale donne l’impression que des milliers de vies humaines sont traitées comme des « pièces de rechange ». Elle déplore que l’on remercie la main-d’œuvre pour ses impôts et son travail avant de s’en débarrasser, qualifiant la situation d’insulte envers ceux venus bâtir leur vie ici.
Sentiment de trahison et inquiétudes pour l’avenir
L’incompréhension et le sentiment de trahison dominaient les échanges lors de ce rassemblement, qui trouvait écho simultanément dans six autres villes du Québec, notamment devant les bureaux du ministère de l’Immigration à Montréal. Moulai Chaibi, employé de Santé Québec arrivé en 2023 après avoir investi des sommes importantes, partage ce désarroi. Il confie avoir désormais des difficultés à trouver le sommeil face à l’incertitude.
« On est intégrés, on travaille tous les deux dans le public, les enfants vont à l’école ici et tout va bien, mais là, on est totalement dans l’angoisse », explique-t-il. Pour M. Chaibi, les règles du jeu ont changé en cours de partie : « C’est déjà assez difficile de tout laisser derrière soi, tu ne peux pas t’amuser à déraciner une personne comme tu veux, surtout quand elle a rempli sa part du contrat. » Son épouse s’inquiète particulièrement pour leur fils, scolarisé au Québec, qui peinerait à parler sa langue maternelle en cas de retour forcé dans leur pays d’origine.
La réaction syndicale s’est également fait entendre avec vigueur. François Proulx-Duperré, secrétaire général du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches, a interpellé directement le ministre avec une métaphore routière : « Tu roules [à] 200 km/h en sens contraire sur l’autoroute et tu te demandes pourquoi il y a des chars qui arrivent en face de toi. Réveille ! » Il a qualifié la fin du programme de « dégueulasse, inhumaine et inacceptable ».
Du PEQ au PSTQ : un changement de paradigme
Le cadre législatif au cœur de cette mobilisation a subi une transformation majeure. Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), aboli en novembre, permettait aux diplômés d’établissements québécois et aux travailleurs étrangers temporaires d’accéder rapidement à la résidence permanente, sans plafond annuel d’admissions. Désormais, depuis son lancement en juillet 2025, c’est le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) qui constitue l’unique voie d’accès.
Contrairement à son prédécesseur, ce nouveau système est contingenté. Il fonctionne sur la base d’une grille de pointage stricte et d’un tirage au sort. Si le ministre Roberge s’est engagé à ce que les travailleurs de la santé affectés par la fin du PEQ soient intégrés au PSTQ, cette mesure d’exception ne satisfait pas l’ensemble des manifestants.
« C’est bien de penser au système de santé, à l’éducation et à la construction », concède Tiffany Corti, reconnaissant le caractère essentiel de ces secteurs. Elle soulève toutefois une interrogation pour les autres profils : « Qu’est-ce qu’on fait de tous ces gens venus ici sous le même programme, avec les mêmes promesses, mais qui n’ont pas le bon titre d’emploi selon les critères actuels ? » Pour les participants au rassemblement, la sélection ne devrait pas déterminer qui a droit à la dignité.
Selon la source : journaldequebec.com
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